Masséot Abaquesne, entrepreneur de la Renaissance

Le 19 mai 2017, par Sophie Reyssat

Faïencier de renom et commerçant avisé s’adaptant à la mode, l’homme et son atelier se dévoilent à la faveur des dernières découvertes. Une exposition itinérante et son catalogue font le point.

Marche d’autel de la Bâtie d’Urfé, (détail), 1557 musée du Louvre.
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre)/ Martine Beck-Coppola

Qui était Masséot Abaquesne (vers 1500-avant 1564)  Hormis son œuvre, peu de souvenirs du faïencier ont survécu, travailler pour les proches de François Ier ne l’ayant pas empêché de tomber dans l’oubli dès la fin du XVIe siècle. Réparant cette injustice, une exposition monographique a été conçue par trois institutions, l’accueillant tour à tour sous différentes versions. À tout seigneur tout honneur, le musée national de la Renaissance - Château d’Écouen, ancienne demeure d’Anne de Montmorency décorée par Abaquesne, a ouvert le bal en 2016 avec des prêts internationaux. Les musées des beaux-arts et de la Céramique de Rouen ont pris le relais jusqu’en avril dernier, avec un propos recentré sur la ville de l’artiste. Le musée national Adrien-Dubouché de Limoges sera le prochain, dès le 2 juin. Il présentera son travail au cœur de l’éclatante production faïencière française et européenne de la Renaissance. Outre le raffinement et la rareté des pièces présentées, l’intérêt de ces variations sur un même thème est de faire le point sur les dernières recherches levant le voile sur notre illustre inconnu. Autant d’informations compilées dans le catalogue scientifique édité pour l’occasion.
 

Chevrette, Masséot Abaquesne. © RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique)/ Thierry olivier
Chevrette, Masséot Abaquesne.
© RMN-Grand Palais (Sèvres, Cité de la céramique)/ Thierry olivier

La gloire de masséot
«Macutus Abaquesne figulus» sort de l’anonymat au début des années 1860, à la découverte de son nom dans une chronique rouennaise de 1549. Depuis, quatorze documents ont été retrouvés. Celui de 1526 indique que notre homme – sans doute d’origine cherbourgeoise – a d’abord été «emballeur» à Rouen. Deuxième ville du royaume, pôle intellectuel et artistique, avant-port de Paris et plaque tournante d’un commerce refleurissant après la guerre de Cent Ans, la cité est l’endroit parfait pour s’installer. On retrouve ainsi Abaquesne «esmailleur en terre» en 1538. Les archives restent muettes sur sa formation, sautant plusieurs années avant de signaler la livraison d’une prestigieuse commande, témoignant d’une activité déjà bien assise : 4 152 pots de pharmacie pour l’apothicaire Pierre Dubosc. Ces albarelli pour contenus secs et ces chevrettes monogrammées destinées aux liquides réalisés en série et impliquant plusieurs peintres reprennent les formes et les décors des pots italiens et anversois transitant par Rouen. Les portraits en buste de profil exécutés par Abaquesne, au dessin particulièrement fin, sont cependant bien plus réalistes et variés. Leurs couleurs sont aussi plus douces, limitées au jaune d’antimoine, au bleu de cobalt, au vert de cuivre et au violet de manganèse. Le corpus de ces pièces de forme, majoritaires dans sa production, s’est élargi à la faveur de recherches au sein des collections et de découvertes archéologiques effectuées dans un fossé d’Évreux. On en compte aujourd’hui une soixantaine. Attribués à Abaquesne, deux vases et deux gourdes réalisés à partir de 1555, adoptant les arabesques de la seconde Renaissance inspirées de Jacques Androuet du Cerceau, se démarquent par un caractère ostentatoire s’adressant à une clientèle prestigieuse. Le faïencier travaille alors depuis quelques années déjà pour le cercle du roi. Des quittances témoignent des milliers de carreaux livrés à Écouen pour le connétable Anne de Montmorency deux pavements héraldiques, auxquels s’ajoutent aujourd’hui cinq panneaux historiés identifiés et à la chapelle de la Bâtie pour le gouverneur des enfants royaux Claude d’Urfé une marche d’autel ornée de grotesques et le pavement de la nef, alternant monogrammes et symboles. Des analyses scientifiques montrent des compositions variant selon les usages : les décors muraux ne reçoivent pas la coperta protectrice des pavements, mais bénéficient du coûteux oxyde d’étain permettant d’obtenir un blanc plus éclatant. D’autant plus réputée et florissante qu’elle a sans doute bénéficié de l’entregent du connétable de France, l’entreprise d’Abaquesne disparaît à la mort de celui-ci, peu avant 1564. Son fils Laurent et son épouse, Marion Durand, participaient pourtant à l’aventure familiale. Ce coup d’arrêt ne laisse pas d’intriguer les historiens de l’art. Il faudra en effet attendre 1644 pour que la faïence rouennaise retrouve son lustre, grâce à Louis Poterat.
 

À LIRE
Masséot Abaquesne. L’éclat de la faïence à la Renaissance, catalogue de l’exposition, collectif, 22 x 28 cm, 160 pp.,
Réunion des musées nationaux - Grand Palais, 2016. Prix : 32 €.


 

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