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Maurice Denis un décorateur symboliste

Publié le , par Caroline Legrand

Provenant de l’hôtel particulier du compositeur Ernest Chausson, cette toile sur le thème printanier donnera la note à Vannes. Maurice Denis en partition libre !

Maurice Denis (1870-1943), Avril, vers 1894, huile sur toile signée du monogramme,... Maurice Denis un décorateur symboliste
Maurice Denis (1870-1943), Avril, vers 1894, huile sur toile signée du monogramme, diam. 182 cm.
Estimation : 300 000/500 000 €

Tout est histoire de relations. Le 19 juin 1883, le compositeur Ernest Chausson (1855-1899) épouse Jeanne Escudier. Par cette union, il devient le beau-frère de Madeleine Escudier et de son époux, le peintre Henry Lerolle (1848-1929). Ce dernier, également collectionneur, vit entouré de nombreux amis, parmi lesquels Degas, Fantin-Latour, Puvis de Chavannes et, bien sûr, Maurice Denis, qu’il rencontre en 1891. Lerolle lui commande plusieurs tableaux, qu’il expose dans son «salon du peintre officiel», puis le met en contact avec le plus grand marchand parisien du moment, Paul Durand-Ruel. Et, comme «les amis de mes amis sont mes amis», Henry Lerolle présente dès 1892 Ernest Chausson à Maurice Denis. Les deux artistes s’apprécient tant que, deux ans plus tard, le compositeur propose au peintre de décorer son hôtel particulier du 22, boulevard de Courcelles, à Paris. Sur ce projet, Maurice Denis travaille en collaboration avec Odilon Redon. À sa charge : la réalisation de trois plafonds. Le premier, titré Avril, est daté d’environ 1894, le deuxième Le Temps des lilas ou le Printemps, de 1896 (villa Rondinelli de Fiesole), et enfin le troisième, La Famille Chausson, de 1899 (villa Papiniano de Fiesole). C’est par ailleurs grâce à l’invitation d’Ernest Chausson à Fiesole, dans sa villa Papiniano, que Maurice Denis découvrira l’Italie et la Toscane durant un mois entier, à la fin de l’année 1897. Il faut dire que les deux hommes partagent aussi le goût pour la peinture primitive et notamment celle de Fra Angelico.
Une peinture payée 600 francs
Les bonnes relations entre Chausson et Denis étaient aussi épistolaires, nous laissant une importante correspondance. Ainsi, dans une lettre d’avril 1894, le commanditaire de notre tondo sur le thème printanier du mois d’avril se lamente : «Je serai donc le dernier à voir ce plafond : car je ne pense pas rentrer à Paris avant la fin du mois. Mais j’en ai entendu beaucoup parler, et tous ceux qui l’ont vu m’ont dit qu’il était délicieux. À mon retour, une de mes premières courses sera pour St Germain : j’ai hâte de le voir et de vous dire que, moi aussi, je l’aime infiniment.» Et lorsqu’il découvre l’œuvre, au Salon des indépendants de 1894, il s’avoue « très heureux de posséder cette jolie chose». Il paya 600 francs cette peinture qui allait prendre place au milieu de la galerie desservant les pièces du rez-de-chaussée. Pour ce décor qui plaisait également beaucoup à Chausson pour sa spiritualité, Maurice Denis a choisi l’un de ses thèmes favoris, celui allégorique du printemps, ainsi que la forme en tondo, en référence aux fresques de la Renaissance italienne qu’ils admiraient ensemble. Mais il y intègre un motif bientôt récurrent dans son œuvre : huit jeunes femmes en apesanteur et vêtues de longues robes blanches, tenant sur la tête des corbeilles de fleurs. Ce sujet symboliste était apparu un an plus tôt, en 1893, pour l’exposition des nabis chez Le Barc de Boutteville. Une communion totale entre la nature renaissante et la beauté féminine, une composition des plus musicales : aux enchérisseurs d’entrer dans la danse… 

arts décoratifs, tableaux du XIXe, tableaux modernes, sculptures, bronzes, objets d'art et d'ameublement
samedi 08 avril 2017 - 14:30 (CEST)
8, rue du docteur Joseph-Audic, zone d'activités du Ténénio - 56001 Vannes
Jack-Philippe Ruellan
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