Marion Papillon, une combattante pour le CPGA

Le 09 janvier 2020, par Annick Colonna-Césari

Durant huit ans, le Comité professionnel des galeries d’art, fondé en 1947, a été dirigé par Georges-Philippe Vallois. Sa vice-présidente, Marion Papillon, a été élue pour prendre sa succession en décembre. Bilan et perspectives…

© CPGA

Pouvez-vous nous rappeler le rôle du comité ?
En tant que syndicat, nous défendons les intérêts de la profession. L’accroissement du nombre de ses membres montre d’ailleurs que le comité a renforcé sa légitimité. Lorsque Georges-Philippe Vallois est arrivé, en 2011, il comptait cent soixante-dix galeries. Depuis, soixante-dix ont cessé leur activité, mais près de deux cents se sont affiliées. Actuellement, nous en recensons deux cent quatre-vingt-quatre, à 90 % parisiennes, comptant à la fois des antiquaires, des marchands d’art moderne et, pour moitié, des galeries d’art contemporain, dont la proportion a particulièrement augmenté ces dernières années. Nous avons également constaté le rajeunissement de nos adhérents, alors que, parallèlement, les marchands les plus puissants rallient eux aussi nos rangs. Parmi les derniers arrivés figure le Germanique David Zwirner, qui a déposé une demande d’affiliation dès son installation à Paris.
Comment expliquez-vous une telle augmentation de vos effectifs ?
Le milieu a terriblement évolué durant la période récente. Les foires se sont multipliées, au point de constituer pour certaines galeries une part importante de leur chiffre d’affaires. Le métier, lui, s’est complexifié, professionnalisé, mais il est aussi de plus en plus réglementé. Les marchands ont besoin d’outils pour comprendre leur environnement et prendre des décisions. Le comité apparaît donc comme un interlocuteur sur des questions techniques, juridiques ou fiscales. Effectivement, nous tenons nos membres informés des évolutions de la loi. Nous mettons à leur disposition des fiches pratiques et organisons des réunions sur les sujets d’actualité, qu’il s’agisse des questions concernant l’assurance des œuvres d’art, notamment lors des transports ou des foires, les formalités douanières, la lutte contre le blanchiment d’argent et le terrorisme. Nous diligentons également des études sur le marché ou la scène française. Et nous tenons nos adhérents au courant des différentes aides dont nous sommes les partenaires : aides aux foires, à l’exposition d’un artiste français dans une galerie étrangère, avance remboursable… ou encore des appels à projets dont nous sommes informés, comme les campagnes d’acquisitions, programmes de résidences, etc. Enfin, par le biais de notre service juridique, nous fournissons des réponses aux questions qu’ils se posent, quelle que soit leur nature : sur un taux de TVA à appliquer, sur les formalités liées à l’importation ou à l’exportation des œuvres d’art, sur l’évolution de la règlementation du commerce de l’ivoire…


 

Le bureau du Comité professionnel des galeries d’art au complet entoure Marion Papillon et Georges-Philippe Vallois (au premier plan). © C
Le bureau du Comité professionnel des galeries d’art au complet entoure Marion Papillon et Georges-Philippe Vallois (au premier plan).
© Coline Bulex


