Marie Delas, l’as de Paris Gallery Weekend

Le 25 juin 2020, par Virginie Huet

Alors que la manifestation s’apprête à lancer sa 7e édition sous haute tension, entretien avec sa jeune et nouvelle directrice.

Marie Delas
PHOTO ROELAND VERHALLEN BD

Passée par la rédaction du magazine Elle, le studio de Philippe Starck, la Biennale de Sydney ou la fondation Carmignac, Marie Delas a la tête bien pleine et bien faite. À 31 ans, elle pilote Paris Gallery Weekend, depuis que sa fondatrice, la galeriste Marion Papillon — nommée en décembre dernier à la présidence du Comité professionnel des galeries d’art —, lui en a confié les rênes. Entre communication de crise et ère digitale, elle nous fait part de ses impressions.
 

Thomas Paquet, Horizon #9, 2019, 94 x 18 cm, galerie Thierry Bigaignon. COURTESY GALERIE THIERRY BIGAIGNON
Thomas Paquet, Horizon #9, 2019, 94 18 cm, galerie Thierry Bigaignon.
COURTESY GALERIE THIERRY BIGAIGNON


À l’aube de cette 7e édition, quel regard portez-vous sur l’évolution de Paris Gallery Weekend ?
Quand j’ai rejoint Marion Papillon à la coordination de l’événement, en 2016, il s’appelait encore Choices Collectors Weekend et présentait, en plus des parcours en galeries, une exposition collective au Palais de Tokyo. Si l’initiative était nécessaire pour installer le rendez-vous et définir son identité, je ne suis pas fâchée que nous y ayons mis un terme : nous formions alors une équipe restreinte et ce n’était pas une mince affaire. Nous avons depuis changé de nom, d’identité visuelle, et recentré le propos : promouvoir l’expérience de l’art par le prisme des galeries, en essayant de toucher un public de collectionneurs et d’amateurs toujours plus large. Nous travaillons par ailleurs de façon plus collaborative, puisqu’un board, constitué de galeristes qui ont l’envie de s’investir et du temps pour le faire, nous accompagne depuis maintenant deux ans et demi. Il rassemble des profils variés : on y retrouve des galeries émergentes, comme celle d’Anne-Sarah Bénichou, et d’autres plus installées, comme celle de Jérôme Poggi. Cette année, nous avons été rejoints par Léo Marin, de la galerie Éric Mouchet, Nathalie Berghege, de la galerie Lelong, et Sandrine Djerouet, de la galerie Jocelyn Wolff. Je m’en suis souvent remise à leur avis ces deux derniers mois.
Au-delà du report des dates, comment la crise a-t-elle affecté l’organisation de l’événement ?
Nous avons dû renoncer à plusieurs projets visant à développer sa dimension internationale et festive. Nous avions notamment initié des collaborations avec les Gallery Weekends de Bruxelles et de Madrid, ainsi qu’avec des institutions au Canada, afin d’attirer un public de collectionneurs, de «curateurs», et de conservateurs étrangers, l’idée étant de décliner ce principe à d’autres pays les années suivantes. Nous comptions également donner une grande fête à la place du traditionnel dîner de gala, ce qui aurait permis aux galeries d’inviter plus largement leurs collectionneurs. Tout a été mis en pause subitement, le confinement ayant été annoncé trois jours après notre conférence de presse. Si l’idée d’annuler nous a traversé l’esprit, nous l’avons très vite écartée, convaincus que l’événement avait la capacité de s’adapter aux contraintes les plus strictes. Nous l’avons donc repensé en modulant nos prestations VIP, en supprimant tout ce qui était périphérique ou considéré comme un rassemblement : vernissage, cocktail, visites d’institutions partenaires... En un sens, cela nous a permis de focaliser l’attention sur le cœur de la manifestation : les galeries, rien que les galeries.
Comment êtes-vous parvenus à les remobiliser dans cette saison sinistrée ?
Ce que l’événement prône depuis ses débuts, le retour du public dans les galeries, a pris dans ce contexte de crise davantage de sens. La preuve en est qu’il n’aura, paradoxalement, jamais autant rassemblé, avec près de 60 enseignes au programme. C’est un concours de circonstances qui a curieusement joué en notre faveur, le calendrier des foires s’étant considérablement allégé jusqu’à septembre. Nous avons par ailleurs fait le choix de baisser de moitié les frais de participation, passant de 3 000 à 1 500 €, ce qui, plus qu’un geste, nous semblait naturel. Si nous avons tenu à maintenir la manifestation, c’est avant tout pour apporter notre soutien aux galeries, accompagner leur envie d’aller de l’avant, de faire événement ensemble, pour que l’activité reprenne.

