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Les Mays de Notre-Dame

Le 18 novembre 2021, par Carole Blumenfeld

On a tremblé pour les Mays de Notre-Dame le 15 avril 2019, lorsque le ciel de Paris fut envahi par des nuages de fumée. Mais on ne connaissait que des bribes de leur histoire. 

Les Mays de Notre-Dame

 


Ce « parfait ouvrage » (Pierre Rosenberg) vient réparer ce tort. De 1630 à 1707, à deux exceptions près, un May fut offert chaque 1er mai à la cathédrale par la confrérie Sainte-Anne-Saint-Marcel des orfèvres parisiens, en signe de dévotion à la Vierge. Soixante-treize tableaux de grandes dimensions donc, dont cinquante-deux sont aujourd’hui connus et dispersés dans les musées français, un château anglais et les églises de Versailles, Lyon, Yssingeaux, Saint-Symphorien-en-Lay, Larchant, Mirande ou encore Givors. La découverte en mars dernier de L’Adoration des Mages de Joseph Vien (1698) a fait grand bruit. Si, à la veille de la Révolution, soixante et un Mays se trouvaient encore à Notre-Dame, leur histoire fut mouvementée. Ceux de Sébastien Bourdon, Eustache Le Sueur et Charles Le Brun, aujourd’hui au Louvre, furent plus choyés que ceux d’artistes moins insignes. Le livre de Delphine Bastet permet de suivre le fil de leur histoire grâce à un essai de deux cents pages aussi précis que passionnant, qui modifie d’ailleurs sensiblement la perception de l’iconographie de la peinture religieuse. La partie aussi imposante dédiée au catalogue, où l’autrice inventorie toutes les œuvres en rapport avec chacun des Mays, est un remarquable fil conducteur de la peinture et de la gravure françaises de 1630 à 1707. En cela, cet « Arthena » est aussi indispensable que le catalogue de l’exposition consacrée aux morceaux de réception Les Peintres du roi (2000), et devrait permettre à l’avenir d’identifier, lorsqu’ils réapparaîtront, les Mays perdus de Pierre-Antoine Lemoyne, Jean-Baptiste de Cani, René Dudot, Zacharie Heince, etc. Dans son avant-propos, Pierre Rosenberg milite pour leur réunion à l’Hôtel-Dieu, au sein d’un musée qui raconterait l’histoire de la cathédrale parisienne : « Notre-Dame sauvée, sauvons les Mays… Battons-nous pour la création d’un grand musée de l’Œuvre Notre-Dame, un musée d’histoire, un musée d’histoire de l’art comme il en existe d’admirables en Italie, en Allemagne, en Espagne. » Si ce projet voyait le jour, il offrirait un formidable pendant au futur musée du Grand Siècle. 
 

Delphine Bastet, Les Mays de Notre-Dame de Paris 1630-1707,
Arthena, 456 
p., 597 ill., 125 €.

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