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Les promesses de T’ang Haywen, artiste chinois resté dans l’ombre de deux géants

Le 02 décembre 2021, par Stéphanie Pioda

Le 15 décembre, la maison de ventes Pichon & Noudel-Deniau offrira un ensemble de quarante encres de T’ang Haywen, la cinquième vacation qu’elle organise et qui redonne de la lumière à cet artiste resté trop discret.

Les promesses de T’ang Haywen, artiste chinois resté dans l’ombre de deux géants
T'ang Haywen (1927-1991), Sans titre, portrait du poète, 1972, gouache sur carton Kyro, 70 x 50 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €

Le plus marquant, lorsqu’on plonge dans le catalogue de cette vente, est le format des œuvres de T’ang Haywen. L’artiste né en Chine, débarqué à Paris en 1948, trois mois avant son compatriote Zao Wou-ki (1920-2013), a privilégié les supports de petites dimensions. Parce qu’il dessine quotidiennement, mais surtout pour répondre à son mode de vie. Il voyage beaucoup – ce qui est nécessaire pour lui et pour son travail, comme il l’explique à son frère dans une lettre de 1958 – et il a donc besoin de transporter facilement son matériel et les œuvres. Mais pour contourner cette contrainte – car il finit par se retrouver un peu à l’étroit dans cette verticalité (70 50 cm) –, il accole deux feuilles, la meilleure façon de doubler la largeur (70 100 cm) tout en préservant la mobilité. C’est pourquoi il aura peint de façon si conséquente des diptyques, qui sont presque devenus une signature. Philippe Koutouzis, ayant droit et rédacteur du catalogue raisonné, pointe une autre dimension dans ce choix : «Lorsque vous avez une partie droite et une partie gauche, le un et le deux forment un tout, c’est le trois, et à partir de ce trois, comme le dit la sagesse chinoise, toutes les combinaisons sont possibles.» C’est «l’harmonie fertile» du yin et du yang.
 

T'ang Haywen, Sans titre, vers 1978, encre sur carton Kyro, diptyque 70 x 100 cm. Estimation : 2 000/3 000 €
T'ang Haywen, Sans titre, vers 1978, encre sur carton Kyro, diptyque 70 x 100 cm.
Estimation : 2 000/3 000 €


Une collection, une vente
La vacation se concentre sur quelques années, entre 1966 et 1978, «réunissant 40 œuvres issues toutes de la même collection et dispersées dans le cadre d’une succession», détaille le commissaire-priseur Julien Pichon, qui poursuit : «Il s’agit de la cinquième vente que nous consacrons à T’ang Haywen mais de la deuxième en importance, après celle de 2017 qui comptait 55 œuvres. Les propriétaires connaissaient bien T’ang et lui avaient prêté leur appartement en région parisienne.» Cet exemple illustre un aspect du «nomadisme» de l’artiste, à qui l’on confiait un temps les clés d’appartements ou de maisons de campagne. Lui, en remerciement, laissait des œuvres. Dans la période qui nous intéresse, T’ang privilégie la fluidité de l’encre et adopte un support très intéressant car peu coûteux et disposant de qualité physiques particulières. «Le papier Kyro est absorbant d’un côté et suffisamment lisse pour faire glisser le pinceau», une planéité qui sera moins absolue avec les papiers Arches plus tardifs. Ses compositions sont alors majoritairement abstraites, même si l’on en trouve ici ou là des feuilles où le trait du pinceau souligne juste les contours d’une nature morte ou explorent les détails d’un visage, comme pour ce portrait de Claude Fournet (6 000/8 000 €), «une pièce phare de la vente», pointe Julien Pichon. Ami, poète et conservateur du musée Sainte-Croix des Sables-d’Olonne, puis du musée des beaux-arts - Jules-Chéret à Nice, Fournet sera un personnage important dans la carrière de T’ang. Il l’accueille en résidence au musée Sainte-Croix et facilitera certaines expositions de l’artiste, de son vivant mais aussi après 1991.

 

Tang Haywen, Sans titre, visage, vers 1975, encre sur carton Tako, diptyque 29,7 x 42 cm. Estimation : 1 000/1 500 €
Tang Haywen, Sans titre, visage, vers 1975, encre sur carton Tako, diptyque 29,7 x 42 cm.
Estimation : 1 000/1 500 €


Le papillon T’ang…
C’est que T’ang Haywen n’est pas porté par la même ambition que les deux autres artistes chinois stars de l’école de Paris, Zao Wou-ki et Chu Teh-chun (1920-2014). Si les deux ténors construisent méticuleusement leur carrière, lui est un «papillon «, comme le qualifie Philippe Koutouzis. Il va là où les différentes invitations le portent, mû par le seul désir de liberté qui l’a poussé à quitter sa famille, installée au Vietnam depuis 1937, et le déclenchement du conflit sino-japonais. Il ne pouvait que partir pour suivre sa vocation – alors qu’en tant qu’aîné il était destiné à reprendre l’affaire de son père, marchand de tissus et de soie – et pour vivre son homosexualité, chose impossible dans le carcan d’une société traditionnelle. Lorsqu’il part à Paris, sa famille est convaincue qu’il deviendra médecin. T’ang les maintient dans l’illusion un temps, alors qu’il est inscrit à la Grande Chaumière. Il y découvrira les techniques occidentales, lui qui a été formé à la calligraphie par son grand-père, et exercera son œil à des artistes comme Gauguin, Klee ou Cézanne. Le succès n’est pas son objectif, comme il l’écrit à son frère en 1958. «Ce travail est une création longue, et je me suis vite rendu compte que c’est une affaire très grave, où il ne peut être question, honnêtement, de chercher la réussite pour elle-même. Il faut au contraire travailler sincèrement pour soi, chercher à se trouver, et non chercher à plaire uniquement au public.» Sa quête est donc personnelle, et bien qu’il ait exposé dans d’importants musées à travers le monde, sa cote reste très basse sur le marché français comme l’illustrent les estimations attractives, de 500/1 000 € à 6 000/8 000 €. Lors des précédentes ventes, le marteau plafonnait entre 3 000 et 6 000 €, mais comme le rappelle le commissaire-priseur : «Dans les années 1990, un diptyque valait 150 francs !» Il faut préciser que ce genre de prix a été pratiqué dans le cadre de la dispersion de son atelier et de son appartement entre 1992 et 1993, sur ordre de l’administration des Domaines. Il n’en reste pas moins que, depuis, le marché français n’a pas encore pris son envol alors que les œuvres de T’ang Haywen ont intégré des collections majeures – la Menil Collection de Huston, l’Art Institute de Chicago, le musée d’Art moderne de la Ville de Paris, le musée Guimet, le M+ Museum de Hong Kong – et que les enchères dans l'ancienne colonie britannique se sont envolées. De quoi faire rêver les commissaires-priseurs !

 

T'ang Haywen, Sans titre, 1969, encre sur carton Kyro, diptyque 70 x 100 cm. Estimation : 4 000/6 000 €
T'ang Haywen, Sans titre, 1969, encre sur carton Kyro, diptyque 70 x 100 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €
Exposition publique :
jeudi 9 et vendredi 10 décembre à Paris, Hôtel Drouot, salle 20.
Lundi 13 et mardi 14 décembre à Cannes.

tableaux contemporains : 40 peintures de T'ang Haywen
mercredi 15 décembre 2021 - 14:00 (CET) - Live
31, boulevard d'Alsace - 06400 Cannes
Pichon & Noudel-Deniau (Azur Enchères)
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