Maurice Denis, sur la route des pardons

Le 19 avril 2019, par Philippe Dufour

À partir de 1908, le peintre nabi a passé tous ses étés en Bretagne. Une cérémonie le captivait en particulier : le traditionnel pardon, dont témoigne cette toile au pedigree filial et bientôt dévoilée à Brest.

Maurice Denis (1870-1943), Pardon du Folgoët au calvaire, 1921, huile sur toile signée et datée, 106 68 cm (détail).
Estimation 60 000/ 80 000 


Pèlerinage du Folgoët, admirable» : ces quelques mots jetés par Maurice Denis dans son Journal résument la fascination de l’artiste pour les pardons, symboles d’une Bretagne ancestrale. Aujourd’hui au nombre de mille deux cents, ces fêtes sacrées rassemblent encore les habitants d’un terroir, voire de toute une région, désirant honorer un saint tutélaire, ou le plus souvent la Vierge Marie. Ainsi au Folgoët, une commune du Finistère qui abrite un important sanctuaire marial ; le premier dimanche de septembre, s’y déroule un pardon très couru, que Denis décrit minutieusement dans cette toile. Au premier plan se déploie un groupe de femmes portant le costume traditionnel du Pays pagan, venues d’un des villages de ce coin du Léon, comme Kerlouan ou Plounéour-Trez. Leur tenue chatoyante se compose d’une robe en damas rouge, d’un châle en tulle et d’une coiffe festive  la kernapa sans cornette , prolongée par un voile blanc ; sur la droite, une autre dévote arbore le châle vert et la coiffe de Lesneven. L’artiste joue des contrastes, en plaçant au fond, juchées sur les marches du calvaire, de jeunes spectatrices plus lumineuses, car vêtues de blanc à la dernière mode. Tout en haut, s’accrochent deux garçons en habit de marin, dont l’un n’est autre que Dominique, le fils du peintre, âgé de 12 ans. Une carte adressée plus tard à l’enfant par son père, garde le souvenir de cette belle journée : «Cher Domi, reconnais-tu le calvaire où tu faisais l’acrobate l’année dernière 
Le rêve breton
De 1920 à 1932, Maurice Denis assistera au pardon du Folgoët au moins cinq fois, y puisant l’inspiration d’une dizaine de toiles, qui détaillent les phases de la cérémonie, depuis la procession jusqu’au fameux «baiser des bannières». Mais pour l’artiste d’origine normande, ce rendez-vous estival n’est qu’un épisode de la longue histoire d’amour le liant à la Bretagne, débutée dans les années 1890 par la découverte du Pouldu, où séjourne aussi Paul Sérusier. Dans la province celtique, comme tous les disciples de Pont-Aven, le «Nabi aux belles icônes»  du surnom que lui ont donné ses amis  découvre des paysages à la beauté encore archaïque, mais aussi des scènes où sa sensibilité chrétienne trouve matière. En 1908, il acquiert une villa baptisée «Silencio» à Perros-Guirec : il y passera désormais tous ses étés, arpentant la côte granitique pour la transposer dans des teintes souvent primaires. La palette de ce Pardon du Folgoët au calvaire, peint en 1921, s’inscrit encore dans cette recherche. Comme le souligne l’historien André Cariou, spécialiste de l’école de Pont-Aven, Denis y élabore «une composition très économe dans sa construction et basée sur une gamme restreinte de couleurs peu nuancées». Cerise sur le gâteau, l’œuvre affiche un pedigree impeccable. Acquise par Gabriel Thomas, l’un des promoteurs du Théâtre des Champs-Élysées  qui avait aussi commandé à Denis L’Éternel Printemps pour sa maison de Meudon , elle fut rachetée en 1948 par Dominique Denis, dans la descendance duquel elle est restée jusqu’à ce jour.

samedi 04 mai 2019 - 14:30 - Live
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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