Gazette Drouot logo print

Marquet à la Belle Époque : une promenade très prometteuse

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 18 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009

Alors qu’il n’est encore qu’étudiant aux Beaux-Arts, le jeune Albert Marquet privilégie dans sa toile une touche morcelée et des couleurs fortes, prémices de sa période fauve.

Albert Marquet (1875-1947), La Promeneuse, allée du Luxembourg, vers 1898-1899, huile... Marquet à la Belle Époque : une promenade très prometteuse
Albert Marquet (1875-1947), La Promeneuse, allée du Luxembourg, vers 1898-1899, huile sur toile, signée en bas à gauche, 65,5 50,5 cm. 
Estimation : 40 000/60 000 

Sous un soleil d’automne, les arbres aux feuilles roussies du jardin du Luxembourg projettent leurs grandes ombres au sol, convergeant vers un point à l’horizon sur lequel se détache la coupole du Panthéon. Au fond de l’allée passe la silhouette d’une promeneuse, le véritable sujet du tableau… Ce paysage parisien, vibrant par sa facture très morcelée, s’avère l’œuvre de jeunesse d’un peintre qui se fera plus tard connaître pour une technique bien différente, d’une grande sobriété plastique. C’est vers 1898-1899 qu’Albert Marquet brosse cette toile, à une époque où il fréquente l’atelier de Gustave Moreau à l’École des beaux-arts. Ses compagnons d’étude se nomment alors Camoin, Rouault, Manguin ou Matisse. Tous partagent une même vie de bohème difficile, qui s’écoule entre les cours académiques, les séances de dessin improvisées, les cafés, sans oublier les maisons closes. Marquet, issu d’un milieu populaire, aime particulièrement courir les rues de Paris pour en croquer d’un trait acéré les types hauts en couleur, familles, marchandes, filles ou rapins. Les talents de cet excellent dessinateur seront même sollicités par l’écrivain Charles-Louis Philippe, dont il illustrera le roman Bubu de Montparnasse, publié par la Revue blanche en 1901. Mais pour l’heure, l’étudiant se ressent encore de l’influence impressionniste, comme le trahissent les touches divisées de La Promeneuse, allée du Luxembourg, un sujet qu’auraient pu également traiter un Monet ou un Sisley. Cependant, ses formes déjà simplifiées et surtout l’emploi de couleurs fortes, tels les bleus pour les contours de la ville, font de la composition une œuvre annonciatrice du fauvisme, dont il sera l’un des pères. Avec le groupe de jeunes peintres qui se baptisent eux-mêmes «les Moreau», car tous issus de l’atelier du vieux maître, l’artiste participe avec cinq toiles au légendaire Salon d’automne de 1905, véritable basculement vers la modernité. C’est à cette occasion que le critique d’art Louis Vauxcelle utilisera face à ce déchaînement chromatique le terme de «fauve», promis à un si bel avenir. Notre toile, elle, s’était fait remarquer dès 1901 lors de son accrochage sur les cimaises du 17e Salon des indépendants (du 20 avril au 21 mai), répertoriée sous le no 645. On la retrouve plus tard exposée à New York, chez Wildenstein & Co en janvier et février 1953. Autour de ces dates, la Promeneuse entra dans la collection de Mme Pierre May à Paris, dans la descendance de laquelle elle est demeurée jusqu’à ce jour, avec d’autres chefs-d’œuvre bientôt dispersés.

mardi 18 octobre 2022 - 14:00 (CEST) - Live
Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009
L'Huillier & Associés
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne