Luohan, objet de lettré

Le 24 février 2017, par Anne Foster

Considérés comme les premiers disciples du Bouddha, les luohan devinrent seize puis dix-huit en Chine. Allégories d’hommes ayant atteint la sagesse, leurs effigies figurent parmi les objets ornant le studio des lettrés ; un modèle prochainement à Drouot.

Chine, dynastie Qing, époque Kangxi (1661-1722). Luohan en stéatite de couleur orange nuancé, inscriptions au revers : peut-être “1688” et “fait par Zhou Bin”. Spinelles et émeraudes appliqués sur la tunique ; base ovale en stéatite grise, monture en vermeil de la maison Aucoc d’époque postérieure, h. 11,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Malgré sa petite taille, cette statuette de luohan est majestueuse, d’une grandeur spirituelle à la fois profonde et heureuse. Les yeux mi-clos sous un grand front bombé, une fine moustache au-dessus de lèvres légèrement retroussées donnent à ce luohan une apparence très humaine, empreinte de compassion. Assis, une jambe relevée dont ses mains enserrent le genou, il est cependant somptueusement paré : des boucles d’oreilles tombent jusqu’à ses épaules recouvertes d’une cape gravée et rehaussée d’or, comme les liserés de la tunique aux plis souples, des pierres fines appliquées sur les bords. Le décor gravé du vêtement, la finesse des traits représentant les cheveux du sage indiquent la main d’un maître. Au revers, cet artiste a apposé sa signature : Zhou Bin. C’était une célébrité sous le règne de Kangxi, qui régna de 1661 à 1722. Il est natif du Fujian, province située en face de l’île de Taiwan, tout comme Yang Yuxuan, dont il aurait été l’élève, et de Wu Bin, peintre actif dans les dernières décennies de la dynastie Ming, auquel on doit une série de luohans, qui connut un grand succès et fut reprise tant en peinture qu’en sculpture. Zhou Bin est renommé pour l’excellence de sa sculpture de la stéatite ; la variété dénommée shoushan, abondante au nord du Fujian, supplantait le jade, à l’époque Ming, dans les préférences des empereurs. Au vu du prix atteint récemment à Drouot (21 M€) pour un cachet en stéatite de Qianlong, on peut affirmer que cette vogue se poursuivit sous les Qing. Zhou Bin montre toute sa maestria dans l’emploi de cette pierre facile à travailler et à la gamme chromatique étendue qui lui permet de donner ce caractère vivant à ses productions. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques, leurs apparitions dans des ventes, notamment à Hongkong, provoquant de vives enchères. Ce luohan, signé du maître, a été réalisé «l’été de l’année Wu Chen», comme l’atteste l’inscription au revers, probablement 1688. Selon le cycle sexagésimal chinois, il est la combinaison de deux signes, celui des tiges célestes Wu (terre, signe yang) associé à un autre Chen (dragon) des branches terrestres. Appelé à travailler à la cour, où il produit également des sceaux très recherchés, Zhou Bin, étudié dans Shoushanshi zhi [Annales de la stéatite shoushan], par Fang Zonggui en 1982, a fondé une école de sculpture, toujours à Fujian ; on compte, parmi ses disciples, Pan Yumao et Lin Qianpei. D’imposantes références pour la statuette de ce sage qui a vaincu la cupidité, la colère, les illusions et l’ignorance…

vendredi 10 mars 2017 - 13:30 - Live
Salle 5-6 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Kâ-Mondo
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne