Mathias Ary Jan, la Biennale du futur

Le 22 juin 2018, par Agathe Albi-Gervy

À l’approche de la Biennale, le président du Syndicat national des Antiquaires nous livre ses ambitions pour ce salon qui fêtera, en septembre, son 30e anniversaire.

Mathias Ary Jan


Le nombre de participants à la Biennale s’élève à soixante-quinze, contre quatre-vingt-trois l’an dernier ; comment expliquez-vous cette légère baisse ?
Elle est la conséquence d’un nouveau plan des stands sous la verrière. Nous n’avons pas voulu exploiter le salon d’honneur, qui n’est pas assez qualitatif pour les galeries, et avons réduit la surface d’exposition.
La Biennale s’ouvre davantage à d’autres spécialités telles que le design, l’art contemporain ou les arts premiers. Cela se traduira-t-il par une confrontation des domaines sur un même stand ?
Pourquoi pas ! Nous laissons les exposants libres d’inventer, de créer et de surprendre, du moment que les objets sont de qualité suffisante. Le but n’est pas d’ajouter de l’art moderne ou contemporain histoire de confronter les œuvres. N’oublions pas le rôle du vetting.
Pour autant, les tableaux anciens, mobilier et objets d’art occuperont toujours une place de choix…
Comme dans beaucoup de foires, oui. Il y aura un certain équilibre entre les domaines de l’art, car nous sommes un salon généraliste, mais certains seront sans doute en effet plus représentés que d’autres. Nous n’oublions pas nos racines, l’histoire de la Biennale passe par l’art ancien. Cependant, nous avons décidé de nouvelles orientations. Je représente une nouvelle génération de marchands, plus sensible à l’art contemporain. Je souhaiterais donner une impulsion plus actuelle, une vision plus ancrée dans le XXIe siècle, en créant des dialogues. Ce ne sera pas une outrance à la Biennale. D’ailleurs, elle n’est pas destinée à concurrencer la FIAC ou d’autres salons d’art contemporain.
Assistera-t-on au grand retour de la haute joaillerie ?
Il est vrai que sous le mandat de mon prédécesseur, la haute joaillerie de la place Vendôme avait disparu de la Biennale. Mon conseil et moi-même sommes dans l’action pour reconstruire le dialogue. C’est un travail de longue haleine, mais nous avons déjà établi de bonnes relations avec ces grandes maisons. Je peux néanmoins vous annoncer qu’il y aura de la haute joaillerie à la Biennale cette année.


 

