Magie pour tous en trois coups de marteau

Le 24 février 2017, par Philippe Dufour

À l’heure où les spectacles de magie refleurissent un peu partout, la vente de la collection Morax & Akyna met en lumière les grands noms de l’illusion. Parcours d’un univers abracadabrantesque.

Le Joueur d’échecs, automate, h. 114, l. 66 cm (détail).
Estimation : 10 000/15 000 €

Poteau à évasion, sarcophage à disparition ou automate invincible… C’est à un véritable spectacle de magie que nous convie la Galerie de Chartres ! Ce samedi 4 mars, la maison de ventes montera sur scène pour disperser l’incroyable collection de Morax & Akyna. Derrière ce nom mystérieux se cache un couple de magiciens français, qui a patiemment rassemblé plus de sept cents pièces ayant trait à l’illusion. Chargé par le producteur de cinéma Christian Fechner, fou de prestidigitation, de réunir un ensemble sur ce thème, Didier Moreau, alias Morax, se prit au jeu et constitua à son tour un petit musée privé. Tous les domaines de cet univers devaient y être illustrés. En tout premier lieu les indispensables accessoires, qui permettaient d’exécuter ce que, dans le métier, on nomme très poétiquement «les grandes illusions». Parmi celles-ci : la fameuse guillotine de Marcalbert, utilisée par le magicien au Cabinet fantastique du musée Grévin au Caveau, la cabine aux sabres des années 1920, de fabrication Conradi-Horster, ou  plus surréaliste encore  le nécessaire pour faire apparaître et disparaître une lampe à pétrole allumée posée sur une queue de billard... Comptez aujourd’hui 1 200/1 500 € pour «La femme sciée en deux»… Les générations de spectateurs qui s’émerveillaient devant ces numéros pouvaient prolonger le rêve par des boîtes de «physique amusante» permettant de réaliser des tours à la maison. Particulièrement fascinant aussi, le fonds consacré au grand Robert Houdin (1805-1871), inventeur de la magie moderne, parmi lequel affiches, éventails publicitaires et billets ressuscitant les «Soirées fantastiques» qui enflammèrent son théâtre du boulevard des Italiens.
Un redoutable joueur d’échecs
D’autres précieux souvenirs évoquent des illusionnistes moins connus de ce côté de l’Atlantique, comme l’énigmatique Chung Ling Soo. Deux affiches de 1905 rappellent la vie agitée de ce pseudo-Chinois, de son vrai nom William Ellsworth Campbell, un Américain né en 1861 à San Francisco. Fort d’une mise en scène luxueuse, le magicien se parait d’antiques et riches costumes chinois pour présenter son spectacle. Il avait surtout mis au point un numéro intitulé « l’homme invulnérable », ou encore « la cible vivante «, au cours duquel on lui tirait dessus avec un revolver, normalement inoffensif… sauf en ce fatidique 23 mars 1918, où sur la scène du Wood Green Empire Theater de Londres, Chung Ling Soo s’effondrait, touché à mort. On redécouvrira aussi une attraction fort célèbre en son temps : «le Joueur d’échecs». Cet automate a fait les beaux soirs des Folies-Bergère autour de 1953, présenté par Sanas, «L’homme au cerveau d’acier » (alias André Delcassan) et Guy Bert (pseudonyme d’Henri Guibert). Grâce à un savant mécanisme, la machine, empruntant son allure martiale à un «Turc», jouait avec un spectateur volontaire et déplaçait ses pièces selon les meilleures règles, finissant toujours par gagner. Les journaux de l’époque se faisaient d’ailleurs les échotiers de ses victoires remportées sur des champions avérés, tel le Russe Zakhanoff. Il faut ajouter que les deux compères assuraient avoir trouvé l’automate en 1945 dans le château de Schönbrunn abandonné : sans doute s’agissait-il du fameux «Joueur d’échecs», créé par le baron von Kempelen, disparu après sa victoire sur Napoléon en 1809… Vérité ou canular ? À vous de deviner.

samedi 04 mars 2017 - 09:30 - Live
Chartres - Galerie de Chartres, 7, rue Collin-d'Harleville - 28000
Ivoire - Galerie de Chartres (Gody-Baubau - Maiche - Paris - Rivière)
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