Les off entre tops et flops

Le 23 juin 2017, par Pierre Naquin

Alors que les ventes sur Art Basel se comptent en centaines de millions de dollars, la fortune est beaucoup plus aléatoire pour les foires off. Réflexions et tour d’horizon.

Liste, une foire dans une ancienne brasserie, montrant de l’art avant-gardiste.
Courtesy Liste - Art Fair Basel. Photo Daniel Spehr

L’année est difficile pour les petites galeries qui veulent profiter du grand raout bâlois. Exit Solo Project, qui reviendra peut-être l’an prochain. Pour les sept autres foires, certains gagnent et d’autres perdent. Sur Liste, la foire de l’art très très émergent, les jeunes galeristes ont le sourire. Cet événement historique (depuis 1996) bénéficie d’un soutien prononcé d’Art Basel (les autres ne pouvant pas en dire autant), qui s’explique par un positionnement radicalement différent : une foire dans une ancienne brasserie tout en verticalité et sinuosité, montrant de l’art avant-gardiste, avant tout pour un public de curateurs. Tout le monde se réjouit, à commencer par son directeur, Peter Bläuer : « Beaucoup de visiteurs comme les années précédentes, des ventes stables, des présentations de très grande qualité et, surtout, des exposants heureux ! » Heureux, ils semblent tous l’être. Antoine Levi, pour sa première participation, loue «une foule composée de collectionneurs internationaux, commissaires d’exposition, institutions, mais aussi beaucoup de curieux». Il a ainsi vendu des pièces d’Alina Chaiderov et Ola Vasiljeva aussi bien à des collections privées qu’institutionnelles. Axel Dibie, de la galerie Crèvecœur, insiste sur «l’excellence de la foire» et la présence de «curateurs importants». Philippe Charpentier, lui, note «un sentiment général d’optimisme beaucoup plus marqué que l’année précédente», avec «une présence plus forte de collectionneurs américains et latino-américains, en partie liée aux ouvertures presque concomitantes de Documenta, du Skulptur Projekte de Münster et d’Art Basel». Bilan positif également pour Photo Basel, qui après seulement trois rendez-vous affiche un beau succès pour ses trente-quatre exposants. Esther Woerdehoff se réjouit «d’une édition très différente de la précédente avec une ambiance beaucoup plus détendue et une vraie solidarité amicale entre galeristes».
Une foire d’une dizaine d’exposants
Volta s’en sort également relativement bien, même si le nombre de stands a été revu à la baisse… tout comme celui de visiteurs : « J’ai l’impression qu’il y avait un peu moins de monde que les autres années même si cela ne nous a pas empêchés de vendre toutes nos grandes pièces de Geoff McFetridge dès la preview du lundi», nous déclare Jesper Elg de la danoise V1 Gallery. Beaucoup plus mitigé, le bilan de Scope, qui prenait ses marques dans les deux étages d’un bâtiment acheté pour l’occasion. Quand on l’interroge, Alexis Hubschman, le patron de la foire, lance un positif «je vois Scope continuer de croître sur Bâle dans les prochaines années». Les galeristes, comme Bertrand Scholler de 55Bellechasse, n’en sont pas si sûrs : « Je rentre à peine dans mes frais, sur des clients que je connais déjà, et qui vont me payer sur les six prochains mois.» Le quartier (juste en face de péripatéticiennes), ainsi que l’absence de navettes n’a probablement pas aidé… Enfin, la petite dernière, la version «Bâle» de la française YIA n’a pas tenu ses promesses. Même si les œuvres présentées et l’accrochage étaient impressionnants pour une foire d’une dizaine d’exposants, les collectionneurs ont simplement oublié de venir. La faute à une absence de communication criante. Et sans collectionneurs, point de vente ! Laissons la conclusion à Bertrand Scholler : «Art Basel est devenu tellement puissante que les collectionneurs doivent y consacrer deux, voire trois jours pour avoir le sentiment d’en faire le tour. Du coup, ils n’ont plus de temps pour les off. À terme, il ne pourra  rester qu’un ou deux événements parallèles significatifs.» Difficile de prédire lesquels. À l’année prochaine ! 

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