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Mme de Pompadour, éphémère Vénus de l’escalier des ambassadeurs du château de Versailles

Le 22 juillet 2021, par Bertrand Galimard Flavigny

Le duc de la Vallière, grand bibliophile sous le «règne» de Mme de Pompadour, a fait somptueusement relier le texte d’une pièce qu’elle interpréta dans l’escalier des ambassadeurs à Versailles.

Mme de Pompadour, éphémère Vénus de l’escalier des ambassadeurs du château de Versailles
Pierre Laujon (1727-1811) et Pierre de La Garde (1717-1792), La Toilette de Vénus, Léandre et Héro, s.l.n.d., manuscrit in-folio, maroquin rouge, large dentelle dorée aux petits fers, armoiries au centre, pièces d’armes aux angles, dos orné, pièces de titre de tomaison vert olive, pièces d’armes répétées, roulette intérieure, doublure et gardes de papier doré à motifs de fleurs et d’oiseaux, tranches dorées (reliure du XVIIIe siècle). Vendredi 11 juin 2021, Drouot-Richelieu, Binoche et Giquello OVV. M. Courvoisier.
Adjugé : 26 000 

L’escalier des Ambassadeurs, à Versailles, a été détruit en 1752 sur ordre de Louis XV, afin de dédier l’espace aux appartements de ses filles. Ce monument, construit et décoré de 1672 à 1679, était ainsi nommé car les ambassadeurs le gravissaient avant d’aller présenter leurs lettres de créance à Louis XIV. Il avait été imaginé par Le Vau, qui ne pouvait songer qu’il serait bien plus tard transformé en théâtre. Il est vrai que sa décoration – que l’on connaît grâce à des cartons et des gravures – était particulièrement riche ; opulente et chargée comme pouvait l’être un décor de théâtre. On y donna des concerts, puis on y fit construire un théâtre pour Madame de Pompadour. La marquise disposait déjà depuis 1747 d’un théâtre dans les Petits Appartements. Mais la troupe de comédiens très choisis, comme les ducs de Chartres, d’Ayen, de Nivernois, les marquis de Courtanvaux, d’Entraigues ou la duchesse de Brancas, se sentait un peu à l’étroit. Sous la direction de Louis-César de La Baume Le Blanc, duc de La Vallière (1708-1780) – le petit-neveu de « mademoiselle de La Vallière », la favorite de Louis XIV qui choisit d’entrer au couvent sous le nom de sœur Louise de la Miséricorde au carmel de l’Incarnation de Paris –, le « Théâtre des Petits Appartement » fut déplacé l’année suivante dans cet escalier des Ambassadeurs. C’est là, le 25 février 1750, que furent représentées devant le roi deux pièces lyriques, spécialement écrites pour Madame de Pompadour, La Toilette de Vénus et Léandre et Héro, sur un livret de Pierre Laujon (1727-1811) et une musique de Pierre de La Garde (1717-1792). La marquise y interpréta le rôle de Vénus, puis celui de Héro, prêtresse du temple d’Aphrodite. Était-ce un présent ou simple bonne manière ? Madame de Pompadour, qui surnommait Louis-César « Broche », fit copier pour lui, le « directeur de son théâtre », le texte des deux pièces. Ce manuscrit (in-folio), comprenant un feuillet de titre, 68 pages pour La Toilette de Vénus et le même nombre pour Léandre et Héro, a été relié en plein maroquin rouge, à la large dentelle dorée aux petits fers, armoiries au centre, pièces d’armes aux angles, dos orné, pièces de titre de tomaison vert olive, pièces d’armes répétées, roulette intérieure, doublure et gardes de papier doré à motifs de fleurs et d’oiseaux, tranches dorées… Cet élégant manuscrit dans sa splendide reliure a été adjugé 26 000 €, à l’Hôtel Drouot le 11 juin 2021, par Binoche et Giquello (Dominique Courvoisier, expert). Cette reliure frappée aux armes du duc de La Vallière (coupé de gueules et d’or au lion léopardé coupé d’argent et de sable), pourrait sortir de l’atelier de Pasdeloup, comme le note Anthony Hobson qui la reproduit dans son French and Italian Collectors and their Bindings (1953).
Une amitié connue
Homme de goût, de lettres et bon soldat, Louis-César devait publier quelques années plus tard deux importants dictionnaires bibliographiques sur le sujet : Ballets, opéra et autres ouvrages lyriques (1760) et Bibliothèque du théâtre françois (1768). Mais il fut aussi l’un des plus grands bibliophiles du règne de Louis XV. Il organisa de son vivant, sous couvert d’anonymat, du 5 janvier au 7 mars 1767, une première vente de sa bibliothèque. Le libraire Guillaume-François Debure, dit le Jeune (1732-1782), auteur de la Bibliographie instructive ou Traité de la connaissance des livres rares et singuliers (1763-1768, 7 vol., in-8°), y décrit dans le catalogue qu’il rédigea 5 663 numéros. Après le décès du duc, en 1780, on procéda à une nouvelle vente décrite dans trois tomes plus un supplément, présentés comme « une première partie »  ; cette fois, la composition du catalogue fut confiée, en 1783, au cousin germain du premier rédacteur, Guillaume de Bure (1734-1820) qui y décrit 5 668 lots. Cette vente eut lieu du 12 janvier au 5 mai 1784, en 81 vacations. Un exemplaire de cette édition originale, sur lequel les prix d’adjudication ont été notés à l’encre rouge à l’époque, a été vendu 994 € le 6 décembre 2017, par la maison Aguttes. Il n’y eut pas de seconde partie : le reliquat, dont le catalogue s’étend sur six volumes, fut acquis en bloc par le marquis de Paulmy (Antoine-René de Voyer de Paulmy d’Argenson, 1722-1797), grand-maître de l’artillerie, et forme le fonds de la bibliothèque de l’Arsenal. L’amitié de Madame de Pompadour avec La Vallière était connue. Il possédait le château de Champs-sur-Marne, qu’il lui loua un temps. Dans une lettre qu’elle adressa à « Broche », datée de juin 1760, elle lui signifiait son congé : « «Vous serés surpris broche de recevoir une lettre de moy, m’ayant quitté depuis sy peu de temps, mais il mauroit été désagreable de vous parler moy mêsme, dun arrangement qui va contrarier ceux que vous aviés peut estre desja pris. Voicy le fait. Létat de mes affaires ne me permettent pas dachepter avie votre maison, j’en ay achepté une autre moins chere des deux tiers, je n’y trouve ny un chateau, ny un parc comme le votre mais la position est beaucoup plus comode, pour le peu de temps que jay a passer dans ma maison. Je sçais tres bien que vous estes en droit (sy vous voulés en user) de ne pas casser nôtre baïl, c’est cependant ce que je vous demande, et je crois que vous ne me refuserés pas ce plaisir. Si sans trop vous deranger, vous pouviés me rembourcer les meubles, jen serois fort aise, car j’en aurois beaucoup trop, pour la maison que jay achepté »… Cette lettre a été vendue 2 080 €, à l’hôtel Drouot, le 29 novembre 2011, par Aguttes. 

vendredi 11 juin 2021 - 14:30 - Live
Salle 3 - Hôtel Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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