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Marché mondial de l’art en 2021 : 65,1 milliards de dollars…

Publié le , par Pierre Naquin

Le marché de l’art mondial a rebondi en 2021 pour retrouver son niveau de 2019 et même le dépasser légèrement. Une prouesse alors que foires et autres événements marchands sont encore loin d’avoir atteint leur niveau pré-Covid. Analyse.

Marché mondial de l’art en 2021 : 65,1 milliards de dollars…
Art Basel à Miami Beach.
© Art Basel

Le dernier rapport de l’incontournable Clare McAndrew est sorti. Produit comme chaque année par UBS et Art Basel, ce bilan revient cette fois-ci sur le marché de l’art post-Covid. Sur près de 280 pages, il dresse un panorama exhaustif de celui-ci à l’échelle internationale, en utilisant les données de nombreux fournisseurs : Artory et Artron pour les enchères, ATG pour les plateformes d’enchères, NonFungible.com pour les NFT ainsi que des sondages directs auprès de galeries et de collectionneurs avec l’aide de ses deux partenaires. L’enseignement le plus surprenant est peut-être la totale disparition du facteur Covid et un retour quasiment « à la normale » en termes de chiffre d’affaires. Avec un total de 65,1 Md$, le marché mondial de l’art retrouve son niveau de 2019 (64,4 Md$) et fait même un peu mieux. Au cours des treize dernières années, le montant de 2021 n’a été dépassé, légèrement, qu’en 2014 (68,2 Md$) et 2018 (67,7 Md$). Incontestablement un très beau redémarrage, d’autant que le chiffre annoncé ne prend pas en compte 2,6 Md$ de NFT rattachés à des œuvres d’art, voire 11 Md$ si l’on y ajoute les NFT liés aux collectibles. En incluant ce nouveau segment, 2021 aurait été la meilleure année jamais enregistrée pour le marché de l’art. Cela présage beaucoup de bonnes choses pour celles à venir, car l’on peut raisonnablement tabler sur un redémarrage des foires dans les prochains mois. La répartition géographique des hubs du marché de l’art n’évolue qu’à la marge : les États-Unis (43 %), la Chine (20 %) et le Royaume-Uni (17 %) représentent toujours à eux trois 80 %. La France gagne 1 % de part de marché à 7 % soit 4,7 Md$ (+ 50 %), 5 % au-dessus de son niveau de 2019 et son meilleur score de la décennie. « La pandémie n’a pas radicalement changé la répartition géographique du marché, les trois principaux pôles dominent toujours les valeurs bien que le Royaume-Uni connaisse une période difficile en raison du Brexit et du virus. Sa part est tombée à 17 %, son niveau le plus bas depuis plus de dix ans, l’upper market se déplaçant de plus en plus vers New York et Hong Kong. Sans doute également en lien avec le Brexit », nous confie Clare McAndrew.

