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Montmartre 1890 : un artiste, Louis Anquetin, et son modèle, Juliette Vary

Publié le , par Philippe Dufour

À travers ce portrait datant de la période « cloisonniste » du peintre Louis Anquetin – la plus inventive et la plus convoitée –, revit Juliette Vary, l’un des modèles favoris du Paris fin de siècle.

Louis Anquetin (1861-1932), Torse de jeune fille, huile sur toile, signée et datée... Montmartre 1890 : un artiste, Louis Anquetin, et son modèle, Juliette Vary
Louis Anquetin (1861-1932), Torse de jeune fille, huile sur toile, signée et datée 1890, 76 59 cm.
Estimation : 800 000/1 000 000 €

À la fin des années 1880, et comme beaucoup de jeunes peintres de sa génération, c’est dans un Montmartre libéré des conventions bourgeoises que le jeune Louis Anquetin va puiser ses sujets d’inspiration. Là, au Moulin-Rouge et dans les cabarets qui fleurissent au pied de la Butte, entre le boulevard de Rochechouart et la place de Clichy, se mêlent rapins, noctambules fortunés et danseuses d’un soir. Des personnages hauts en couleur que l’on retrouve dans L’Élysée Montmartre, l’un de ses tableaux de 1886, mis en vente par Carrère et Laborie OVV à Pau, le 19 novembre prochain. Parmi ces papillons de nuit, les modèles constituent la catégorie la plus recherchée par les artistes, parvenant pour certaines à une célébrité, souvent éphémère. Juliette Vary est l’une d’entre elles ; elle pose en 1890 pour notre peintre, qui en fait le sujet de cette admirable toile dénommée Torse de jeune fille. Cependant, à bien scruter son visage au petit nez retroussé et à la moue caractéristique, on a l’impression de l’avoir déjà croisée. À raison : Henri de Toulouse-Lautrec, l’ami de cœur d’Anquetin rencontré à l’atelier de Fernand Cormon, l’a peinte à plusieurs reprises (après avoir changé son prénom en Hélène), revêtue d’une stricte robe noire. En particulier dans deux remarquables portraits de 1888, l’un étant aujourd’hui exposé au musée Toulouse-Lautrec d’Albi, l’autre à la Kunsthalle de Brême. Par la suite, la jeune fille sera magnifiée par d’autres, comme l’Américain John White Alexander, peintre de la femme fin de siècle, qui a signé un Portrait de Madame Juliette Vary (collection particulière). Pourtant, la beauté sculpturale de Juliette n’aura jamais été mieux magnifiée que dans l’œuvre de Louis Anquetin, bientôt présentée à Clermont-Ferrand. N’y est pas étrangère la technique employée par l’artiste, ce délicat cloisonnisme (selon le terme inventé pour lui par le critique Édouard Dujardin), qui structure la composition, en détachant le nu aux chairs nacrées de l’arrière-plan couvert de grands motifs floraux. Exposé au Salon des indépendants en 1891, le Torse de jeune fille devait séduire un grand amateur de peinture moderne, le docteur Bourges, dans la descendance duquel il a demeuré jusqu’à nos jours. Cet esthète, l’une des figures pittoresques du microcosme montmartrois, a été le soutien de Louis Anquetin comme celui de Toulouse-Lautrec – qui vécut même quelques années chez lui, rue Fontaine à Paris. Une œuvre de ce dernier en conserve d’ailleurs le vivant souvenir : le Portrait du Dr Henri Bourges (1891), en redingote et chapeau haut de forme, aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre du Carnegie Museum of Art de Pittsburgh…
 

Mobilier et objets d'art, tableaux du XIXe et modernes
samedi 12 novembre 2022 - 14:00 (CET)
19, rue des Salins - 63000 Clermont-Ferrand
Vassy-Jalenques
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