Lupin, dans l’ombre d’Arsène

Le 04 février 2021, par Camille Larbey

Netflix réinvente l’univers de Maurice Leblanc dans une série familiale portée par Omar Sy, avec le Louvre en guest star.

 

La meilleure entourloupe n’est pas signée Arsène Lupin, mais Netflix, qui a produit cette version actualisée des aventures du célèbre gentleman cambrioleur. La plateforme claironne une audience à 70 millions de comptes – sur un total de 200 millions d’abonnés à travers le monde. Soit plus que Le Jeu de la Dame, véritable phénomène ayant relancé la mode des échecs. Seulement Netflix a une méthode particulière pour comptabiliser ses nombres de visionnages : toute personne ayant regardé au moins deux minutes d’un épisode est comptabilisée comme spectateur. Peu importe si vous avez abandonné la série au bout de la cinquième minute, Netflix considère que vous l’avez « vue ». Quels que soient les chiffres exacts de visionnages, Lupin demeure la première création française à se classer dans le top 10 de la plateforme, aux États-Unis et dans d’autres pays. Une performance inattendue dans une industrie des séries ultra-concurrentielle.
Entre Dumas et Ocean’s Eleven
Qu’a donc alors Lupin pour se frayer un chemin à travers l’embouteillage des séries ? D’abord, le ripolinage du mythe Arsène Lupin est réussi. Plutôt qu’un descendant direct, les scénaristes François Uzan (Family Business) et George Kay (Criminal) ont imaginé un imitateur contemporain. Décidé à venger son père injustement condamné vingt-cinq ans plus tôt pour un vol qu’il n’a pas commis, Assane Diop (Omar Sy), pickpocket au grand cœur, s’inspire des exploits du héros de Maurice Leblanc pour se venger de ceux qui ont détruit sa vie. La série navigue donc entre Le Comte de Monte-Cristo et Ocean’s Eleven, lors des scènes de braquages improbables. Les ficelles sont parfois un peu grosses et les personnages souvent dessinés à gros traits (le méchant est évidemment odieux), mais Netflix vise un divertissement résolument familial. Le réalisateur français Louis Leterrier, aux commandes des trois premiers épisodes, déploie une mise en scène virevoltante rapportée de Hollywood, où il a bâti sa carrière. En résulte un divertissement « populaire » sans que cela soit un vilain mot. De leur côté, les libraires annoncent déjà un boom des ventes des livres de Maurice Leblanc.

 

© Emmanuel Guimier, Netflix
© Emmanuel Guimier, Netflix


Béret et sneakers
Le principal argument de ce néo-Lupin reste Omar Sy. L’acteur d’Intouchables promène son imposante carrure et son flegme dans un Paris propret, du centre haussmannien aux puces de Saint-Ouen. 2021 oblige, le chapeau claque, le monocle et la cape ont été remisés au vestiaire. Le charme « à la française » s’affiche désormais en béret, gabardine et sneakers aux pieds. Le choix d’Omar Sy permet également d’ajouter à l’intrigue le thème du racisme ordinaire. Son personnage joue, toujours à son avantage, un homme noir d’1 mètre 90, qui sera tantôt considéré comme suspect, tantôt invisibilisé. Le casting aligne également les noms de Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme ou encore Nicole Garcia.
Le Louvre à l’écran
Lupin ne tombe pas dans la succession de cartes postales de Paris, même si le réalisateur prend soin de bien cadrer le Sacré-Cœur en arrière-plan pendant la course-poursuite sur les toits. Une concession évidente au public étranger : après tout, il faut bien le faire rêver. Pour les spectateurs français blasés des représentations de Paris à l’écran, la série offre une belle surprise avec le premier épisode, tourné au Louvre. Omar Sy doit s’y infiltrer afin de dérober le fameux collier de la reine Marie-Antoinette, lors d’une vente aux enchères sous la pyramide de verre. Il est peut-être là, le casse de Netflix : obtenir une quasi-carte blanche pour y poser ses caméras. Ce qui en dit long sur la puissance actuelle de la plateforme SVOD au N rouge. On verra ainsi le hall, la Grande Galerie, la salle des États – où se trouve la Joconde –, les salles rouges et la Pyramide sous toutes ses coutures. La Joconde, La Liberté guidant le peuple et Les Noces de Cana apparaissent clairement à l’image. Pour la première fois, un réalisateur a pu utiliser et filmer les étonnants escaliers à pistons dissimulés sous la Cour carrée et permettant au public de sortir en cas d’évacuation. La production a toutefois un peu triché, puisque quelques scènes censées se dérouler dans les niveaux inférieurs ont été tournées en réalité au Petit Palais – on reconnaît Le Fruit d’Antoine Bourdelle. En ces temps où les musées et autres lieux de culture sont fermés, on apprécie une visite du Louvre aussi originale !

à savoir
Lupin, série en dix épisodes, créée par George Kay et François Uzan,
avec Omar Sy, Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme, Nicole Garcia, Soufiane Guerrab.
Disponible sur Netflix.
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