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Masterpiece : la der de l’année

Publié le , par Pierre Naquin

La manifestation a beau être une très belle foire, elle marque aussi, pour bien des marchands, la pause estivale. Une fois les portes du Royal Hospital de Chelsea refermées, fini les pantalons rouges et nœuds papillons en tweed, place aux tongs et aux shorts hawaïens !

Stand des galeries Les Enluminures et Daniel Crouch Rare Books.  Masterpiece : la der de l’année
Stand des galeries Les Enluminures et Daniel Crouch Rare Books.
PHOTO BEN FISHER. COURTESY MASTERPIECE LONDON

Cette année, les organisateurs de Masterpiece n’ont pas manqué d’audace ! Ils accueillaient les visiteurs par un écran de fumée géant en forme de cascade placardant le visage de Marina Abramovic, puis les amenaient devant un set complet de meubles Chippendale du XVIIIe siècle. Un gigantisme, une démesure, une volonté d’impressionner et de marquer les esprits, témoins d’une confiance renouvelée. Et, malgré tout cela, on se dit que l’on est toujours au début d’une nouvelle aventure, que Masterpiece a encore de l’énergie à revendre. Pour cette édition, c’était un peu « place aux jeunes », avec de nombreux nouveaux marchands, comme Costas Paraskevaides, d’ArtAncient, ou Ben Hunter et Joseph Harrison-Davies, de Hunter Harrison galerie ouverte un mois seulement avant l’événement. Pour ce dernier, « le début de la foire a vraiment été incroyable. Ça s’est un peu calmé depuis mais nous sommes très heureux de notre participation. » Peut-être un effet indirect du mondial de football. D’autant que du côté des visiteurs, on sentait également du renouveau : des visages plus jeunes, presque poupins, témoignent des efforts accomplis par l’équipe de Lucie Kitchener pour élargir le public traditionnel de l’événement… sans qu’il soit véritablement permis de juger du bien-fondé de la démarche. Résultat, un démarrage en trombe, puis un contrecoup les jours suivants, où l’on notait même moins de monde que l’année dernière, sauf le dernier soir, où 8 000 personnes se sont entassées dans les halls. Le bilan est en fin de compte largement positif, avec plus de 15 % de visiteurs supplémentaires.
Nouvel actionnaire et nouveau management
Les marchands étaient globalement tous très enthousiastes face aux évolutions apportées par les organisateurs : des allées plus grandes, davantage d’espaces de restauration et de lounges VIP… Surtout, l’arrivée de MCH comme actionnaire principal, même si elle ne modifie pas l’esprit de la foire, change la donne : « Plus d’argent, un plus grand réseau international, plus de collectionneurs », résume Michael Goedhuis. « MCH comme le nouveau management ont fait une grosse différence… et la foire a de grandes ambitions : les États-Unis, l’Asie, le Moyen-Orient. Le sponsoring de la Royal Bank of Canada a aussi beaucoup aidé. Nous avons vu de nombreux collectionneurs venir sur invitation », ajoute Robert Bowman. La place prise par l’art contemporain et la doxa du cross collecting fonctionnaient. Exemple avec les stands croisés du nouveau venu Hauser & Wirth et de Butchoff Antiques. Le premier présentait un cabinet de curiosités avec des pièces d’Arp, Calder et Louise Bourgeois, installé autour d’un mobilier XIXe du second, dont cette série de sièges-ours en bois sculpté Black Forest ou cette magnifique table en marqueterie florale des frères Falcini. En retour, le stand de celui-ci tapissait ses murs d’œuvres contemporaines, choisies pour s’accorder avec l’esthétique du mobilier. « Cela a très bien fonctionné. En plus d’intéresser nos collectionneurs réguliers, cela a attiré la curiosité de nouvelles générations d’amateurs », déclare Ian Butchoff, fondateur de Butchoff Antiques. « Nous avons très bien vendu toute la semaine et je pense que l’intérêt va se maintenir sur les prochains jours. » Côté ventes, les marchands se montrent dans l’ensemble discrets mais plutôt enthousiastes. Beaucoup comme Michael Goedhuis estiment que c’est leur « plus belle participation ». La Redfern Gallery vendait un dessin de jeunesse de Frank Auerbach, deux peintures de Paul Feiler et deux gravures de George Kennethson. Richard Gault, le directeur de la galerie, nous confiait : « Nous avions participé aux trois premières éditions de Masterpiece, et revenons après six ans d’absence. Nous sommes très impressionnés par la foire, dont l’atmosphère a radicalement changé depuis 2012. Nous avons suscité de l’intérêt pour tout ce que nous avons proposé. Nous ne regrettons pas d’être revenus ! »
Des stands trop chers ?
Paolo Antonacci, fidèle à la foire depuis sept ans, a « bien vendu à de nouveaux clients et à certains anciens, qui ne se déplacent plus à la galerie.» Rolleston cédait notamment une table d’appoint, plaquée avec marqueterie incrustée, de William et Mary Oyster. « Nous avons rencontré de nouveaux acheteurs », déclare la directrice, Eloise Kerr-Smiley. Et d’ajouter : « Le salon continue de progresser grâce à la qualité exceptionnelle de la marchandise proposée par chaque exposant. C’est ce que les collectionneurs attendent.» Le marchand Robert Bowman, spécialisé en sculpture, vendait une pièce très colorée d’Emily Young pour 22 000 £ et un bronze de Rodin pour 250 000 £. «Nous avons eu de belles ventes mais sommes encore en train de confirmer certaines pièces majeures pour pouvoir qualifier cette édition de très grand succès !» Les joailliers tiraient également leur épingle du jeu. Le bijoutier Didier, qui présentait un focus sur la création contemporaine britannique des années 1960 à nos jours, vendait des pièces de John Moore ainsi que des bijoux d’artistes par Claude Lalanne, Robert Indiana, Igor Mitoraj et Breon O’Casey. « Nous proposons un très beau collier de John Moore, qui pourrait partir pour un musée national. Nous avons également des touches pour des pièces créées par Dalí, Calder, Pomodoro et Picasso », confie Martine Newby Haspeslagh, la directrice de la maison. « Le public était moins nord-américain cette année, mais il y avait beaucoup de visiteurs internationaux, d’Europe et d’Amérique du Sud ; des collectionneurs intéressés par l’art moderne et contemporain, ce qui fait nos affaires, à nous qui présentons des bijoux d’artistes. » Seule ombre au tableau, le prix des stands que plusieurs marchands considèrent comme bien trop élevé. « C’est simple, c’est la foire la plus chère. Elle nous coûte nettement plus, alors que nous sommes sur place, que Tefaf Maastricht avec un plus grand stand, une installation complète, les vols et les hôtels », regrette ainsi Robert Bowman. L’esprit de beaucoup est déjà tourné vers les plages et dans une moindre mesure vers le rendez-vous français de la Biennale Paris. Espérons que cette dernière saura s’inspirer des bonnes idées et de l’ambition de sa consœur britannique pour nous épater.
En attendant, un programme « 
mojito » et farniente est de rigueur ! 

 

51 000
C’est le nombre de visiteurs
accueillis durant les huit jours de la foire,
une augmentation de 16 %.
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