Moderne Art Fair, la nouvelle foire parisienne

Le 14 octobre 2021, par Alexandre Crochet

Cette foire centrée sur l’art moderne s’installe sur les Champs-Elysées près du Grand Palais. Le mythique marchand Alexandre Iolas sera la vedette de sa première édition.

Fernand Léger, Deauville, 1950, gouache et encre sur papier, 22,5 x 27,5 cm (détail). Galerie Berès.
COURTESY GALERIE BERÈS

Moderne Art Fair est «une nouvelle foire organisée par une équipe qui a quinze ans d’expérience dans ce domaine», résume Adeline Keit, directrice de la manifestation. Installée sur les Champs-Élysées, littéralement à deux pas du Grand Palais mais aussi du Triangle d’or parisien, elle bénéficie d’un emplacement exceptionnel. Et ce, même si le vaisseau amiral qu’est la FIAC s’est délocalisé jusqu’en 2024 au Grand Palais Éphémère au Champ-de-Mars. En plein cœur de la capitale, la foire est en effet entourée d’hôtels luxueux, de palaces, de maison de ventes et de galeries qui participent tous au dynamisme du marché de l’art. «Il était important d’être près de l’avenue Matignon, devenue le nouveau Bond Street parisien», explique Adeline Keit. D’autant que la manifestation assume clairement une identité étroitement liée aux galeries de l’avenue Matignon et de ce quartier : le second marché, art moderne en tête. Son nom, féminisé pour lui apporter une «french touch», le rappelle ! «Notre positionnement, c’est celui de leader en art moderne, art contemporain confirmé, design historique et contemporain», poursuit la directrice. Le cru 2021 réunit près de 60 galeries réparties le long d’une seule allée dans deux grandes tentes : pas de jaloux chez les exposants, et un confort de visite assuré pour les visiteurs. Ces derniers ont même droit à un jour de plus que les autres foires organisées pendant la FIAC, le lundi, pour ceux qui, accaparés par le tourbillon d’événements, n’auraient pas eu le temps de s’y rendre. Locale et parisienne, Moderne Art Fair compte 75 % de galeries françaises, en grande majorité de Paris, et 25 % de galeries étrangères.
 

Jean-Michel Atlan, Sans titre, 1959. Galerie des Modernes.
Jean-Michel Atlan, Sans titre, 1959. Galerie des Modernes.

Design, photo ou céramique…
«Moderne Art Fair n’est pas une énième foire, mais a été créée pour répondre à une véritable demande de galeries pour la plupart parisiennes qui ont besoin d’un événement autour de l’art moderne pour les faire rayonner. C’est un outil qui leur est destiné», précise Adeline Keit. Et de rappeler qu’il existe d’autres collectionneurs que ceux qui achètent des œuvres pour des centaines de milliers d’euros, voire plusieurs millions : ceux intéressés par le moyen marché, autour de 50 000 €. Si certaines œuvres grimpent bien sûr au-delà, celui-ci reste le créneau de Moderne Art Fair. Pour rappeler qu’il n’y a pas de marché de l’art sans grands marchands, et tout simplement pas d’histoire du goût sans ceux-ci, Moderne Art Fair va consacrer un focus à l’un d’entre eux, et non des moindres : Alexandre Iolas. Pour cette exposition inédite, le galeriste Alexandre Skinas, filleul de Iolas, ouvrira ses archives familiales et retracera le parcours exceptionnel de ce dernier, entre autres à travers sa correspondance. D’origine grecque mais né en Égypte en 1908 et mort du sida en 1987, Iolas avait commencé une brillante carrière de danseur étoile, côtoyant Stravinsky ou Poulenc. Puis il bifurque vers l’art et finit par ouvrir sa propre galerie à New York au milieu des années 1950, où il défendra notamment les surréalistes, dans la lignée d’un Pierre Matisse. Dans ses galeries de Paris, de Milan ou de Manhattan, il expose les nouveaux réalistes, de Martial Raysse à Jean Tinguely, l'arte povera, des Grecs tels Fassianos ou Takis… mais aussi un couple chéri de la jet-set et des grands couturiers : les Lalanne. C’est à cette figure haute en couleur que rend hommage la foire, avec la participation de David Nahmad, autre illustre marchand et collectionneur qui l’a bien connu (voir encadré ci-dessous) et qui présentera des œuvres de sa collection, De Chirico, Brauner, Ernst ou encore Fontana.
 

Joan Miró, Composition, 1981, gouache, encre et crayon sur papier, 56 x 40 cm. Galeria Jordi Pascual. © Succession Miró, ADAGP, Paris, 202
Joan Miró, Composition, 1981, gouache, encre et crayon sur papier, 56 x 40 cm. Galeria Jordi Pascual.
© Succession Miró, ADAGP, Paris, 2021


