Les noces de Cana vues par l’atelier de Frans II Francken

Le 07 octobre 2021, par Anne Doridou-Heim

Frans II Francken, membre d’une longue lignée de peintres flamands, invitait sa famille et ses collaborateurs à sa table, pour mieux diffuser son art.

École flamande du XVIIe siècle, atelier de Frans II Francken (1581-1642), Les Noces de Cana, panneau de chêne, deux planches, 47 73 cm.
Estimation : 10 000/15 000 

Le sujet est l’un des thèmes forts du Nouveau Testament. Alors qu’il fait une pause à Cana, ville de Galilée, en compagnie de Marie, sa mère, et de ses disciples, Jésus est invité à une noce. Le vin manquant, il fait remplir d’eau des jarres et la transforme en très bon vin et en abondance. Il s’agit de son premier « signe », nom donné par saint Jean aux miracles. Dans la Flandre de la première moitié du XVIIe siècle, marquée par la Contre-Réforme, les peintres sont conviés à participer à la manifestation de la foi catholique en lui offrant leurs plus belles illustrations. C’est dans ce contexte qu’œuvre Frans II Francken (1581-1642), artiste tentaculaire installé à Anvers. Car, s’il est l’inventeur de sujets atypiques promis à un brillant avenir, comme les singeries et les cabinets de curiosités, il sait composer des œuvres à la lecture complexe – ainsi les scènes de sorcellerie, dans la lignée de ses prédécesseurs –, et livre aussi de subtils tableaux religieux. En posant les scènes de la Bible dans un décor contemporain – ici, un riche palais, des habits aux couleurs du temps et une table garnie de victuailles que l’on pourrait penser tout droit sorties de l’une des nombreuses natures mortes de ses confrères –, il les rend accessibles au plus grand nombre. L’homme est un maître habile, membre d’une lignée de peintres qui durant deux siècles va imprimer sa marque sur la peinture flamande – la dynastie est actuellement et jusqu’au 2 janvier prochain sur les cimaises du musée départemental de Cassel (voir l'article Les Francken, une dynastie flamande à Cassel de la Gazette n° 34 du 1er octobre, page 179). Dans la préface du catalogue publié à cette occasion, Sandrine Vézilier-Dussart, conservatrice en chef du patrimoine, tord le cou à l’idée issue du romantisme du XIXe siècle du « génie seul dans son atelier qui, d’un geste spontané, fait émerger le chef-d’œuvre absolu ». L’artiste flamand des XVIe et XVIIe siècles était avant tout un artisan, qui n’avait pas une estime démesurée de sa position mais qui en revanche, avide d’apprendre, était ouvert sur le monde et multipliait les collaborations : « apprentis, compagnons, collaborateurs, soumis à des statuts différents, se croisaient au sein de l’atelier » et exécutaient les mêmes œuvres. Frans II Francken n’aurait jamais pu produire autant sans le soutien d’un solide atelier qui reprenait et diffusait à loisir les principes édictés par le maître, y apportant parfois sa petite touche. Et c’est avec ce regard éclairé qu’il faut regarder les compositions qui en émanent..

mercredi 01 décembre 2021 - 14:00 - Live
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