Les Puces aux couleurs de l’Asie

Le 28 septembre 2018, par Valentin Grivet

L’Asie est l’invitée de Saint-Ouen, à l’occasion de la fête des Puces, à partir du 4 octobre. Une belle occasion de «chiner» des objets issus de toutes les cultures de l’Extrême-Orient… dans un décor de rêve et une ambiance conviviale.

Kato Teruhide (né en 1936), Lune bleue, estampe, 31,5 x 13 cm, Rozali’Art Gallery, marché Dauphine.


Robes chinoises des années 1930, toiles contemporaines inspirées de l’univers des mangas, mobilier en laque, porcelaine de Chine, vinyles de génériques de dessins animés japonais, coiffes de samouraï, affiches politiques… En ce début d’automne, la traditionnelle Fête des Puces de Saint-Ouen est placée sous le signe de l’Asie. Un thème en phase avec les célébrations du 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon, et une occasion d’attirer, dans une ambiance colorée et festive, à la fois un public habitué à fréquenter les lieux - la clientèle asiatique  et de nouveaux amateurs et collectionneurs. «Il ne faut pas se le cacher, il y a une désaffection du public pour le passé, l’histoire. D’autre part, le phénomène Internet fait que les clients se déplacent moins. Il est donc indispensable de créer des événements comme la Fête des Puces», explique Thierry Matranga, spécialisé en peinture ancienne, installé au marché Biron depuis trois ans. Même son de cloche chez Benoît Fauquenot, marchand d’art du XVIIIe et du XIXe siècle à Serpette. «Il faut régulièrement rappeler qu’on existe, souligne-t-il. La Fête est un moment pour recevoir, davantage que pour faire du business. Elle encourage les marchands à soigner leur stand, à sortir des pièces exceptionnelles. Les gens se promènent, et sont plus mobiles que d’habitude, passant volontiers d’un marché à l’autre.» Pour que la soirée du 4 octobre soit une réussite, les différents marchés ont mis les petits plats dans les grands, en matière de décor et d’animations. Des danseurs traditionnels évolueront dans les allées de Paul Bert - Serpette, parées de tissus signés de la maison Pierre Frey, et dès 23 h, les marchands Xavier Missakian et Fabio Slider se transformeront en DJ. Le marché Biron a quant à lui invité un groupe de percussionnistes chinois, et propose des démonstrations de danse des éventails et de kung-fu. Jusqu’au 5 novembre, une grande exposition-vente d’art contemporain est organisée par Valérie Barrelet (créatrice du studio d’architecture intérieure VB Studio). Inaugurée en septembre, à la lueur des lanternes pendant la Paris Design Week, «Version Shanghai Hai Pai» offre un joyeux mélange d’œuvres d’artistes chinois, d’objets de pop culture, de photographies, de mobilier vintage, de gravures, de street art… Un véritable «pop-up store» installé dans une partie de l’allée 2 du marché Biron, qui prend pour l’occasion les allures d’une ruelle typique de Shanghai. Le marché Dauphine résonnera au rythme des taïkos (tambours japonais), en proposant des démonstrations d’arts martiaux, des ateliers d’origami, de calligraphie ou de manga, et les amateurs de mode se délecteront d’un défilé pas comme les autres, avec des modèles inspirés de l’Asie imaginés par de jeunes créateurs et artistes contemporains, à l’initiative de la galerie Sebban. Le tout dans un décor propice à l’évasion, conçu par le scénographe Gilles Perez de la Vega.
De l'antiquité à nos jours
Mais au-delà du caractère festif de la manifestation, les Puces de Saint-Ouen n’en restent pas moins un immense marché d’antiquités  le plus grand au monde , et chaque marchand est invité à dévoiler des objets ou des œuvres exceptionnels, en lien avec la thématique. Mobilier, orfèvrerie, luminaires, arts de la table, mode, joaillerie, sculpture, peinture, objets de curiosité, design… tous les domaines sont concernés, pour mettre à l’honneur la créativité de l’Asie dans l’univers des arts décoratifs à toutes les périodes, de l’Antiquité au XXIe siècle. Entre autres trésors, David Mekiess (Biron) propose des laques et des porcelaines de Chine, et Benoît Fauquenot (Serpette), un bureau dos d’âne du XIXe siècle en laque du Japon. Christian Valorso (Dauphine) expose des coiffes de samouraï de l’époque Edo, et la galerie Rozali’art une tenue de kamikaze japonais de la Seconde Guerre mondiale. Dans sa Vintage Game Room, créée en 2017, Thomas Musial propose des consoles, des jeux électroniques (Goldorak, Donkey Kong…), et une Game Boy géante réalisée par le collectif Anti Artists. «L’objectif est de toucher toutes les générations, et en particulier les 30-40 ans, qui ne sont pas forcément des habitués des Puces», confie-t-il. Spécialiste du mobilier et des luminaires des années 1970, installé à Serpette depuis 2012, le jeune Aurélien Serre a déniché un paravent en laque dorée à la feuille, à décor de hérons, une pièce européenne qui fait directement référence à l’Asie. Les amateurs de textiles anciens se rendront chez Leyla Ahi (Dauphine), bien connue des décorateurs et des costumiers de cinéma ou de théâtre. Elle organise une exposition, intitulée «Textiles d’Asie» (jusque début décembre), avec des manteaux d’apparat chinois, des obi japonais, et une sélection de pièces du Laos, de Thaïlande, de Birmanie, du Cambodge ou de Mongolie. Si la grande soirée de la Fête des Puces a lieu le 4, nombre de festivités se poursuivront au-delà (le week-end suivant, voire sur plusieurs week-ends selon les marchés), et d’autres événements sont d’ores et déjà prévus. Le 25 novembre aura lieu, au marché Biron, une grande vente aux enchères publiques orchestrée par la galerie Sebban. La vente des œuvres  des stores métalliques customisés par des artistes contemporains  se fera au profit de l’association Toutes à l’école, dont l’objectif est la scolarisation des petites filles de familles démunies du Cambodge. Une belle occasion, encore, de revenir aux Puces, et de commencer ses courses de Noël…

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