 

Étienne Béothy, Composition, 1947, gouache sur papier, 65,8 x 41 cm, galerie Le Minotaure.
Étienne Béothy, Composition, 1947, gouache sur papier, 65,8 x 41 cm, galerie Le Minotaure.
COURTESY GALERIE LE MINOTAURE


La fréquentation s’annonce très locale. Comment comptez-vous pallier l’absence de collectionneurs étrangers ?
C’est l’occasion de concentrer nos efforts sur les amateurs français, que nous avons du reste toujours eu à cœur de solliciter. En amont du week-end, nous proposons deux séances gratuites de formation en ligne, animées par notre cheffe de médiation, excellente conférencière et spécialiste du premier marché, afin de donner aux nouveaux collectionneurs des clés pour qu’ils soient autonomes durant l’événement. Nous avons engagé un partenariat avec le réseau Art Across Europe, en étroite collaboration avec les Gallery Weekends de Bruxelles, Lisbonne, Madrid et Milan, afin d’unir nos forces face aux défis que nous devons tous relever. Nous avons par ailleurs considérablement renforcé le partenariat noué l’an dernier avec la plateforme Artsy. Une semaine avant le week-end, nos galeries pourront y présenter de façon exhaustive les œuvres exposées en leurs murs. Un dispositif qui offre une vitrine internationale aux galeries parisiennes et nous permet de penser le digital main dans la main avec le réel. Le fait de disposer du même microsite développé pour des foires de référence est assez gratifiant. Paris Photo, Drawing Now et A round Video Art Fair assureront d’ailleurs des sélections thématiques de nos expositions.
Le numérique semble devenu le support de prédilection de la sphère artistique. Quel avenir prédisez-vous au marché en ligne ?
Il est vrai que la crise n’a fait qu’accélérer le processus. Mais Paris Gallery Weekend reste avant tout un événement physique : si l’on peut aujourd’hui avoir accès à tout et tout de suite, où que l’on soit, rien ne remplacera le fait de se tenir devant une œuvre et de dialoguer avec son auteur, d’échanger avec un galeriste... Réel et virtuel sont deux expériences complémentaires. En termes de créativité digitale, le monde de l’art a encore des progrès à faire par rapport à d’autres industries, comme la mode ou la musique, dont il gagnerait d’ailleurs à s’inspirer pour les dispositifs de rétribution d’artistes, nettement plus élaborés.
Comment se dessine la programmation pour 2020 ?
La grande majorité des projets a été bousculée : du décalage à l’annulation pure et simple. Nous voulions mettre l’accent sur les talents français, qui représentaient initialement 40 % des 140 artistes exposés, des chiffres qui ont évidemment évolué. Nous aurons néanmoins le plaisir de retrouver Jeremy Demester, Loris Gréaud, ou Tursic & Mille chez Max Hetzler, Nathalie Boutté chez Magnin, Olga Theuriet chez Arnaud Lefebvre... Si le contenu sera sans doute moins exclusif que d’autres années [certaines expositions, ouvertes avant le confinement, ayant simplement été prolongées, ndlr], je remarque qu’une tonalité enjouée domine notre programmation, comme en témoignent les titres des group-shows « Printemps » chez Ceysson et Bénétière, « Summer » chez Almine Rech, « Oh les beaux jours » chez Michel Rein, « Au bout du plongeoir, le grand bain », chez Binome, « Looking forward » chez Nathalie Obadia… Un optimisme très appréciable.
Quels artistes retiennent plus particulièrement votre attention ?
J’ai notamment hâte de revoir les dessins de Joachim Bandau chez Maubert et ceux de Chourouk Hriech chez Anne-Sarah Bénichou. Je me réjouis aussi de découvrir, chez Suzanne Tarasieve, une peinture de Gil Heitor Cortesão qui représente un lieu cher à mon cœur : la piscine de Bondi Icebergs à Sydney, en Australie.

Marie Delas 
en 5 dates
1989
Naissance à Paris
2012
Licence histoire de l’art et anglais à l’Institut catholique de Paris
2014
Master en management culturel à l’université de Nouvelle-Galles du Sud à Kensington, en Australie
2015
Commence à assister Jean-Max Colard dans le cadre d’expositions à la Hamburger Bahnhof (Berlin) ou à la Fondation Louis Vuitton, notamment
2016
Rejoint Paris Gallery Weekend en tant que chef de projet
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