Martin Carlin, ébéniste de la famille royale

Le 24 novembre 2016, par Anne Foster

D’origine allemande, Carlin s’installe à Paris en 1759. Par son mariage avec une sœur d’Oeben, il devient aussi un proche de RVLC, beau-frère de ce dernier : l’élite des ébénistes de l’époque Louis XVI.

Martin Carlin (vers 1730-1785), commode à encoignures en acajou et moulures en bronze doré,
façade à ressaut galbé, dessus de marbre blanc encastré, époque Louis XVI, 92 x 163 x 53 cm.

Estimation : 60 000/80 000 €

L’acajou est, à la fin de l’Ancien Régime, une matière recherchée et onéreuse. Importé des Amériques, ce bois aux tons chauds illumine le décor. Martin Carlin l’associe à l’or du bronze et à la blancheur du marbre. Il travaille cette essence comme un panneau de laque, le ressaut de la façade donnant un jeu de lumière et d’ombre. Il évide les côtés de la commode – ouvrant à trois tiroirs dont celui du haut, en doucine à secret – et y installe deux étagères de marbre blanc. Une solution ingénieuse pour alléger la silhouette du meuble, peut-être le pendant d’une desserte, également estampillée Carlin et passée en vente le 13 juin 1979 au palais d’Orsay, au décor très proche avec ses montants cannelés et ses pieds en toupie. Grâce à ses connections familiales, il avait pu entrer en relation avec les marchands-merciers, pour lesquels il travaillait presque en exclusivité. Contrairement à beaucoup de ses confrères, il exécutait peu de pièces en marqueterie, mettant tous ses soins dans la fabrication de meubles précieux. En témoignent ses cabinets ou bonheurs-du-jour, ornés de plaques de porcelaine de Sèvres ou de panneaux de laque. Il y privilégie les jeux de couleurs – le noir de l’ébène ou du laque, le mordoré de l’acajou, le décor polychrome de la porcelaine. À la pointe de la mode, le maître ébéniste jouit des faveurs de la famille royale, et en premier lieu de Marie-Antoinette, pour laquelle il réalise, avant qu’elle ne soit reine, un coffret à bijoux à décor de plaques de porcelaine, aujourd’hui conservé au château de Versailles. Marie-Joséphine de Savoie, comtesse de Provence, Madame Adélaïde et Madame Victoire, pour leur château de Bellevue, font également appel à lui. Sans négliger la clientèle de l’aristocratie et des femmes en vue comme Madame du Barry, favorite de Louis XV, qui continue à jouer un rôle dans le goût de l’époque, ainsi que la comédienne Marie-Josèphe Laguerre… On peut admirer son mobilier dans les plus grands musées du monde : le Getty à Los Angeles, le Metropolitan à New York et la collection royale d’Angleterre, où est conservée l’une des plus belles pièces de l’ébéniste : une commode, vers 1778, décorée de panneaux de pierres dures. Cette plus modeste commode aurait été acquise dans une vente aux enchères à la Malmaison, dans les années 1840-1860, par Jacques-Philippe Labiche (1786-1864), père de l’écrivain et auteur de vaudevilles Eugène (1815-1888) ; elle est restée depuis dans sa descendance. Jacques-Philippe avait pressenti le blocus économique lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe, et acheté des stocks de sucre, à l’origine de sa fortune. Il exploita ensuite une usine de fabrication de glucose à Rueil-Malmaison.
 

Vendredi 9 décembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu. Beaussant - Lefèvre OVV. MM. Bacot, de Lencquesaing.
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