Mudam : Etel Adnan et les modernes

On 09 July 2019, by Céline Piettre
Etel Adnan (née en 1925), Untitled, années 1970, collection privée, Paris.
© REMI VILLAGGI

Inaugurant le parcours, quatre minuscules toiles, habitées de cercles en lévitation, inventent une cosmogonie. Le travail d’Etel Adnan s’offre dans sa simplicité heureuse : un assemblage de couleurs acidulées, traitées en aplat et formant des paysages géométriques. Des peintures en apparence fragiles mais dont la monumentalité n’a rien à envier à Poliakoff ou à De Staël. Confié à Sébastien Delot, le nouveau directeur du LaM, ce second volet de l’exposition «Etel Adnan et les modernes»  le premier s’est tenu au Zentrum Paul Klee en 2018  trouve au Mudam une expression concentrée  et limpide. Deux salles, elles-mêmes subdivisées en espaces plus petits, suffisent pour cerner la relation entre la poétesse et artiste libanaise de 94 ans et ses prédécesseurs. Une démonstration, ni forcée ni laborieuse, nous accompagne dans le Paris de l’art informel et les couloirs de l’université de Californie, à Berkeley, où l’artiste «tomba amoureuse» de Klee ; s’y affirme son intérêt pour les arts appliqués, héritage du Bauhaus, et pour la musicalité de Kandinsky. Si depuis sa redécouverte lors de la Documenta en 2012, Adnan est indissociable de ses petits formats, elle se révèle ici à travers d’imposantes tapisseries et de délicats leporello, ces accordéons de papier chargés de signes. Quelques pièces contemporaines dont le film biographique réalisé par Joana Hadjithomas et les sculptures de Simone Fattal  viennent inscrire l’œuvre dans le présent sans jamais quitter de vue le sujet. Et l’on doit à cet accrochage d’orfèvre d’avoir su ménager le suspense de cimaise en cimaise, faisant de la rencontre avec chaque pièce une apparition. Le mont Tamalpais, en Californie, motif obsessionnel, revient comme la Sainte Victoire de Cézanne ou le mont Fuji d’Hokusai ; à moins que ce ne soit la Smyrne rêvée, paradis perdu que la mère d’Etel Adnan, grecque de naissance, dut fuir après l’incendie de la ville et dont le souvenir hanta, en toile de fond, toute son enfance.

17 Etel Adnan, Untitled, 2010, collection Sfeir-Semler Gallery, Beyrouth/Hambourg.
Etel Adnan, Untitled, 2010, collection Sfeir-Semler Gallery, Beyrouth/Hambourg.© Photo : Courtesy Etel Adnan and Sfeir-Semler Gallery, Beyrouth/Hambourg


Mudam Luxembourg - Musée d’art moderne Grand-Duc Jean,
3, Park Dräi Eechelen, Luxembourg-Kirchberg, tél. 
: +35 (0)24 53 78 51.
Jusqu’au 6 septembre 2019.

www.mudam.lu
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