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Lili Grenier, une muse impressionnante

Publié le , par Christophe Provot

L’amie des artistes et égérie de Montmartre était la vedette de cette vacation qui nous entraînait dans l’effervescence du Paris de la fin du XIXe siècle.

Louis Anquetin (1861-1932), Portrait de Lili Grenier, 1889, huile sur toile, 73 x 60 cm.... Lili Grenier, une muse impressionnante
Louis Anquetin (1861-1932), Portrait de Lili Grenier, 1889, huile sur toile, 73 60 cm.
Adjugé : 624 000 

«Lily Grenier, outre sa chevelure fauve et flamboyante, était faite au goût du jour ; elle le savait et ces qualités la rendaient fière, sans gêne et pleine d’entrain.» Ces mots extraits d’un ouvrage du peintre et photographe François Gauzi (1862-1933), Lautrec, mon ami (Bibliothèque des arts, 1992), s’appliquent parfaitement au Portrait de Lili Grenier de l’Eurois Louis Anquetin. Figée pour l’éternité telle une souveraine dans son large fauteuil Louis XIII, la jeune femme est alors la compagne du peintre Albert Grenier (1858-1925). Sous le pinceau d’Anquetin, tout ce qui fit le charme de Lili est retranscrit avec netteté : sa chevelure formant un halo chaleureux autour du visage et faisant ressortir la carnation délicate de sa peau, un corps que l’on devine voluptueux sous le déshabillé à l’harmonie de blancs remarquable. Seule sa main, au premier plan, est laissée volontairement inachevée. Peut-être faut-il y voir une influence d’Édouard Manet ou de Degas, qui avaient l’habitude de laisser les mains de leurs modèles à l’état d’esquisse ? Cela n’a en tout cas pas freiné l’ardeur des enchérisseurs, l’œuvre ayant été emportée pour 624 000 €. Une huile sur toile d’Albert Grenier, La Chambre d’Albert avec le portrait de Lili (46 55,5 cm), vendue 8 450 €, montre précisément l’œuvre accrochée au-dessus du lit de l’artiste. On retrouve de nouveau ce visage sur les 125 tirages – pour la plupart albuminés mais comptant aussi quelques argentiques – de et attribués à François Gauzi, composant les deux albums personnels de la muse. Véritable «book» avant l’heure, l’ensemble était préempté par le musée d’Orsay contre 71 500 €. Qu’elle pose pour son travail ou soit saisie dans la vie intime, seule ou accompagnée de ses amis Toulouse-Lautrec, Roger Claudon, Louis Anquetin ou encore Hélène Vary, ces clichés témoignent du soin que portait Lili à son image, commandant certainement plusieurs tirages d’une même vue afin d’en faire des albums qu’elle remettait aux peintres comme support à leurs études. Résolument modernes pour la plupart, ils témoignent de la vie d’une modèle professionnelle et recherchée dans le Montmartre bohème de la fin du XIXe siècle.

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