Livre : les Lacloche, une famille joaillière

Le 03 décembre 2019, par Anne Doridou-Heim
 

Quatorze ans après la parution de Raymond Templier, le bijou moderne (éditions Norma), le duo Laurence Mouillefarine et Véronique Ristelhuever se reconstitue pour faire revivre un autre grand nom de la joaillerie française de la première moitié du XXe siècle, celui des Lacloche. La tâche était loin d’être aisée, tant les archives et les bijoux étaient épars ; la redécouverte, à New York, des deux albums inédits des gouaches de bijoux, pendules et boîtes réalisées pour l’Exposition internationale des Arts déco de 1925 a récompensé néanmoins leur persévérance. C’est ensuite le soutien de Van Cleef & Arpels qui a permis la publication de cette première monographie. Comme le premier ouvrage, et à l’image du sujet mis en lumière, celui-ci est raffiné, abondamment illustré, richement documenté et accompagné d’un texte vivant, nourri d’anecdotes. Il se parcourt telle une enquête dans le monde feutré du luxe et invite à une plongée dans la vie d’une maison de joaillerie, de son ascension fulgurante, aux riches heures de la Belle Époque, à sa faillite en 1931, puis de son renouveau en 1938 jusqu’à son arrêt définitif en 1967. Entre ces différentes périodes, l’histoire regorge de commandes de têtes couronnées et de stars du cinéma montant, de créations originales, de recherches incessantes et donc de travail. Car c’est bien un point essentiel sur lequel les deux autrices insistent : le luxe se gagne, et rien de tout cela n’aurait été possible sans le talent et le goût du métier bien fait des ateliers parisiens dans lesquels ces merveilles de quelques centimètres carrés ont été exécutées. Chapitre après chapitre, la vie des frères Fernand et Jacques Lacloche, puis de leur neveu Jacques, se déroule entre deux continents, tissant sa toile dans l’univers naturaliste de 1900. Il fallait oser proposer aux élégantes des animaux nocturnes pour orner leurs accessoires du soir ! Puis vint le temps des innovations techniques de l’adoption du platine et du «petit point» pour donner l’illusion d’une broderie, d’une poésie de l’exécution parfaite, avant de regarder vers l’Orient à l’unisson de leurs confrères et de se préparer pour l’apothéose : la fabrication de pendulettes virtuoses pour l’Exposition de 1925 et de somptueuses parures en diamants. «Le grand silence blanc», selon les mots d’un critique. Cet ouvrage le réveille enfin.

Laurence Mouillefarine et Véronique Ristelhueber, Lacloche joailliers, Paris, Éditions Norma/L’École des arts joailliers, 320 pages, 60 €. 
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