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Londres redécouvre Boilly

Le 21 mars 2019, par Carole Blumenfeld

«Boilly : Scenes of Parisian Life», The National Gallery, Trafalgar Square, et «Spotlight on Boilly», The Wallace Collection, Hertford House, Manchester Square, Londres - Jusqu’au 19 mai 2019.

Londres redécouvre Boilly
Louis-Léopold Boilly, Le Pauvre Chat, 1832, huile sur toile, 31,9 x 40,4 cm (détail), The Ramsbury Manor Foundation.
PHOTO © courtesy the trusteEs

Nous n’avons jamais été aussi près de ce que Calvet de Lapalun a vu le jour où les œuvres lui ont été livrées», expliquent Étienne Bréton et Pascal Zuber, les spécialistes de Louis-Léopold Boilly (1761-1845), qui ont financé la restauration des trois tableaux de la Wallace Collection. «Les œuvres sont dans un état de conservation exceptionnel et n’avaient jamais été touchées depuis qu’elles ont quitté Paris, il y a près d’un siècle et demi. Elles étaient littéralement dans leur jus.» Certes, La Visite rendue, Les Malheurs de l’amour et La Souris morte comptent parmi les œuvres les plus célèbres de l’artiste, mais les soins apportés offrent désormais l’opportunité de profiter au mieux de la palette, du traitement des effets de la lumière et des glacis, des jeux de transparence et du faire minutieux du peintre. Les bleus, les roses, les verts et les jaunes des deux premières œuvres, autrefois propriétés du plus grand soutien de l’artiste, Calvet de Lapalun (1736-1820), surprennent par leur fraîcheur. Peindre une soierie, c’est la peindre dans son environnement puisqu’elle absorbe les lumières et les ombres. Or, rien n’est plus intime que l’univers qu’imagine un peintre pour faire évoluer ses figures, et la restauration permet désormais d’offrir au public la perception la plus fidèle de celui déployé par l’artiste. Après cette mise en bouche de choix, le public découvre à la National Gallery un autre Boilly. La collection Harry Hyams (1928-2015) ici prêtée renferme nombre de toiles qui n’avaient plus été montrées depuis les années 1930, dont la scène sulfureuse des Deux amies, où une jeune femme au corsage très échancré plante un baiser sur les lèvres d’une adolescente au regard effrayé. L’autre tableau qui ne devrait pas manquer d’étonner est bien la scène de carnaval, où sont peints des centaines de personnages aux visages poudrés ou masqués. Au milieu de cette fresque d’arlequins et de bourgeois parés de leurs meilleurs atours, impossible d’ignorer ce couple qui caricature, en 1832, Marie-Antoinette et Louis XVI. La collection Harry Hyams couvre l’ensemble de la carrière de l’artiste. Si les tableaux de la fin des années 1780 et du début des années 1790 marquent les esprits par l’audace des sujets traités du Trait de bienfaisance de la duchesse d’Orléans, mère du roi Louis-Philippe à La Comparaison des petits pieds , c’est le Boilly qui célèbre la frénésie et l’agitation des rues de Paris que le public anglais voit pour la première fois. Le plus fidèle et fervent observateur de la vie parisienne dépeint, dans Le Jeu du tonneau ou Le Spectacle de polichinelle, une société en quête de plaisirs et d’amusements, dans laquelle riches et pauvres partagent les mêmes distractions. Jules Boilly expliquera plus tard que son père recherchait «davantage l’arrangement général d’une scène, et les figures, ordinairement plus petites, sont plutôt touchées avec esprit et promptitude que terminées et peintes avec le soin qu’il apporta aux tableaux de jeunesse. Et ce sont ceux-là surtout qui lui assigneront une place si distinguée parmi les peintres français.» Une place distinguée en Angleterre aussi, puisque les deux plus importants collectionneurs de Boilly furent le marquis d’Hertford puis Harry Hyams.

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