Musée Bourdelle : dans le sillage de la mode

Le 10 septembre 2019, par Philippe Dufour
Robe Martine Sitbon, automne-hiver 1997/1998.
© Paris Musées/Pierre Antoine

Le dos, c’est la face cachée du vêtement. Exégètes et critiques de la mode l’ignorent volontiers, lui préférant les fastes de sa partie frontale. Pourtant, les couturiers et les stylistes lui ont souvent donné un rôle de première importance pour finaliser, voire magnifier une silhouette. L’exposition «Back Side»  préparée par le musée Galliera, en travaux jusqu’en 2020 , répare cet oubli en parant de mannequins aux dos remarquables les espaces du musée Bourdelle, des ateliers du maître à l’aile Portzamparc. Le choix du lieu n’a rien de gratuit : objet en trois dimensions, le vêtement s’apparente naturellement à la sculpture, et se mêle ici avec justesse à celle d’Antoine Bourdelle. On le sait, l’auteur du Centaure mourant, aux dorsaux si éloquents, a éprouvé une véritable fascination pour cette zone du corps parfois négligée par ses confrères. Ses œuvres viennent donc ponctuer un parcours où les organisateurs se livrent à une très originale analyse sociologique et psychologique de l’arrière du vêtement. Car, à y bien regarder, au-delà d’une simple question de style, le traitement de cette partie de l’habit en dit long sur l’évolution des mentalités… Sur le rang de la personne qui l’a endossé, par exemple, comme l’attestent les traînes portées par les reines et les duchesses, les mettant à bonne distance, en une sorte de protection ; ce que rappelle ici l’un de ces incroyables appendices, brodé, des alentours de 1885. Ce sillage sera, au XXe siècle, l’une des marques de fabrique de Cristobal Balenciaga, auteur de robes du soir  et de mariée  aux lignes profilées.
La libération de la femme par le dos… nu
Pour le commun des mortels, le dos a longtemps symbolisé les contraintes imposées au sexe féminin, liées à la fermeture à l’arrière, par d’interminables laçages et autres boutonnages. Un très complexe corset de la fin du XIXe siècle évoque cette éternelle dépendance à l’autre, mari ou servante. Mais un vent de liberté devait bientôt souffler. «Le dos nu, dans les années 1920, accompagne l’émancipation du corps féminin par la conquête de sa nudité. La peau est assumée et montrée», note Alexandre Samson, le commissaire de l’exposition. En témoigne la salle consacrée aux robes à danser, souvent échancrées très bas, et portant la signature de grands couturiers de l’entre-deux-guerres, tel Jean Patou. Une érotisation du corps que l’on retrouve avec l’inoubliable fourreau imaginé en 1972 par Guy Laroche pour Mireille Darc, dans le film Le Grand Blond avec une chaussure noire. À l’inverse, d’autres créateurs, tels Thierry Mugler, Azzedine Alaïa ou Yohji Yamamoto, feront de la partie postérieure de leurs modèles le lieu d’une véritable construction en volume, à grands renforts d’ailes, de queues en peau d’autruche ou de plis très travaillés. Attisant tous les fantasmes, le dos n’a pas non plus échappé aux photographes de mode, Horst P. Horst, Irving Penn ou encore Peter Lindbergh. Mais c’est Jeanloup Sieff qui l’aura le plus célébré à travers de nombreuses variations dont l’iconique Dos en dentelle, Marina Schiano (1970), mettant en scène la fameuse petite robe noire, très «1940», d’Yves Saint Laurent. Il devait d’ailleurs composer en 1985 un portfolio au nom évocateur : Back is Beautiful

«Back Side / Dos à la mode», musée Bourdelle,
18, rue Antoine-Bourdelle, Paris XV
e, tél. : 01 49 54 73 73.
Jusqu’au 17 novembre 2019.
www.bourdelle.paris.fr
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