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Les troubles de la révolution russe

Publié le , par Vanessa Schmitz-Grucker

Marianne von Werefkin enchaîne les records en salle depuis deux ans. Une tendance non démentie début mai en Suisse, pays d’adoption de la peintre russe.

Marianne von Werefkin (1870-1938), La Démence/Rivoluzione, vers 1917-1920, tempera... Les troubles de la révolution russe
Marianne von Werefkin (1870-1938), La Démence/Rivoluzione, vers 1917-1920, tempera sur carton, 48 64 cm.
Adjugé : 340 000 CHF

Fille d’un commandant du régiment d’Ekaterinbourg et d’une artiste issue d’une lignée princière cosaque, Marianne von Werefkin était étroitement liée par sa famille à la cour du tsar. Elle perdit ainsi le droit à sa fortune après la révolution d’Octobre 1917. Désargentée, mais non moins créative, elle aborde le sujet dans La Démence/Rivoluzione, une tempera sur carton qui s’est hissée dans le top 5 de ses œuvres les plus chères. À partir d’une estimation basse de 95 000 CHF, la scène apocalyptique a fait chavirer la salle de Dobiaschofsky, le 6 mai, jusqu’à 340 000 CHF. Marianne von Werefkin a vu ses talents encouragés dès son plus jeune âge. Adolescente, elle disposait déjà de deux ateliers et, à partir de 1880, de cours privés avec le peintre réaliste russe Ilia Répine. Lorsqu’elle exécute cette œuvre — exposée en 1988 au musée d’art moderne d’Ascona —, elle est déjà installée en Suisse. Elle a fui la Russie pour l’Allemagne en 1896 pour s’installer dans le canton de Vaud, à Saint-Prex, avant de poser ses valises à Ascona, sur les rives du lac Majeur, en 1918. En 1912, la peintre avait rejoint le groupe d’artistes Der Blaue Reiter. C’est dans une veine expressionniste qu’elle transcrit ici le tumulte de la guerre civile. Une roue solaire et un drapeau blanc à l’effigie du Christ émergent au milieu d’une masse d’hommes portant une bannière rouge sang ; un cheval effrayé se cabre comme pour échapper à l’incendie qu’on devine en arrière-plan. Peu d’œuvres de von Werefkin affichent une telle violence. Profondément marquée par la chute du tsar, elle s’est probablement saisie de ses pinceaux dès 1917 pour dépeindre les troubles de la révolution russe. Quatre des cinq plus hautes adjudications de l’artiste ont été frappées ces deux dernières années. Profite-t-elle du retour en grâce des artistes femmes ? Selon un récent rapport Artprice, le marché de ces dernières pesait 1 Md$ en 2021, contre 82 M$ en 2000. Cette visibilité accrue de certaines grandes artistes, que l’on doit aux acteurs clés du marché de l’art – galeries et maisons de ventes –, mais aussi à des institutions orientant délibérément leur programmation pour inclure davantage de figures féminines, pourrait bien voir naître d’autres envolées de cet acabit.

vendredi 06 mai 2022 - 14:00 (CEST)
Monbijoustrasse, 30/32 - CH-3001 Berne
Dobiaschofsky
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