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Londres, perspectives d’avenir

Publié le , par Laura Archer et Pierre Naquin

Alors que la panique autour du Brexit grandit, deux foires d’art londoniennes font entrevoir un avenir plus positif. Si le marché de l’art était à l’avant-poste des mondes financiers, un coup d’œil sur ArtRooms et la London Art Fair offrirait une perspective plus optimiste.

Moisés, Mariela Sancari. «Photo50».  Londres, perspectives d’avenir
Moisés, Mariela Sancari. «Photo50».
Courtesy London Art Fair 2019.

Après ses succès à Rome et à Séoul, la cinquième édition de l’ArtRooms Fair London avait lieu à l’hôtel Meliã White House, du 11 au 13 janvier. Ainsi située à l’angle de Regent’s Park  un quartier qui doit beaucoup à Frieze d’être immédiatement associé à l’art , la foire offre chaque année une occasion rare pour les artistes du monde entier d’exposer librement pendant trois jours au centre de Londres. Soixante et onze chambres d’hôtel étaient ainsi transformées en studios intimes, présentant les projets de plus de cent artistes d’une trentaine de pays. Tout commençait avec la soirée d’ouverture pour la presse et les VIP. Les couloirs s’animaient alors que les artistes divertissaient collectionneurs, galeristes et journalistes dans leurs espaces, avec, dans le hall, un programme  pour une fois  enthousiasmant de performances artistiques. Entrer dans un espace dont chaque artiste est son seul curateur  et dont certains utilisent effets de lumière, musique et installations pour mettre en contexte leur travail  permet chaque fois une expérience nouvelle… Il était presque impossible de terminer sa visite sans être entré dans chaque chambre, de peur de manquer quelque trésor. Pour un public habitué à courir les foires, à ne jeter qu’un regard fugace sur les stands et à ne s’approcher que lorsque quelque chose attire véritablement l’attention, cette façon de s’engager suscitait la réflexion. «On regarde vraiment tout. On ne peut pas se précipiter. On parle aux artistes bien davantage que sur une foire ordinaire, car on entre dans leurs espaces personnels», commente un visiteur. L’unique frustration semblait justement de ne pas avoir assez de temps pour tout voir ! La foire jouait également sur l’expérience d’un hôtel  un lieu de rencontres passagères mais intenses à travers le programme de talks, intitulé «In Bed with the Artist» ; une série de questions/réponses de trente minutes élégamment présentées comme des «creative threesome » avec des duos d’artistes modérés par Michael Barnett, critique d’art et éditeur du magazine State-22.
L’art de vendre, aussi
Tout au long de cette fin de semaine, la foire soutenait les jeunes artistes en leur offrant une plateforme pour présenter leurs œuvres aux acheteurs, mais aussi aux galeristes, dans l’espoir d’obtenir une représentation. Pour certains, comme pour l’Italien Pietro Campagnoli et ses sculptures fantomatiques d’individus enveloppés de linceuls, cette promesse est devenue réalité. Il signait dès le premier jour avec une galerie milanaise. Pour ceux ayant moins d’aisance à parler de leur travail, les négociations se sont avérées plus difficiles : ils étaient nombreux à déclarer ne pas avoir concrétisé de vente au cours de la semaine. Un séminaire en début de week-end intitulé «L’art de vendre son art» et animé par Gabriele Galassi, directeur du Business Psychology Network, était là pour aider les participants. Dans tous les cas, «avoir l’opportunité d’exposer à Londres pour seulement 20 £ [le ticket d’entrée pour tous les artistes] est extraordinaire», confiait le peintre et graveur portugais Simão Martinez. «Je pense quand même que cela peut être intimidant pour certains artistes d’avoir à représenter leur propre travail surtout quand l’anglais n’est pas leur première langue.» Si ArtRooms parvient à mettre en place un système facilitant les ventes, elle pourrait facilement devenir l’événement artistique le plus original de Londres. À surveiller !
Tirer le meilleur des galeries
Direction Islington, où se tenait la London Art Fair (LAF), du 16 au 20 janvier. Mettant en avant l’art moderne et contemporain du début du XXe siècle à nos jours, la foire réussissait à tirer le meilleur des exposants qu’elle avait sélectionnés. Les choix étaient audacieux, la scénographie de chaque espace forte et osée et, tout au long de l’événement, se diffusait un sentiment de cohésion dans le style et l’esprit des galeries, avec l’agréable impression que chaque stand complétait et enrichissait le précédent. Depuis l’entrée de la foire  où les visiteurs étaient accueillis par une magnifique exposition d’œuvres du musée Towner d’Eastbourne  jusqu’à la rencontre avec des artistes et galeries émergents dans la section Art Projects, une unité générale régnait. L’atmosphère était détendue et les marchands  dans toutes les gammes de prix  semblaient heureux de leurs ventes. Zavier Ellis, directeur de Charlie Smith London, exposant habituel et spécialiste dans les artistes émergents ou à mi-carrière, se réjouissait : «C’est ma meilleure participation à ce jour. Il y a eu beaucoup de visiteurs et le public était très enthousiaste. En plus des collectionneurs, nous avons pu discuter avec plusieurs conservateurs, ce qui est important pour nous. Nous avons eu un très bon vernissage et avons vendu tous les jours. Je suis heureux que les sept artistes présents sur le stand aient tous été achetés, la plupart d’entre eux plusieurs fois.» À l’autre bout du spectre, Thrown, galerie de céramique dont c’était la première participation, n’ayant ouvert ses portes qu’en mars 2018, participait à la section Art Projects, où elle recevait un accueil des plus positifs. « Nous sommes très heureux d’avoir concrétisé des ventes et des commandes pour nos artistes», indiquait la directrice Claire Pearce. Pour elle, et même si elle faisait remarquer qu’un nombre conséquent d’achats était le fait de personnes figurant sur la liste d’envois de la galerie et qui étaient venues à dessein visiter le stand, le lieu était parfait pour établir des liens avec de nouveaux collectionneurs. «Nous constatons que les profils de nos clients sont en fait très variés, qu’il s’agisse de ceux qui débutent, de collectionneurs de céramiques chevronnés, ou d’amateurs qui découvrent l’argile.» La prédominance de nouveaux acheteurs semble avoir touché la plupart des exposants. Davina Thackara, directrice de The Drawing Works, reconnaît également que cette édition a été une année record en termes de ventes, «avec presque toutes nos affaires provenant de nouveaux clients». Elle note également que les ventes étaient «principalement le fait de particuliers achetant pour leur propre usage, même si un collectionneur a acheté plusieurs dessins pour un grand musée de Londres»… Malgré l’enthousiasme, le Brexit reste néanmoins dans les pensées : «Après cette semaine record ici, j’ai envie de dire “fuck Brexit !”, déclare ainsi Zavier Ellis. À l’international, le marché est resté solide tout le long du processus ; et une livre qui s’affaiblit est un avantage pour l’exportation.» Emanuel von Baeyer, qui exposait pour la première fois, se montrait confiant face à l’adversité imminente : «Les temps sont certes incertains, mais nous n’avons pas d’autre choix que d’attendre et voir ce qui se passera. Nous avons des plans d’urgence pour toutes les possibilités raisonnables.» Une attitude de confiance que ne renieraient pas les nombreux collectionneurs, et des conservateurs bien connus, repérés à la sortie de la foire avec, sous leurs bras, de précieux paquets enveloppés dans du papier-bulle…

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