Märklin, le roi des bassins

Le 30 octobre 2019, par Philippe Dufour

Célèbre pour ses trains d’hier et d’aujourd’hui, la marque fondée il y a cent soixante ans a participé au fameux «âge d’or du jouet» d’avant 1914. Cette fois, c’est un bateau à aubes qui reprend du service, laissant présager une belle bataille d’enchères.

Märklin, vers 1910. Bateau de rivière mécanique avec roues à aubes, tôle peinte, l. 50 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Autour de 1900, tous les petits garçons, en costume marin forcément, en ont rêvé : un navire qui va sur l’eau muni, comme les vrais, de tous les accessoires, reproduits avec la plus grande exactitude. C’est le cas de ce bateau, d’une longueur de 50 cm, signé par le fabricant Märklin, à l’imitation de ceux voguant sur les lacs, fleuves et autres cours d’eau navigables. À leur image, il est équipé de deux roues à aubes, d’une cheminée, de mâts à gréements, de deux chaloupes et de drapeaux, dont l’un américain. Ce modèle réduit datant des environs de 1910 (en bel état d’origine et muni de sa clé) a été réalisé en tôle peinte. Celle-ci arbore deux tons : un rouge vermillon pour la partie inférieure de la coque, un crème pour sa partie supérieure et les structures hautes, sans oublier le traitement façon bois appliqué au pont. Notre jouet a donc été conçu pour être véritablement utilisé par des enfants sur un plan d’eau, un bassin, voire une baignoire, contrairement à ceux destinés à être posés ou traînés sur des roulettes. Son fabricant a donc imaginé un mode de propulsion pour le faire avancer. Si l’on met de côté la traditionnelle voile, les deux solutions les plus utilisées seront alors les moteurs à vapeur ou, comme ici, ceux à mécanisme entraînant une hélice, des ailerons et des roues à aubes. Comment cela fonctionne-t-il ? Tout simplement à l’aide d’un mouvement de type horloger composé d’un ressort en acier, d’un carré de remontage, situé sur le pont et dans lequel on introduira une clé… Des petits moteurs à électricité ou à élastique se révèlent aussi parfois bien appréciables.
Une vraie succes-story à l’allemande
Dès les années 1860, ces navires de tôle flottants, aux couleurs pimpantes, voient le jour dans les fabriques françaises et allemandes. Parmi les plus célèbres, Märklin diffuse d’outre-Rhin ses produits dans toute l’Europe et aux États-Unis. C’est dans sa manufacture de Göppingen, petite ville du Wurtemberg, qu’en 1859 Theodor Friedrich Wilhelm Märklin (maître ferblantier) et son épouse Caroline se lancent dans la fabrication de maisons et cuisines de poupées en métal. Les jouets pour garçons vont suivre, en particulier les trains à mouvement d’horlogerie avec voie modulaire, imaginés dès 1891 par les fils du fondateur, Eugen et Karl. Vers 1895, les bateaux font leur apparition au catalogue ; ils seront déclinés sur toute la gamme, du paquebot au cuirassé, en passant par la canonnière et le yacht impérial. Le succès est enfin au rendez-vous, et la réputation de l’entreprise, à son apogée. Devenue «Märklin Frères et Cie» en 1907 avec l’arrivée d’un associé, Richard Safft, la société glane les récompenses, dont le grand prix de l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1910. Hélas, l’âge d’or des jouets s’achève brutalement avec la guerre de 1914 : comme bien d’autres fabricants en ce domaine ludique, Märklin doit arrêter sa production pour fournir des armes. Aujourd’hui, après bien des turbulences, la société a recentré son activité autour du seul modélisme ferroviaire. Et son siège se trouve toujours à Göppingen. 

samedi 09 novembre 2019 - 10:00
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Ivoire - Galerie de Chartres (Gody-Baubau - Maiche - Paris - Rivière)
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