Intégré à la foire, le design est l’une des spécificités de Moderne Art Fair – art moderne et contemporain ont toujours fait bon ménage avec cette spécialité… Ainsi, la foire intègre environ 10 % de galeries de design ou montrant du design. La galerie Capazza, de Nançay (Cher) présente sept pionniers de la céramique contemporaine : Robert Deblander, Elizabeth Joulia, Jacqueline et Jean Lerat, Yves Mohy, Claude Champy et Bernard Dejonghe. Spécialisée dans l’art sculptural contemporain et moderne unique, la Modern Shapes Gallery d’Anvers défend sur son stand la céramique contemporaine de la jeune scène nordique. Enseigne itinérante, Maison parisienne présente du design historique et contemporain. La galerie Jean-Marc Lelouch édite du mobilier en association avec différents créateurs. Font également partie de ce bataillon la galerie Rapin, Dumas Limbach Fine Art, la galerie Gam mais aussi Spazio Effimero, tout juste créée à Bruxelles par l’artiste Mattia Listowski et la décoratrice Alice Roux. Enfin, La Bocca della Verità vient aussi d’être lancée en septembre dans la capitale belge, par Jean-François Declercq au sein d’un espace postmoderne dissimulé derrière une maison art nouveau. Le galeriste souhaite y promouvoir les jeunes talents à travers trois expositions par an. À Moderne Art Fair, il dévoile de nouvelles pièces du jeune designer Thibault Huguet, qui a déjà travaillé pour Cartier. Entre 600 et 5 500 €, les esthètes pourront acquérir un banc, une console, des tables en bois massif, réalisés par des compagnons menuisiers en Savoie en édition limitée mais de qualité artisanale. «Il n’a que 30 ans mais beaucoup de choses à dire», confie Jean-François Declercq. Dans un tout autre registre, la photo historique n’est pas oubliée de cette première édition de la foire grâce à la galerie parisienne David Guiraud. La bande dessinée sera aussi présente à travers la participation de la galerie Huberty & Breyne, qui a désormais pignon sur rue à Paris comme à Bruxelles et expose sur les plus grandes foires ses originaux, véritables tableaux signés des grands maîtres du 9e art, d’Hergé à Manara.
 

Jean Dubuffet, Fille aux cheveux, 12 août 1970. COURTESY GALERIE BAUDOIN-LEBON
Jean Dubuffet, Fille aux cheveux, 12 août 1970.
COURTESY GALERIE BAUDOIN-LEBON


Mais revenons au cœur de Moderne Art Fair, où l’art moderne se taille la part du lion, représenté dans toute sa diversité par les galeries Alexandre Skinas, La Pochade, Najuma, Jordi Pascual Galeria, Calzada Galeria, Hurtebize, la bien-nommée galerie des Modernes, Cortina Galeria, les galeries Messine, Faidherbe, Berès, Jeanne, Protée… Plusieurs solo-shows pimenteront la foire. Le marchand Baudoin Lebon dédiera son stand à des œuvres sur papier, avec des dessins de Jean Dubuffet, des estampes de Jim Dine ou encore des lithographies de Robert Rauschenberg ou de Dan Flavin, Barry Flanagan ou Sol LeWitt. Les créations sur ce support seront aussi à l’honneur chez Véronique Smagghe, qui proposera des dessins de Vera Molnar. Venue de Montréal, la Christopher Cutts Gallery accrochera pour sa part sur ses cimaises un solo-show du peintre abstrait canadien Harold Town, représentatif de ses travaux des années 1950-1960. La figuration narrative sera la vedette des stands d’Ad Galerie ainsi que chez Saltiel. La Boesso Art Gallery, venue de Bolzano (Italie), mettra l’accent sur l’abstraction géométrique. Plus singulier encore : l’enseigne Mark Hachem, spécialisée notamment dans la scène artistique moderne du monde arabe et dans l'art cinétique, devrait apporter un souffle méditerranéen et de renouveau. Grâce à ce panthéon de l’art moderne, cette foire à la fois généraliste et très bien ciblée peut dignement arborer son nom !
 

Alexandre Iolas vu par David Nahmad
 
Alexandre Iolas.DR
Alexandre Iolas.
DR

Parrain de Moderne Art Fair et membre de son comité artistique, David Nahmad a bien connu Alexandre Iolas. Il nous confie quelques souvenirs. «Alexandre Iolas fait partie des dix plus grands marchands du XXe siècle. Il a mis en avant Ernst, Magritte, Fontana, Brauner, Yves Klein, De Chirico… C’est grâce à lui que Magritte a fait sa première grande exposition à New York dans les années 1960. Il a aussi conseillé de grands collectionneurs, comme les de Ménil, à Houston, au Texas.» «Non seulement il défendait les surréalistes, mais il était surréaliste lui-même. Il s’habillait de façon extravagante, un peu à la Dalí. Il était à mi-chemin du marchand et de l’artiste. Un jour, il m’a acheté des tableaux peu réussis de Picasso, Léger et d’autres. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu que c’était pour préparer une exposition uniquement sur des toiles moches des grands artistes. Je ne sais pas si finalement il a mené à bien ce projet, mais cela en dit long sur l’audace de sa pensée !» «Il m’avait dit que, si je venais voir son exposition consacrée à Warhol en hommage à La Cène de Léonard de Vinci, dans sa nouvelle galerie de Milan, il était prêt à me vendre le tout pour 1 M$. Je n’y suis pas allé. Aujourd’hui, cela vaudrait un milliard ! Lancer une galerie à Milan en 1985, alors qu’il déjà âgé, était un formidable signe de sa jeunesse d’esprit.»
à voir
Moderne Art Fair, du 21 au 25 octobre,
Pavillons, avenue des Champs-Élysées
De la place Clemenceau à la place de la Concorde, Paris VIIIe,
www.moderneartfair.com
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