Métal hurlant

Le 19 avril 2018, par Caroline Legrand

Tapie durant près d’un siècle dans la même famille, celle d’Amédée Lefilliatre qui l’a collectée entre 1896 et 1928, une figure de reliquaire kota-ndassa fera trembler le monde des enchères par sa taille et sa beauté… à Toulouse.

Gabon-République démocratique du Congo, fin XIXe-début XXe siècle, Kota-Ndassa. Figure d’ancêtre mbulu-ngulu, gardien de reliquaire en bois dur, cuivre, laiton, fer et métal, h. 69 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €


Seuls treize exemplaires de reliquaires kota-ndassa sont recensés dans l’ouvrage de référence dû à Alain et Françoise Chaffin, L’Art kota. Les figures de reliquaire, édité il y a près de quarante ans, en 1979. Cette figure d’ancêtre s’ajoute ainsi à ce corpus d’œuvres très restreint, qui avait vu apparaître trois autres spécimens lors de la dernière vente de la célèbre collection Pierre et Claude Vérité, organisée à Paris le 21 novembre 2017 (Christie’s Paris). Les productions des Ndassa ont en commun une taille imposante  69 cm de hauteur pour notre exemplaire , alors que les reliquaires kota des autres groupes ethniques plafonnent autour d’une cinquantaine de centimètres. Le peuple kota regroupe en effet différentes identités culturelles, parmi lesquelles l’ethnie Ndassa, originaire de l’est de l’actuel Gabon et du nord-ouest de la République démocratique du Congo, qui a offert les plus belles figures d’ancêtre mbulu-ngulu.
Puissance et richesse
Le culte des ancêtres occupe une place majeure dans les sociétés africaines, car depuis l’au-delà, ils continuent à veiller sur leur clan et leurs descendants. La figure de reliquaire permet de communiquer avec eux ; placée au centre lors de la cérémonie, elle matérialise le lien avec le fondateur de la lignée. Ce gardien surmontait le panier reliquaire fait d’écorce, l’«usuwu», sa partie basse étant fixée dans les ossements de défunts illustres du lignage. Les représentations ndassa se distinguent encore par un traitement plus naturaliste et expressif, ainsi que par l’utilisation de différents matériaux. Ici, le cuivre, le laiton et le fer dessinent les traits du visage : tandis que de délicats motifs travaillés au repoussé décrivent les arcades sourcilières, sur les joues plaquées de cuivre courent trois bandes de fer et de laiton, évoquant les scarifications emblématiques du groupe ethnique. Ces métaux rares, apposés sur une âme de bois dur monoxyle, affichent la puissance du défunt, mais aussi celle du chef du clan capable d’amasser autant de richesses. Le motif en bandeau sur le front de cette figure évoque d’ailleurs une frise de cauris, ce petit coquillage blanc en forme de grain de café utilisé comme monnaie. Régulièrement lustrés au sable, ces matériaux, particulièrement réfléchissants, avaient aussi vocation à repousser les esprits néfastes. Fait rare, même le verso de notre spécimen a été entièrement plaqué de laiton et incisé d’un décor en bas relief de losange étiré. Restée depuis une centaine d’années dans la même collection, l’œuvre passera donc pour la première fois aux enchères  une qualité qui ne laissera pas indifférents les collectionneurs ! Ce reliquaire a en effet été collecté par Amédée Lefilliatre, administrateur en chef de première classe des colonies, en poste entre 1896 et 1928, décoré de la Légion d’honneur en 1920 et qui acheva sa carrière africaine en tant qu’inspecteur en Afrique-Occidentale française. Il a notamment œuvré à l’introduction de l’automobile dans cette région. Il rapporta d’Afrique ce trésor, aujourd’hui vendu par sa petite-fille. Une pièce emblématique d’un art africain technique et esthétique, majoritairement ignoré à l’époque par les Occidentaux, mais que le monde se dispute aujourd’hui.

vendredi 27 avril 2018 - 14:30 - Live
Toulouse - 14, rue du Rempart-Saint-Étienne - 31000
Ivoire - Primardeco
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