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Mehmet Güleryüz Le jardin des plaintes

Le 28 mars 2019, par Zaha Redman

Galerie Cyril Guernieri, 29, rue Mazarine, Paris VIe, tél. : 01 42 02 21 23, galerieguernieri.comJusqu’au 6 avril 2019.

Mehmet Güleryüz Le jardin des plaintes
Mehmet Güleryüz (né en 1938), Le Jardin des plaintes, 2018, encre sur papier Arches, 50,5 65,7 cm.
© Galerie Guernieri

Güleryüz, né et vivant à Istanboul, n’est pas un défenseur de la cause animale, mais son regard mordant porté sur ses semblables pourrait bien être celui des animaux : ses encres font penser à un bestiaire fantasmagorique conçu par un volatile inspiré ou un mammifère philosophe. Les humains occupent toujours le devant de la scène, mais le chat, le sanglier ou le corbeau sont témoins de la violence, de l’absurdité ou de la vanité de leurs compagnons bipèdes. Ses sujets rappellent les singes savants de Chardin et les ânes de Goya. Ce sont des caprices où le travestissement de l’esprit est tantôt un jeu émancipateur, tantôt une perversion avilissante. Il y a une ascendance française chez lui, mais la Turquie reste le berceau de ses fables, peuplées de bourgeois policés, de militaires falots et d’enfants égarés. Ici, l’urbanité mondaine, sournoise, vise à mater une ruralité envahissante, à masquer une sauvagerie menaçante. C’est une civilité fragile et d’autant plus ostentatoire qu’elle est dépourvue d’humanité. Les adultes en position dominante sont pleins de soi, les enfants inventent leur univers, un peu comme des artistes. Privilégiant l’encre et sa transparence aqueuse, Güleryüz affiche un trait incisif et fiévreux. Il cultive une belle tension entre des rondeurs aimables et des pointes acérées. Bien que n’étant pas un artiste officiel, il est reconnu dans son pays et nous offre ici une exploration étonnante et attachante des profondeurs et des tiraillements que celui-ci connaît aujourd’hui.

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