Louis de Bayser, un président so parisian

Le 16 juillet 2020, par Estelle Dupuis

Dans le sillage du déconfinement, Louis de Bayser, à la tête de Fine Arts Paris, nous dévoile les manœuvres opérées par cette foire pour s’adapter à la nouvelle donne, sans perdre une miette de son précieux ADN.

Louis de Bayser

Dans un contexte de crise sanitaire, Fine Arts Paris annonce une augmentation de taille : si la foire comptait 45 exposants en 2019, elle affiche l'ambition d'en réunir jusqu'à 70.
Cette décision a été prise à l’issue de l’édition 2019, en novembre. Nous visions, et visons toujours, 50 % d’exposants supplémentaires ! Plus nous avançons et plus nous nous développons. Nos exposants demandaient à intégrer au salon plus de spécialités pour leur offrir un champ d’action plus large. Varier les spécialités est aussi un souci de sélectivité : cela signifie ne présenter que le meilleur pour chacune d’entre elles. La première édition, en 2017, proposait uniquement une offre de beaux-arts : peinture, sculpture et dessin. Nous avons ensuite intégré les antiquités, les textiles et l’archéologie. Cette année, nous nous ouvrons à la bibliophilie, aux arts africains et asiatiques.
Et la crise du Covid-19 est arrivée…
Avec l’énorme charge de travail supplémentaire qui l’accompagne ! Heureusement, je suis très bien épaulé par l’équipe permanente : Hélène Mouradian, la directrice du salon, son adjointe Claire Dubois, ainsi que nos deux chargées des exposants et de la communication, Marie-Anne Alexandre et Margaux Béjot. Quatre femmes qui font un travail extraordinaire. Même si toutes ces nouvelles problématiques logistiques, financières et sanitaires ne constituent pas le cœur vibrant de l’événement, qui demeure la qualité des œuvres présentées, elles sont aussi un garant de sa qualité. Il faut que les gens soient en confiance pour venir au salon, aussi bien les exposants que les visiteurs.
Une des questions qui se pose, dans cette nouvelle donne si particulière, est celle du digital…
Nous réfléchissons à des solutions qui offrent au visiteur un aperçu du salon aussi proche du réel et aussi personnalisé que possible. Nous travaillons par exemple à l’organisation d’un vernissage en ligne, en simultané avec le vernissage réel, qui propose une visite virtuelle des stands. Nous souhaitons mettre en place une configuration live qui permette aux amateurs, préalablement inscrits en ligne, de visiter notre espace en direct avec une hôtesse équipée d’une tablette numérique, qui les accompagnera dans les stands qu’ils auront sélectionnés. Ils pourront ainsi, via la plateforme de visioconférence, regarder dans le détail une œuvre et discuter avec le marchand en toute confidentialité. Notre rapport à l’art reste très matériel et charnel, mais nous allons expérimenter…

 

Stand Chaptal sur Fine Arts Paris, 2019. © photos Tanguy-de-Montesson
Stand Trebosc et Van Lelyveld sur Fine Arts Paris, 2019.
© photos Tanguy-de-Montesson


