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Les merveilles de Samarcande se révèlent à l'IMA

Publié le , par Claire Doukhan

Grâce à une coopération tissée entre l’État français et la Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la république d’Ouzbékistan, l’Institut du monde arabe dévoile la virtuosité des artistes de cette région aux confins de l’Inde, de la Chine et de l’Iran.

Boukhara, XIXe siècle. Chapan, velours, broderie d’or, Bukhara State Museum-Reserve... Les merveilles de Samarcande se révèlent à l'IMA
Boukhara, XIXe siècle. Chapan, velours, broderie d’or, Bukhara State Museum-Reserve The Citadel of Ark - Museum of Local History (IV-III BC-XXth Century).
© La Fondation pour le développement de l’art et de la culture de la République d’Ouzbékistan © Laziz Hamani

Sous le ciel d’azur de Samarcande, une légende raconte qu’un ouvrier occupé à construire l’observatoire astronomique d’Ulugh Beg (1394-1449) prêta discrètement l’oreille aux conversations échangées entre les plus grands scientifiques du royaume. Il y était alors question de myriades d’étoiles et de comètes ponctuant l’univers, tel un collier de pierres précieuses… En rapportant dans sa propre demeure ces récits merveilleux, l’homme ignorait sans doute qu’il allait donner naissance à l’une des productions textiles les plus flamboyantes de cette région d’Asie centrale : l’art du « suzani » (terme persan qui signifie littéralement « fait à l’aiguille »). Ébloui par la pièce brodée de symboles cosmiques tissée par l’épouse de l’ouvrier, Ulugh Beg décréta alors que toutes les femmes du pays devaient désormais donner libre cours à leur imaginaire en parant de jardins d’Éden et d’astres hypnotiques leurs tapis de prière comme leurs couvertures de lit. C’est précisément avec les yeux d’un enfant pénétrant dans un royaume féerique qu’il faut découvrir la flamboyante exposition que l’Institut du monde arabe consacre aux bijoux, textiles et autres productions séculaires nés dans cette région du monde où toutes les religions et les cultures semblent s’être donné rendez-vous pour mieux se métisser. Sorties exceptionnellement de leurs collections muséales grâce aux relations de confiance nouées depuis plusieurs années par Yaffa Assouline (la commissaire générale de l’exposition) avec les autorités ouzbèkes, quelque trois cent pièces éblouissent littéralement le visiteur par leurs audaces chromatiques et leur finesse arachnéenne. Comme des mirages surgissant du désert, de somptueux caftans (ou chapan) en velours brodés d’or déclinent ainsi, comme autant de variations stylistiques et locales, leur propre répertoire. Ici, l’on devine le style darkham, apanage exclusif de l’émir et de ses proches, qui déploie un motif végétal ininterrompu sur toute la surface du vêtement. Ailleurs, l’on reconnaît le style buttador tapissé de larges fleurs éparses, de rosettes et d’amandes. Le style daukhor concentre en revanche son décor sur l’extrémité des deux manches, la bordure du cou et le bas du chapan. Offerts en guise de cadeaux diplomatiques aux ambassadeurs et aux élites, ces costumes d’exception reflètent la puissance et le rayonnement des émirs de Boukhara, dont le rôle de mécènes s’apparentait à celui des empereurs moghols. Suspendus dans les airs telles des nuées d’étoiles, de gracieux petits bonnets brodés nommées dopi étaient, quant à eux, portés indifféremment par les hommes, les femmes et les enfants. Mais ce sont peut-être les parures des chevaux, instruments de conquête et source de fierté des peuples d’Asie centrale, qui rivalisaient davantage encore de luxe et d’éclat. En témoignent les tapis de croupe en velours brodé, les selles peintes et la somptueuse pièce d’harnachement en argent sertie de turquoise. Quant aux chatoyants ikats de soie et aux lourds bijoux nomades aux vertus talismaniques, ces merveilles séduisirent à l’aube du XXe siècle les artistes russes en quête d’exotisme. L’exposition se clôt ainsi par un vibrant hommage à ces « orientalistes des steppes », dont les œuvres furent miraculeusement sauvées de l’iconoclasme soviétique par le peintre et collectionneur d’origine ukrainienne Igor Savitsky. On se plongera ainsi dans le bel ouvrage publié aux éditions Assouline pour en découvrir l’incroyable épopée…

« Sur les routes de Samarcande. Merveilles de soie et d’or », Institut du monde arabe,
1, rue des Fossés-Saint-Bernard, place Mohammed-V, Paris (Ve), tél.  : 01 40 51 38 38.
Jusqu’au 4 juin 2023.
www.imarabe.org
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