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Marché des ventes aux enchères : 2020, le sauvetage des meubles

Le 01 juillet 2021, par Vincent Noce

En 2020, la France a tiré son épingle du jeu dans le recul des ventes publiques à l’échelle mondiale. Dans son bilan, le conseil des ventes en évalue les atouts mais aussi les incertitudes.

Marché des ventes aux enchères : 2020, le sauvetage des meubles
© CVV

L’heure du bilan est au verre à moitié vide ou à moitié plein. Au moment où le Conseil des ventes volontaires (CVV) délivre son compte rendu des ventes publiques de l’année passée, son président Henri Paul en déduit que «la France a maintenu son rang» dans une période de bouleversements inédits (voir l'article Bilan 2020 des ventes aux enchères en France par Henri Paul, président du Conseil des ventes volontaires de la Gazette n° 24, page 22). Le pays reste en effet le quatrième agent du marché mondial, cependant loin derrière la Chine ou les États-Unis, avec lesquels elle ne peut prétendre rivaliser. Les inconnues pèsent toujours sur sa capacité à surmonter son handicap face au Royaume-Uni, qui pourrait pâtir des restrictions dans les mouvements des œuvres en Europe.
Socle de comparaison
Dans un domaine de statistiques et de projections où la rigueur n’est pas toujours de mise, les chiffres avancés par le CVV concernant la France sont particulièrement sérieux, puisqu’ils sont prélevés à la source, auprès des opérateurs. Sur une dizaine d’années ils constituent un socle solide de comparaison. Les résultats, à l’instar des estimations sur le marché mondial effectuées par son partenaire, l’institut Harris Interactive, viennent du reste confirmer ceux collectés par l’universitaire irlandaise Clare McAndrew. Dans les deux cas, la Chine apparaît à la première place des ventes aux enchères d’art. Avec 35 % du marché, elle dépasse de trois points les États-Unis. Le Royaume Uni suit avec 11 % et la France à 7 %. Les grands groupes ont particulièrement souffert de la crise sanitaire. Christie’s et Sotheby’s New York ont ainsi, à elles deux, perdu 1 Md€ dans leurs ventes de l’année dernière, soit 61 % des pertes totales enregistrées aux États-Unis. Leur part commune du marché américain est tombée de 50 % en 2018 à 40 % en 2020. Ces données relativisent la tendance unanimement relevée d’un essor des ventes sur Internet, qui est encore bien loin de compenser l’effondrement des ventes de prestige.

© CVV
© CVV


Voitures d’occasion
En France même, le tableau des ventes publiques (ne prenant donc pas en compte l’activité des galeries et des marchands) est contrasté. 68 % des transactions ont été assurées en 2020 par Internet, contre un tiers l’année précédente. À 2,9 Md€, le produit total s’est rétracté de 14,1 %, retrouvant à peu près son niveau de 2016. Mais ce chiffre comprend aussi bien les véhicules ou les chevaux que les peintures et les statues. La baisse du secteur des œuvres d’art et des antiquités est sensiblement plus accusée : - 22,4 %, plus forte que celle enregistrée dans le monde (- 19,1%). En fait, ce sont les ventes sur Internet de voitures d’occasion, et secondairement de matériel industriel, qui ont freiné le recul de la France. À eux seuls, les véhicules (1,447 Md€) accaparent la moitié des ventes aux enchères, sous l’égide de trois sociétés européennes. En comparaison, le cumul des œuvres d’art, des objets de collection, des bijoux et des grands crus atteint 1,2 Md€. Certains segments comme le mobilier et les objets d’art du XXe siècle (-43 %) et l’art contemporain (-32 %) ont été particulièrement atteints, tandis que l’art ancien (-9 %) a mieux résisté. Des acteurs majeurs dans le monde, la France est celui qui détient le maillage de commissaires-priseurs le plus déconcentré. Les ventes généralistes dites «courantes», qui constituent une bonne part de leur commerce, ont fortement chuté en nombre, passant de 4 890 à 2 891 (-41 %). Mais, avec le basculement vers l’Internet, cette dégringolade a été nettement compensée par une remontée du prix moyen des lots, si bien que l’effritement en valeur s’est limité à 8 %. Le soulagement est perceptible chez les professionnels, qui, avec les aides gouvernementales, ont le sentiment d’avoir limité la casse. Un des enjeux de la période qui s’ouvre est de savoir dans quelle mesure ces ventes vont retourner en salle ou si cette tradition va s’édulcorer, entraînant une mutation des logiques économiques du secteur. 
Palmarès nuancé
D’une société de ventes à l’autre, la baisse est très inégale. Christie’s France, avec 166 M€ (-17 %), reprend la première place, tandis que la branche française de Sotheby’s (127 M€) voit son chiffre s’effondrer de 56 %. Tajan, qui a beaucoup misé sur le numérique, accuse aussi une perte conséquente de 46 %. Aguttes reste pratiquement stable, tandis que plusieurs maisons (Osenat, Beaussant Lefèvre, Bonham’s France, Rémy Le Fur) enregistrent même des hausses. À Drouot (qui n’est pas une société de ventes mais qui accueille celles-ci en son sein), le montant des ventes réalisées dans les salles a automatiquement reculé de 54 % en 2020 en raison de la fermeture de l’Hôtel lors du confinement. Cependant, c’est le basculement vers sa plateforme digitale – laquelle, à 135 M€, a connu une croissance supérieure (67 %) –, qui a sauvé la maison. Le rapport du CVV estime que «la notoriété de l’hôtel des ventes, qui incarne “le marché de l’art à la française”» et bénéficie d’un «prestige international» hérité du XIXe siècle, repose sur «un groupe réunissant des activités de presse et de plateforme d’enchères par Internet», qui devraient constituer «un facteur clé dans l’attraction de nouveaux opérateurs en recherche de visibilité et de légitimité». En valeur, 28 % des adjudications délivrées en France l’année dernière l’ont été à des étrangers, ce qui serait un signe d’espoir pour l’ensemble de la place. La fidélisation d’une nouvelle clientèle est l’enjeu majeur de la période à venir. Le rapport insiste pour ce faire sur la nécessité pour les opérateurs, dispersés sur le territoire, de développer des marques d’identité fortes, capables de gagner la confiance de ces nouveaux publics et d’offrir «une distinction» dans une concurrence internationale toujours féroce.

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