Louis-Philippe de retour dans ses châteaux

Le 04 février 2021, par Anne Doridou-Heim

Avec la multiplication des préemptions d’objets d’art se référant à sa famille, une nouvelle page d’histoire s’écrit pour le roi des Français.

Attribué à Jean-Baptiste Vinchon (1789-1855), Le Baptême de son Altesse royale le comte de Paris, le 2 mai 1841, à Notre-Dame, huile sur toile, 28 45 cm. Paris, Drouot, 9 octobre 2020. Binoche et Giquello OVV. M. Millet.
Adjugé : 14 168 €, préemption du Musée Louis-Philippe château d’Eu.

Moqué par l’ensemble de ses adversaires politiques au cours de son règne, cible préférée de la presse, longtemps négligé par l’histoire, Louis-Philippe a laissé dans les mémoires collectives une image floue et peu amène. La planche du journaliste Charles Philippon, publiée en novembre 1831 dans La Caricature, assimilant à jamais sa tête à une poire ! Pourtant, son règne avait bien commencé, le roi avait de grands projets pour la France et semblait ouvert aux idées libérales, cherchant sincèrement à instaurer une démocratie constitutionnelle sur le modèle anglais. Mais s’il ne fut pas le souverain désastreux que beaucoup se sont plu à décrire, son autoritarisme croissant devait finalement mener à l’insurrection, en février 1848. Ironie du sort, c’est aussi une insurrection qui l’avait installé au pouvoir en 1830. Deux expositions, tenues lors de l’automne-hiver 2018-2019, la première à Versailles, la seconde à Fontainebleau, ont permis de remettre dans la lumière ce roi méconnu et de mieux appréhender son implication dans les arts. Louis-Philippe voulait réconcilier les Français avec leur passé, et cherchait désespérément à s’inscrire dans cette longue histoire. Pour cela, il décida de transformer le château de Versailles – symbole par excellence de la monarchie – en un monument national ouvert à tous et dédié à toutes les gloires de la France. Victor Hugo, par cette phrase magistrale, le remercia d’avoir «donné à ce livre magnifique qu’on appelle l’histoire de France, cette magnifique reliure qu’on appelle Versailles»… L’inauguration des Galeries historiques aura lieu le 10 juin 1837. Afin de superviser lui-même les travaux, le roi des Français s’installe au Grand Trianon – par intermittence à partir de 1835 – et s’investit dans les travaux de réaménagement. Il veut transformer le palais en une demeure d’agrément, adaptée à sa nombreuse famille et aux exigences modernes de confort – cuisines souterraines, salles de bains, chauffage… Parmi les multiples commandes passées aux ébénistes et manufactures, il y a celle d’un service à Sèvres – qui ne sera livré qu’en 1845. Décorées d’un bouquet de fleurs dans un médaillon et sur l’aile de cinq réserves fleuries sur fond de rinceaux or, deux séries de vingt-quatre assiettes dudit service étaient préemptées le 25 septembre 2020 (Daguerre, Drouot) à 19 500 € et 18 200 € par l’Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles. Elles vont ainsi retrouver leur maison d’origine. Déjà, le château avait fait de belles emplettes lors de la vente des Orléans, chez Sotheby’s, en septembre 2015. Il était reparti avec six peintures, dont Louis-Philippe, duc de Valois, au berceau, réalisée en 1774 par Nicolas-Bernard Lépicié (1735-1784) et emportée à 190 000 €. On y voit le duc d’Orléans, futur Philippe-Égalité, posant un regard paternel sur le nouveau-né endormi. Les fées semblaient alors s’être penchées sur lui…
Un château, des châteaux
Dans son journal, l’architecte Pierre-François-Léonard Fontaine (1762-1853) écrit : «Fontainebleau, Versailles, Trianon, Saint-Cloud devinrent bientôt les objets de son attention.» Les résidences royales sont nombreuses mais la préférence des Orléans va à trois d’entre elles : le Palais-Royal, qui depuis 1692 était la résidence parisienne de la famille, et les châteaux d’Eu et de Neuilly. Ce dernier avait l’avantage d’être situé juste aux portes de Paris. En novembre 2018, le musée du Louvre préemptait à 25 200 € un plateau du déjeuner des Portraits de la famille royale, livré à la reine Marie-Amélie le 22 août 1837. Son décor, réalisé à Sèvres par le peintre Robert, est composé comme un véritable tableau ; on y voit la famille d’Orléans quitter la cour d’honneur de Neuilly dans une calèche. L’intérêt de cette délicate porcelaine est triple : outre sa provenance royale et sa qualité artistique, elle immortalise un château incendié et pillé durant la Révolution de 1848. Quant au château d’Eu, où est installé le musée Louis-Philippe depuis 1973, le duc d’Orléans en hérite en 1821, au décès de sa mère. Il transforme parc et intérieur pour en faire sa résidence d’été. Le 21 février 2019 à Drouot, chez Mirabaud-Mercier, la demeure acquiert, toujours par préemption et pour 3 190 €, un herbier réalisé par Madame Louise-Marie-Adélaïde d’Orléans, sœur et conseillère du roi. La princesse l’a patiemment constitué entre 1845 et 1847. Chaque plante est fixée sur le feuillet et décrite par ses caractéristiques, localisation, mois ou période de l’année… Certaines sont même accompagnées des noms des Orléans avec qui le végétal a été trouvé et cueilli. Un document unique et émouvant, au plus près de la vie intime d’une famille royale. Le 9 octobre 2020, chez Binoche et Giquello, le musée emporte pour 14 168 € un sujet en tout point monarchique : Le Baptême de son Altesse royale le comte de Paris, le 2 mai 1841, à Notre-Dame, une toile attribuée à Auguste-Jean-Baptiste Vinchon (voir photo ci-dessus). Lors de la vente des Orléans déjà mentionnée, il avait pu acquérir un dessin à la pierre noire et rehauts de craie blanche de Nicolas-Bernard Lépicié représentant le futur roi au berceau, une réduction en bronze par Barbedienne du Henri IV de Bosio – une édition offerte à la princesse Amélie à l’occasion de son mariage par les employés du domaine –, ainsi que des souvenirs de la maison de France, sept aquarelles et une toile attribuée à Eugène Isabey, montrant Le Débarquement de la reine Victoria au Tréport en 1843. Cette dernière œuvre rappelle que Louis-Philippe parvint à établir une première entente cordiale avec « l’ennemie héréditaire de la France », l’Angleterre. En juillet de la funeste année pour la dynastie, 1842, le duc d’Orléans, fils aîné et héritier du trône, meurt lors d’un accident de calèche. Le décès de ce prince, vaillant et apprécié, sonne le glas d’une monarchie, celle de Juillet, qui aura eu du mal à laisser une empreinte nette, mais que l’on apprend peu à peu à mieux connaître.

à voir
Le château d’Eu. Musée Louis-Philippe
Place Isabelle d’Orléans, 76260 Eu
www.chateau-eu.fr
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