Les labels de l’artisanat d’art

Le 28 mars 2019, par Sophie Reyssat

Maître d’art, meilleur ouvrier de France, entreprise du patrimoine vivant : autant de titres récompensant le travail de la main. À l’occasion des Journées européennes des métiers d’art, état des lieux de leurs spécificités.

Hervé Obligi, marqueteur de pierres dures et maître d’art depuis 2015.
© Julien Cresp


Alors même que les labels revêtent une grande importance pour les professionnels, leur définition reste souvent floue pour le grand public. Et si toutes les pratiques artisanales n’entrent pas dans la catégorie des métiers d’art caractérisés légalement par la «maîtrise de gestes et de techniques en vue du travail de la matière et nécessitant un apport artistique» , leur liste, publiée au Journal officiel du 31 janvier 2016, recense néanmoins 198 métiers, répartis en quatre-vingt-trois spécialités et seize domaines. Au sein de ce large éventail de savoir-faire, rareté et excellence sont distinguées par trois labels auxquels les artisans sont très attachés. En témoigne la levée de boucliers des «MOF en colère», il y a tout juste un an, qui exprimait leur crainte d’assister au nivellement par le bas de leur concours. Assorti d’un diplôme d’État depuis 2001, celui-ci est soumis aux critères et à la politique du ministère de l’Éducation nationale. Les tensions se sont depuis apaisées, et les nouveaux lauréats deviendront officiellement meilleurs ouvriers de France au mois de mai. Ces professionnels confirmés pourront alors arborer sur leur col le fameux liseré tricolore. Véritable carte de visite, il témoigne de leur dextérité et de leur maîtrise, s’appuyant sur la connaissance de techniques à la fois traditionnelles et modernes, mais aussi de leur créativité. Ces MOF composeront la vingt-sixième génération d’artisans hautement qualifiés distingués depuis 1925. La première Exposition nationale du travail, inaugurée par le président Gaston Doumergue, avait alors réuni deux cents chefs-d’œuvre, et les récompenses avaient été solennellement remises dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Le concours est désormais organisé par le COET (Comité d’organisation des expositions du travail) tous les trois à quatre ans.
Une année anniversaire
2019 est aussi une année de célébration, celle des 25 ans du titre de maître d’art. Le ministère de la Culture est à l’initiative de sa création, inspirée par les «trésors nationaux vivants» du Japon. Son but est de sauvegarder et de pérenniser des savoir-faire plus spécifiques, dont certains risquent de se perdre faute d’enseignement. Quelques métiers, comme celui de passementier dont les méthodes ancestrales ne sont plus appliquées à Paris que par une seule entreprise , sont devenus rares. D’autres sont méconnus, à l’image des pratiques de l’héliographe au grain ou du plisseur textile. Contrairement aux MOF, l’obtention de ce titre remis tous les deux ans ne résulte pas d’un concours faisant la démonstration d’une qualification. Il s’agit d’une distinction accordée à un artisan pratiquant et transmettant un métier remarquable ayant valeur de patrimoine immatériel. Depuis 1994, le travail de cent trente-deux professionnels, représentant quatre-vingt-quinze savoir-faire, a ainsi été honoré. En réalité, ce sont des binômes formés par le maître d’art et son élève qui ont été récompensés. L’obtention du titre, décerné à vie, est en effet conditionnée à la formation d’un jeune artisan pendant trois ans : une spécificité cruciale pour la transmission des connaissances et l’apprentissage de la main. L’Institut des métiers d’art, chargé de la sélection des lauréats, ne se contente donc pas de les nommer, mais apporte son soutien financier et méthodologique aux projets professionnels des artisans. Depuis trois ans, le mécénat de la Fondation Bettencourt Schueller permet en outre d’assurer un suivi personnalisé des futurs maîtres et d’élargir leur expérience, grâce à des formations complémentaires ainsi qu’à des voyages d’étude, afin de rencontrer d’autres professionnels. De quoi préparer la relève et faire perdurer les techniques, sans perdre de vue l’indispensable innovation.
Un enjeu économique
Ce défi est quotidien pour les entreprises du patrimoine vivant (EPV) : un label cette fois décerné par le ministère de l’Économie et des Finances, qui l’a créé en 2005 pour valoriser les productions françaises les plus remarquables. Misant à la fois sur la fabrication traditionnelle et la haute technicité, elles sont la vitrine d’un patrimoine artisanal et industriel encore vivace dans nos régions. La dimension économique du titre explique qu’il ne soit attribué que pour cinq ans. Un laps de temps mis à profit pour favoriser le développement des entreprises, grâce à différentes mesures comme le crédit d’impôt d’apprentissage, l’accompagnement personnalisé des sociétés, mais également leur promotion, par le biais d’actions de communication du label, et un soutien à l’exportation. Les EPV sont en effet considérées comme les ambassadrices du savoir-faire manufacturier français à l’étranger. Un atout à ne pas négliger, d’autant que le secteur est porté par 60 000 entreprises, représentant 120 000 emplois. Si les trois labels récompensant les meilleurs représentants de l’artisanat de France ne sont pas encore connus partout ni de tous, leurs détenteurs ont expérimenté leur impact en termes de crédibilité et de communication. De quoi ouvrir de nouvelles portes, pour faire vivre un trésor de savoir-faire.

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