Marquayrol, symphonie de peinture

Le 19 septembre 2019, par Anne Foster

Henri Martin recherchait depuis plusieurs années une demeure pas trop éloignée de Toulouse, offrant de belles vues, entourée de jardins et d’édifices comme cette pergola pour contempler le paysage.

Henri Martin (1861-1943), La Pergola à l’automne, Marquayrol, vers 1910-1920, huile sur toile, 84 80,5 cm.
Estimation : 100 000/150 000 

Son ami Henri Marre lui a trouvé dans le Lot cette demeure «plutôt placée sur une hauteur assez vaste». Marquayrol a tout pour séduire Henri Martin (1860-1943) : une maison de maître donnant sur une pente assez raide, un pigeonnier, un bassin, une vigne, une terrasse dotée d’une pergola pour la touche toscane. Il installe son atelier doté d’une haute verrière et plante souvent son chevalet autour de cette pergola, dont les piliers massifs sont habillés de vigne vierge, s’embrasant de pourpre à l’automne. On sent au premier regard l’intimité du lieu, la fraîcheur recherchée lors de chaudes journées se poursuivant après l’été. Une table, un banc, sont prêts à recevoir les siens, ainsi que le montrent plusieurs toiles. Tout est motif et tout l’enchante. Henri Martin et sa famille y séjournent de mars à novembre, y passent les années de la Grande Guerre et s’y installent définitivement en 1939. Il y a trouvé sa plénitude artistique, sa manière, en symbiose avec ce paysage aimé dont il note le «violet avec des verts tendres et des bleus inouïs», comme Cézanne pour la Sainte-Victoire. «Après trois mois passés à la campagne en tête à tête avec la nature», confiera-t-il au critique de La Dépêche Bernard Marcel, «la pleine lumière éclatante et diffuse, estompant les lignes des personnages et du paysage, m’obligea impérieusement à la traduire par le pointillé et la décomposition du ton». En témoigne cette toile, peinte vers 1910, où la vue à travers l’arc de la pergola tombe sur des pots de fleurs, taches blanches ponctuant la balustrade de la terrasse, devant une colline pierreuse à végétation sèche. Dans l’ombre bienfaisante, on aperçoit à peine la silhouette d’un enfant peut-être le fils du peintre assis sur un banc, devant une vasque emplie d’eau pour les oiseaux. Le premier plan, brossé de couleurs froides bleus et verts piquetés de violet , souligne la fraîcheur du lieu en contraste avec le sol de la terrasse inondée de soleil, peint d’un fourmillement de jaune, d’orange, d’un peu de blanc et de rose. L’artiste adopte le pointillisme de Seurat mais y apporte une touche plus vermiculée, vibrante, qu’il avait adoptée aux côtés de Giovanni Segantini (1858-1899), rencontré lors d’un séjour en Italie en 1885. Quelques décennies plus tard, il est maître de son style : «Je fus amené à [la] peindre différemment. Je ne prétends pas en avoir découvert une décisive, une définitive. Chaque jour je cherche, je cherche dans tous les sens, voulant trouver mieux.» Les vues de Marquayrol, et notamment les toiles mettant en scène la pergola, constituent autant de gammes nécessaires à son art.

mercredi 27 novembre 2019 - 11:00,14:00 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Coutau-Bégarie
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