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Marché de l'art, l'offre du repli de Marine Le Pen

Publié le , par Vincent Noce

Avec le duel du 24 avril, la France se trouve confrontée à un choix historique, qui ne manquera pas d’affecter le monde culturel et le marché de l’art. Paradoxalement, quand bien même la culture a été absente comme jamais de la campagne, elle peut se retrouver en première ligne suivant le résultat. Avec le succès que l’on...

Marché de l'art, l'offre du repli de Marine Le Pen
 

Avec le duel du 24 avril, la France se trouve confrontée à un choix historique, qui ne manquera pas d’affecter le monde culturel et le marché de l’art. Paradoxalement, quand bien même la culture a été absente comme jamais de la campagne, elle peut se retrouver en première ligne suivant le résultat. Avec le succès que l’on sait, Marine Le Pen a su adoucir le ton. Ses deux principales annonces dans ce domaine sont parfaitement audibles. Elle a promis 1 Md€ pour la restauration des monuments historiques, dépassant les espérances des amoureux du patrimoine. Sa proposition de privatiser l’audiovisuel public est moins consensuelle, mais elle n’a rien de déraisonnable. Marine Le Pen s’est aussi posée en défense d’une histoire de France marquée par «l’identité nationale», récusant «la repentance» de son passé, dans laquelle, dit-elle, «se vautre Emmanuel Macron». Elle a également jugé que les subventions à l’Institut français et l’Alliance française, les agences d’exportation culturelle, «ne servaient à rien». Qu’advient-il du reste de son programme, dont elle n’a dit mot ? Est-il placé en suspens le temps de la campagne ou abandonné et, dans ce cas, remplacé par quoi ? L’incident des journalistes que Marine Le Pen s’octroie le droit de choisir tient-il de l’épiphénomène ou du lapsus révélateur ? La réponse à ces questions permettrait de mesurer la sincérité et la profondeur de l’aggiornamento de son parti prôné par la candidate. Pour le marché de l’art, l’enjeu peut être existentiel, car elle a préconisé, au nom de la «préférence nationale», une politique protectionniste qui «interdirait la dilapidation de nos trésors à des puissances étrangères». Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, ce négoce se nourrit de libre-échange, comme le prouve le succès de la place de Londres. Déjà, l’Europe souffre de mesures aussi absurdes que la TVA à l’importation des œuvres d’art, à laquelle va bientôt s’ajouter l’obligation d’une licence à l’importation. L’exemple de l’Italie, au patrimoine pourtant si riche, est là pour nous rappeler que le marché de l’art ne peut survivre à l’interdiction de sortie de tout bien culturel.

Qu’on s’en félicite ou qu’on le déplore, le marché de l’art se nourrit de libre-échange

Il est indéniable que la conjonction de la libre circulation des œuvres et de la libéralisation des ventes en France a entraîné une hémorragie du patrimoine artistique. La solution vertueuse aurait été de doter les musées de moyens exceptionnels d’acquisition, pour en faire des acteurs crédibles du marché, mais aucun gouvernement n’a cru bon de considérer cette ambition. Il peut être utile de se référer à l’analyse de Claire Bommelaer dans Le Figaro lors de la campagne de 2017, rappelant le refus d’un marché de l’art international, mais aussi la défiance à l’égard de la création théâtrale ou de l’art contemporain, sans parler du précédent des bibliothèques expurgées dans les villes ayant élu un maire frontiste. Toutes idées reprises alors par Marine Le Pen dans le seul discours qu’elle ait jamais consacré à la culture, entre l’imposition d’un uniforme à l’école et le décrochage des drapeaux européens de la façade des mairies. Elle proposait un salon annuel de ce qu’elle appelait «l’art caché», réplique à l’art abstrait et conceptuel. Les chaînes de radio et télévision, les théâtres subventionnés, les écoles d’art, le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo, en compagnie des musées et fonds d’art contemporain, à Paris et en régions, pourraient être impactés par une reprise des guerres culturelles à l’américaine. Quant au marché de l’art en particulier, et la culture en général, dans le programme d’Emmanuel Macron, ou même dans ses discours, on a beau chercher, on ne trouve rien, ou presque.
 

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