L’autre grand changement pour cette quatrième édition est bien sûr le lieu : vous passez du Carrousel du Louvre à la cour des Invalides.
L’endroit s’est imposé avec notre élargissement. Un espace de ce standing pouvant offrir 2 000 mètres carrés en plein Paris, il n’y en a pas beaucoup… Et pour nous comme pour nos visiteurs, il est essentiel de rester dans le cœur historique de la capitale. De plus, la cour des Invalides n’a encore jamais accueilli de salon. Cela nous permet donc de souligner notre lien en termes d’image. Nous mettons également en place un partenariat avec les Invalides, afin que nos visiteurs puissent avoir accès à leurs collections, qui, à mon sens, sont méconnues. Et cette année se pose la question importante de la circulation. Jusqu’à présent, les stands étaient fermés, ce qui ne sera pas le cas pour cette édition, car ce n’est pas concevable pour la gestion des flux. Néanmoins, nous travaillons à conserver l’ambiance intimiste de notre événement, en y intégrant ces nouveaux paramètres.
Justement, Paris… La ville est-elle un pôle attractif sur l’échiquier du marché de l’art international ?
Il n’y a pas de meilleur endroit que Paris pour accueillir un salon des beaux-arts ! Pour nos visiteurs étrangers, l’architecture et l’ambiance de la ville sont à elles seules un point d’appel. Les Américains, par exemple, adorent Paris ! Néanmoins, il est vrai que monter un salon dans notre capitale coûte plus cher qu’à Bruxelles ou à Maastricht. Nous devons composer avec un calendrier de foires qui est dense, mais nous pouvons heureusement nous appuyer sur les marchands parisiens [seul un quart des exposants de 2019 étaient étrangers, ndlr], qui restent une force vive, de par la qualité de leur offre, sur le plan international.
Ces marchands sont fidèles à Fine Arts Paris, et assez impliqués. Est-ce toujours le cas dans la situation actuelle, pleine d’incertitudes à court terme ?
Nos exposants des éditions passées nous restent fidèles. Pour l’instant, nous n’avons eu aucune annulation, et nous sommes confiants dans notre capacité à atteindre notre objectif en termes de nombre d’exposants. Certains marchands prennent en effet la crise sanitaire comme un petit temps d’arrêt. Mais nombreux sont ceux qui ont besoin de participer à des foires, car cela les motive.
Le marché des enchères a repris d’une manière spectaculaire depuis le déconfinement, avec de hautes adjudications et de forts taux de vente. Cela laisse-t-il augurer de belles transactions sur votre salon ?
Oui, bien sûr. Mais dans le quotidien d’un marchand, il n’y a pas cette date butoir de l’enchère. C’est pourquoi il est intéressant d’être présent sur des salons, notamment au moment crucial du vernissage, qui est notre tombée de marteau à nous. C’est le moment où le public découvre les œuvres. Se crée alors une émulation entre acheteurs, dans le sens positif du terme. Cette excitation oblige à se décider rapidement. Sans compter que les collectionneurs de chaque spécialité se connaissent et échangent beaucoup pendant ces événements. Ce qui est beau, c’est que le salon est le moment où ils découvrent des sélections d’œuvres propres à chaque marchand, des choix personnels jusque dans leur présentation. C’est la confrontation de tous ces points de vue et de toutes ces individualités sur un même lieu qui est très riche.

 

Stand Trebosc et Van Lelyveld sur Fine Arts Paris, en 2019. © photos-Tanguy-de-Montesson
Stand Chaptal sur Fine Arts Paris, en 2019.
© photos-Tanguy-de-Montesson


Vous avez un public de spécialistes, et vous êtes connu pour vos liens étroits avec les institutions.
Et cela, autant en termes de visitorat que de partenariats. Les musées de Montréal ou de Stockholm, et bien sûr les musées français, le Louvre en tête, viennent acheter chez nous ! De plus, pour notre public d’experts, il est essentiel de proposer un programme de visites exclusives en complément au salon. Nous essayons de mettre en place une synergie avec les institutions françaises. Quand le conservateur de Fontainebleau, par exemple, ouvre les portes du cabinet des dessins à un petit groupe d’une dizaine de personnes, qui découvrent des œuvres jamais montrées, c’est un moment rare. Cette offre est également essentielle pour attirer les conservateurs étrangers. On peut d’ailleurs concevoir des programmes spécifiques pour un conservateur qui se déplace avec les trustees de son musée. Nos marchands exposants participent activement à cette veille permanente et mise en réseau.


Connaissance des Arts est entré au capital de Fine Arts Paris en 2019. Quelles évolutions cela a-t-il apporté ?
Connaissance des Arts, filiale du groupe
Les Échos-Le Parisien et de LVMH, est depuis décembre 2019 un actionnaire de référence aux côtés des huit associés fondateurs. Cela n’a pas changé fondamentalement notre manière de travailler puisque les marchands sont restés maîtres dans l’organisation et la sélection des galeries. En revanche, cela nous a permis de bénéficier de leur expertise et de leurs réseaux dans le pôle Arts du groupe. 

Pour conclure, comment décririez-vous le pedigree de Fine Arts Paris ?
Notre salon se veut exclusif car beaucoup de galeries françaises qui y participent n’exposent pas ailleurs. On y trouve donc des œuvres inédites qui ne circulent pas sur d’autres foires. C’est un salon de marchands, conçu avant tout dans l’esprit du cabinet d’amateur, un esprit repris sur chaque stand. Ce regard pluriel autant qu’intimiste, en général, ne laisse pas indifférent.

Louis de Bayser 
en 5 dates
1998
Rejoint la galerie familiale
2014
Nommé président du Salon du dessin
2017
Première édition du Salon Fine Arts Paris au palais Brongniart
2019
Entrée de Connaissance des Arts au capital de Fine Arts Paris
2020
Choix des Invalides pour la tenue de Paris Fine Arts
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