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L’estacade parisienne de Lépine

Le 20 mars 2019, par Sophie Reyssat

Cette vue de la Seine, si pittoresque pour les Parisiens d’aujourd’hui, l’était également en son temps pour les touristes américains. Présentée en 1866 par la galerie Durand-Ruel, dont l’exposition new-yorkaise de trois cents artistes impressionnistes français fut l’événement culturel de l’année, elle ne pouvait passer…

L’estacade parisienne de Lépine
Stanislas Lépine (1835-1892), La Seine à l’Estacade, vers 1882-1885, huile sur panneau, 16 23,5 cm.
Estimation : 20 000/22 000 

Cette vue de la Seine, si pittoresque pour les Parisiens d’aujourd’hui, l’était également en son temps pour les touristes américains. Présentée en 1866 par la galerie Durand-Ruel, dont l’exposition new-yorkaise de trois cents artistes impressionnistes français fut l’événement culturel de l’année, elle ne pouvait passer inaperçue auprès d’eux. D’ailleurs, on la trouve ensuite dans la collection du magnat de Chicago, Martin A. Ryersson. Une petite œuvre similaire, peinte en 1880 en préparation d’un tableau plus important présenté au Salon de 1885, est aussi conservée au Walters Art Museum de Baltimore. Posté quai Saint-Bernard, au niveau du port aux vins  on distingue un tonneau suspendu dans les airs par une grue au-dessus d’un bateau , l’artiste peint «l’estacade au bout de l’île Saint-Louis près de l’Hôtel Lambert, avant la construction du pont et des boulevards Henri IV et Saint-Germain», comme mentionné au dos du tableau reproduit. On reconnaît également aisément la coupole de l’église Saint-Paul, ainsi qu’une arche du pont de Sully, en partie dissimulé par ce que Pierre Larousse qualifie de «forêt de bois», véritable «fortification flottante construite à l’épreuve du boulet », dans son Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, publié entre 1866 et 1877. Nous l’avons oublié, mais la Seine pouvait alors charrier des plaques de glace pendant l’hiver, susceptibles d’endommager une batellerie alors vitale pour la capitale. D’où ce barrage de fortune, qui a fait la joie des touristes à défaut d’emporter l’adhésion des Parisiens, visiblement honteux de sa vétusté, alors que des dentelles de métal équipent alors la Neva, à Saint-Pétersbourg. Qu’à cela ne tienne, dans quelques années les Français auront leur tour Eiffel ! D’autres artistes du XIXe siècle joueront la corde sensible du paysage, à l’image d’Eugène Boudin, dont La Rivière du Faon en Bretagne sera proposée autour de 42 500 €. Retrouver l’endroit où le peintre a posé son chevalet, en 1872, sera peut-être plus ardu.

tableaux du XIXe, modernes, impressionnistes, postimpressionnistes, sculptures, tapisseries
dimanche 24 mars 2019 - 14:30 (CET) - Live
Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000 Versailles
Eric Pillon Enchères , Osenat