Galeries et maisons de ventes
Privées de foires et avec des fermetures régulières, la progression est naturellement moins forte chez les marchands (+ 18 %, 34,7 Md$) qu’aux enchères (+ 47 %, 26,3 Md$). Ceux-ci ne retrouvent pas leur niveau pré-Covid après la baisse de 20 % constatée en 2020. Comme chaque année, deux tendances se confirment : tous les acteurs ne sont pas logés à la même enseigne et le marché ne cesse de se polariser. Encore une fois, la plus grosse part de la croissance revient aux galeries les plus importantes : celles réalisant entre 500 000 $ et 5 M$ progressent de 31 %, celles engrangeant de 5 à 10 M$, de 35 et celles allant au-delà croissent de 27 %, alors que les plus petits opérateurs (moins de 250 000 $ de CA annuel) atteignent timidement les 6 % de croissance. « Avec le Covid, il y avait l’espoir que la pandémie puisse rebattre les cartes, notamment vers un nivellement des conditions de concurrence entre acteurs de différentes tailles. Davantage de ventes réalisées en ligne [sur des plateformes] donnait à tous les acteurs un accès indifférencié à un large vivier d’acheteurs. Malheureusement, et à quelques exceptions près, dès que le marché a repris de la vigueur, le haut de gamme a recommencé à s’imposer, enregistrant de meilleures performances que le reste du marché et stimulant quasi à lui seul la reprise en 2021 », explique l’autrice du rapport. Malgré la reprise, les marchands sont restés très particulièrement attentifs à leurs dépenses, augmentant mathématiquement leurs marges. Ainsi, 55 % des galeries interrogées se déclarent davantage « bénéficiaires », contre seulement 24 % exprimant le contraire. L’absence de foires impacte négativement la base de clientèle des commerces, ceux-ci fonctionnant désormais avec 50  clients en moyenne contre 55 l’année précédente mais surtout 64 en 2019. Côté enchères, la Chine reste le premier hub au monde malgré une baisse de trois points, ne dépassant plus les États-Unis que d’un petit point. La plupart des acteurs (55 %) rapportent une hausse de leurs bénéfices, 21 % indiquant même que cette progression est « significative ». Une fois de plus, le rapport constate, là aussi, une forte disparité dans les segments de marché : les lots cédés à moins de 5 000 $ représentent 64 % du volume pour seulement 2 % du résultat annuel alors que les lots vendus au-dessus de 5 M$ constituent à peine 0,2 % des objets mis en vente, mais s’arrogent plus de 38 % du chiffre d’affaires annuel total. Les ventes de gré à gré ont également progressé (+ 32 %) pour atteindre 4,1 Md$ de transactions. Ces dernières viennent s’ajouter aux résultats en ventes publiques pour atteindre un total de 30,4 Md$, en croissance de 45 % sur un an ou + 10 % sur deux ans. Les deux plus gros acteurs internationaux s’arrogent une large majorité de ces ventes privées : 3 Md$.

Ventes online et NFT
Sur les deux dernières années, le changement le plus flagrant dans l’organisation du marché de l’art est sans conteste le développement des ventes en ligne. Il aura fallu une pandémie pour que le secteur de l’art s’y mette réellement. Et cela semble désormais être un changement de fond, sans retour en arrière possible. De 6 Md$ en 2019 (en stagnation), le marché de l’art en ligne aura plus que doublé en 2020 (12,4 Md$) pour continuer à progresser en 2021 (13,3 Md$, + 7 %). Il se paie même le luxe de dépasser (en proportion) la part de ventes en ligne constatée dans le retail. Reste à savoir s’il y a encore un potentiel de développement à deux chiffres ou si la croissance sera désormais plus faible. Si la plupart des acteurs s’accordent à dire que les NFT devraient avoir un impact généralement positif sur le monde de l’art (de par l’ouverture qu’elle promet à de nouveaux segments de collectionneurs), peu ont effectivement sauté le pas. Les grandes maisons n’ont réalisé que 230 M$ de vente de NFT, et seuls 5 % des autres opérateurs et 6 % des galeries s’y sont essayés. Même si le nombre de ventes de premier marché reste majoritaire en 2021, leur proportion a tendance à baisser en faveur des reventes (passant de 79 à 58 % d’une année sur l’autre). Surtout, en termes de valeur, le second marché prend désormais largement l’ascendant : de 25 % en 2020 à 73 % en 2021. Fait impressionnant : le temps de conservation d’un NFT artistique n’est en moyenne que de trente-trois jours. La promesse des NFT comme version « liquide » du marché de l’art semble de ce point de vue tenue. Il paraît en revanche difficile de parler de collection pour ce genre de pratique. On le voit, le marché de l’art a su s’adapter et rebondir avec encore de jolis leviers de croissance pour les années à venir et plusieurs changements structurels fondamentaux à confirmer.

à lire
Le rapport de Clare McAndrew
est disponible sur www.artbasel.com
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