Quel bilan dressez-vous du mandat de votre prédécesseur ?
Plusieurs avancées significatives ont été réalisées. En 2016, le Code de déontologie qui régit les droits et les obligations entre les marchands et leurs interlocuteurs, artistes, collectionneurs ou confrères, a été renouvelé.
Il datait de plus de vingt ans et avait besoin d’être réactualisé. Depuis, il a déjà été plusieurs fois amendé, car il est évolutif. Le CPGA a adossé à ce code une charte des bonnes pratiques, qui enjoint les structures publiques à associer, dès le début d’un processus de commande, les galeries représentant l’artiste sollicité. Un volet relatif aux préoccupations environnementales a récemment été inséré, sous forme de recommandations adressées aux marchands en matière de recyclage des emballages ou des caisses. En 
2018 a également été élaboré un modèle de contrat-type galerie/artiste puis, en 2019, celui entre galerie et ayant droit. Nous sommes ravis de constater que ce document devient une vraie base de travail, permettant de développer des relations de confiance. À la fin du mandat de Georges-Philippe Vallois, nous avons en outre décidé de mettre en place un Comité d’éthique, pour mieux appréhender l’application du Code en cas de divergences ou de conflit. Nous privilégions la médiation, grâce à l’implication de l’un de nos membres, qui analyse la situation en proposant un terrain d’entente, les procédures devant des avocats étant coûteuses pour tout le monde. Enfin, une étape importante a été franchie à propos du délai de prescription des actions en justice. Selon la loi, il est de cinq ans lorsqu’on se retourne contre une maison de ventes, mais de vingt ans s’agissant d’une galerie. Rien ne justifie une telle distorsion de pratiques. Après de nombreux échanges sur le sujet depuis quelques années, le Symev (Syndicat national des maisons de ventes volontaires, ndlr) et Drouot ont confirmé qu’ils étaient favorables à une harmonisation sur cinq ans. Ensemble, nous pourrons mieux défendre notre position et faire adopter la mesure.
Le comité est donc devenu un acteur et un interlocuteur du milieu de l’art ?
Oui, à tous points de vue. Il fut un temps où les conservateurs des musées ne fréquentaient pas les galeristes. Les mentalités ont heureusement évolué, et les relations entre le public et le privé se sont normalisées. Les actions du CPGA en sont l’illustration : il a par exemple été associé à l’élaboration de la charte «Un immeuble, une œuvre», qu’avait lancée le ministère de la Culture en 2015, en association avec des promoteurs immobiliers. En 2013, nous avons monté un partenariat avec le Palais de Tokyo, dans le cadre de l’opération «Nouvelles vagues», pour un événement de grande envergure : chaque galerie avait invité un commissaire d’exposition de moins de 40 ans, parallèlement aux professionnels conviés par le Palais. Précédemment, le comité avait collaboré avec le CNAP (Centre national des arts plastiques, ndlr) pour se substituer au ministère, lorsque celui-ci a cessé son aide aux galeries françaises à l’étranger. Depuis deux ans, nous contribuons au programme «Étant donnés», aux côtés de l’Institut français et des services culturels de l’ambassade de France aux États-Unis, en finançant l’une des résidences d’artistes à hauteur de 10 000 $. Tout récemment, le CPGA est enfin devenu membre associé de la nouvelle association Trampoline, dont l’objectif est de promouvoir la scène française à l’étranger.
Quel sont vos prochains chantiers ?
Je vais profiter de l’actualité de la nouvelle présidence pour relancer les dossiers suivis par Georges-Philippe. L’un des chantiers prioritaires est celui des seuils d’exportation. La valeur d’une œuvre à partir de laquelle un marchand doit demander un certificat est fixée à 150 000 €. Or, celle-ci n’a pas changé depuis 1993 et elle est trop basse aujourd’hui, d’autant que, le nombre des foires ayant explosé, l’administration est débordée par les requêtes. Il n’est pas rare d’attendre quatre mois avant d’obtenir le document. Du coup, certaines pièces ne peuvent pas circuler, ce qui pénalise la scène française. En fait, nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur ces seuils. La solution serait qu’un comité d’experts se réunisse tous les deux ou trois ans, pour décider d’un montant en adéquation avec la réalité du marché. C’est la position qu’avait défendue Georges-Philippe et que je souhaite moi-même appuyer. Reste le problème de la définition d’une œuvre d’art.
Le Code monétaire et financier ne reconnaît toujours pas, à ce titre, les vidéos ni les installations. En conséquence, celles-ci sont soumises à une TVA de 20 
%. La question paraît simple à résoudre. Elle ne l’est pas… Car ce changement doit être entériné au niveau de l’Europe, qui a d’autres priorités.


 

Durant la manifestation «Un dimanche à la galerie», initiée par le Comité professionnel des galeries d’art. © CPGA , tous droits réservés
Durant la manifestation «Un dimanche à la galerie», initiée par le Comité professionnel des galeries d’art.
© CPGA , tous droits réservés


Le comité entend-il poursuivre sa défense de la scène française à l’international ?
Sans aucun doute. Ne serait-ce qu’en essayant de mieux communiquer sur les aides existantes. Je veux de la même façon continuer à sensibiliser le grand public. La profession est certes mieux connue qu’avant, mais les préjugés demeurent tenaces. On pense que l’art est réservé à une certaine classe sociale. On l’assimile aux records de ventes, à la fraude, à la spéculation. Le quotidien d’une galerie en est éloigné. En 2015, le comité avait lancé l’événement «Un dimanche à la galerie», durant lequel sont organisées des visites, des rencontres avec des artistes. Pour la première fois en 2019, la manifestation a associé des galeries régionales, et j’espère que nous pourrons développer ces actions hors de Paris. Pour ma part, j’avais initié en 2014 Paris Gallery Weekend, l’idée étant de faire venir des collectionneurs étrangers, mais aussi d’attirer un nouveau public. Elle est régie par Choices, une association indépendante. En 2020, le comité sera à nouveau son partenaire.
Et concernant le Brexit, quel rôle le CPGA peut-il jouer ?
Pour le moment, nous assurons une veille constante. Et nous informerons nos adhérents dès que cela sera possible. La crainte est bien sûr que la Grande-Bretagne réussisse à diminuer les contraintes réglementaires et supprime certaines taxes. Le fait que des galeries étrangères viennent s’installer chez nous prouve néanmoins qu’une attractivité ne repose pas seulement sur ce genre de critères. Paris attire : la ville a des musées importants, de nombreuses galeries, dont certaines bénéficient d’un réel rayonnement international, des fondations qui continuent de s’ouvrir. La France a sans aucun doute du chemin à parcourir, mais elle dispose aussi d’atouts certains.

Marion Papillon
en 5 dates

2000
Diplômée en stratégie de développement culturel, à l’université d’Avignon
2007
Rejoint la galerie fondée par sa mère, Claudine, et devient son associée
2014
Crée l’association Choices, qui organise Paris Gallery Weekend, et devient vice-présidente du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA)
2017
Intègre le board de la Federation of European Art Galleries Association
2019
Élue, le 17 décembre, présidente du CPGA
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