Biennale de Paris 2018
Biennale de Paris 2018



Un mot sur la sélection ?
Les étrangers, soit un tiers des exposants, sont majoritairement anglais, espagnols, italiens, belges… Les Européens sont très fidèles. Nous accueillons par ailleurs pour la première fois la galerie new-yorkaise Rosenberg, tenue par la petite-fille du grand marchand. Et parmi les revenants figure la galerie Barrère, importante galerie d’art chinois.
En quoi la commission d’admission des œuvres a-t-elle évolué ?
Comme initié l’année dernière, le désengagement du Syndicat dans le choix des œuvres a permis de laisser Michel Maket et Frédéric Castaing aux manœuvres. Ils font un travail remarquable, et ont été très attentifs au fait d’y intégrer des conservateurs de musées, des restaurateurs… Ainsi le choix des experts a été renforcé, je n’ai moi-même pas accès aux listes des experts.
Ce renforcement vient-il en réponse aux affaires de faux meubles anciens ?
Je représente une génération de marchands qui a soif de transparence et de valorisation de nos métiers. C’est pour cela que j’ai souhaité mettre en place, dès mon arrivée à la présidence du syndicat l’an dernier, une nouvelle politique de contrôle des objets rigoureuse, qui rassure tout le monde, qui a donné l’un des vettings les plus exigeants au monde, voire le plus exigeant. C’est cela l’avenir. Le SNA est très attentif à ces sujets. Le syndicat s’est, dès le départ, porté partie civile dans cette affaire, dans une attitude courageuse et volontaire. Cela nous fait peut-être perdre des exposants, mais c’est un choix totalement assumé.
La conférence que la Biennale organise sur le marché de l’art vient appuyer ce positionnement ?
C’est une initiative nouvelle qui montre que le syndicat prend la parole sur des sujets importants qui préoccupent tout le monde. Elle abordera des positionnements sensibles, traités sans aucune retenue ni sujet tabou. Une commission est entièrement dédiée à l’organisation de cette conférence, au sein du syndicat. Après cette 30e édition, qui marque son lancement, nous espérons qu’elle amorcera une série de formats encore plus larges pour les prochaines éditions, sous forme de rencontres avec les professionnels du marché.
D’autres innovations pour les 30 ans du salon ?
Nous inaugurons un nouveau plan, qui sera, j’en suis sûr, pérenne. Nous avons aussi le plaisir de recevoir une direction artistique de Jean-Charles de Castelbajac, un homme à la culture immense et sensible à nos domaines de compétences. Il sait magnifier les choses anciennes dans le présent et pour le futur, et reflète en cela notre vision. Plus de modernité également avec l’exposition qui se tiendra au centre de la nef, celle de Pierre-Jean Chalençon, jeune collectionneur, autodidacte, que tout le monde connaît pour sa collection unique de souvenirs napoléoniens. Il nous prêtera entre quinze et vingt objets très intimes de l’Empereur, historiques mais assez inattendus. Il m’a confié vouloir surprendre…
Cette année, les décors sont à l’honneur, retrouveront-ils leur lustre d’antan ?
Je suis très attaché au travail remarquable qu’a réalisé, il y a deux éditions, Nathalie Crinière, avec ses portes qui ont suscité l’enthousiasme. Nous conservons cette structure en la réadaptant, avec la scénographie de Castelbajac. L’écrin du Grand Palais est unique, et la qualité des stands est tout aussi exceptionnelle, avec 6 mètres de hauteur, une surface de 40 à 50 m2, et un investissement de chaque exposant dans sa scénographie.
La Biennale s’inscrit désormais dans la Semaine de l’art de vivre ; que peut en attendre le visiteur ?
L’idée est de dire que, début septembre, à Paris, c’est la «semaine de l’art de vivre à la française». Nous avons conscience qu’il faut défendre la place de Paris, et faire venir les grands décorateurs et collectionneurs étrangers. Ainsi nous inscrivons-nous dans le sillage de Jennifer Flay, qui a su, autour de la FIAC, alors en difficulté, agréger une semaine complète d’événements incontournables dans la capitale. Dans le même but, la Biennale sera ouverte le samedi soir aux Journées européennes du patrimoine, à l’occasion d’une nocturne qui fera découvrir le salon à un plus large public. Son image d’événement fermé, accessible uniquement à quelques collectionneurs, n’est pas du tout satisfaisante. Aujourd’hui, il faut savoir communiquer, s’adresser aux jeunes, répondre aux questions. La Biennale a désormais des partenariats, et d’excellentes relations avec la mairie de Paris et le ministère de la Culture.
Certains, autour de vous, regrettent-ils l’annualisation du salon ?
Ce changement était nécessaire et aurait dû être décidé il y a dix ou quinze ans, lorsque la Biennale était hégémonique. Pendant qu’elle se reposait sur la haute joaillerie et refusait de se projeter dans l’avenir, quantité de salons importants apparaissaient, tels que Masterpiece ou Frieze Masters. Mais je tiens à préciser que l’annualisation n’est pas la décision d’un unique président, ni d’un conseil d’administration, mais le résultat d’un vote lors d’une assemblée générale, plébiscité par plus des deux tiers des membres du syndicat. À ceux qui se plaignent ou regrettent l’annualisation de la Biennale, je m’interroge sur le pourquoi de leur participation annuelle à la Tefaf et à Masterpiece.
Quel est le positionnement de la Biennale face à ses concurrents ?
La Tefaf Maastricht, ce sont 300 exposants, avec de la sectorisation. Pour notre part, nous préférons mélanger les domaines, comme dans un musée éphémère. La Tefaf New York, ce sont 80 exposants, avec de petits stands, d’une moyenne de 25 à 30 m2, et bas de plafond. Chaque salon a ses spécificités. La nôtre, c’est l’excellence, l’art de vivre, le maillage unique au monde de galeries parisiennes, alors qu’à Londres et New York leur nombre se réduit comme peau de chagrin. Du côté de la France, il y aurait dû y avoir Sublime, un salon annoncé à grands cris, sans aucune retenue, par de nombreux supports. Mais aujourd’hui, on se rend compte que tout cela n’était que paroles en l’air. Quant à Fine Arts Paris, c’est un salon très spécialisé, avec son identité propre, celui d’un événement parisien, rigoureux et de qualité. Je n’aime pas commenter de façon négative les salons des uns et des autres. C’est le marché français qui souffre des guerres d’ego, et cela me fait de la peine. Nous ferions mieux de prendre exemple sur les Anglais, qui ont compris de longue date l’intérêt de travailler main dans la main lorsqu’ils ont des intérêts communs.
Un dernier mot ?
La Biennale 2018 sera celle de nouvelles ambitions et de changements importants nécessaires pour être un événement international sans nostalgie et un bel écrin pour la France, rayonnant au Grand Palais au sein duquel elle se tiendra jusqu’en 2020.

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