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Les jeunes collectionneurs ont le vent en poupe

Publié le , par Pierre Naquin

Le 31 janvier dernier, Frédéric de Clercq, agent général AXA Art, invitait le monde de l’art parisien à une table ronde au titre accrocheur, «Jeunes collectionneurs, label marketing ou redéfinition des pratiques ?». Un succès incontestable.

Hélianthe Bourdeaux-Maurin, Nicolas Laugero-Lasserre et Clément Thibault Les jeunes collectionneurs ont le vent en poupe
Hélianthe Bourdeaux-Maurin, Nicolas Laugero-Lasserre et Clément Thibault
Photo Alexandra de Lapierre

Les jeunes collectionneurs constituent une nouvelle classe sociale très prisée du milieu de l’art. On ne s’en étonnera guère dans un monde qui porte aux nues un idéal de jeunesse. Pas une foire sans un programme dédié, pas un musée sans un service ciblé (Centre Pompidou, Palais de Tokyo, musée Guggenheim…) et pas un journal qui n’ait pas consacré un papier au sujet. On se souvient notamment de la tribune agressive de Kaitlin Phillips pour Artnews, qui déclarait en 2015 que les jeunes collectionneurs «n’avaient pas grand-chose à dire». Mais qu’en est-il vraiment ? Selon la dernière édition de l’Art Collector Report de Larry’s List (qui date tout de même de 2014), seuls 10 % des collectionneurs à travers le monde ont moins de 40 ans, 8 % entre 31 et 40 et 2 % moins de 30 ans. Peut-être était-il temps de mettre à jour ces connaissances.
Une étude générationnelle
Ça tombe bien, un jeune doctorant de l’École du Louvre, Thibault Bissirier, s’est penché sur le sujet dans le cadre de sa thèse. Autour de ses recherches, Clément Thibault, commissaire indépendant, et Frédéric de Clercq, agent général AXA Art, ont flairé le bon filon. Quoi de mieux qu’une étude sérieuse sur un sujet trendy, avec un titre catchy, pour organiser un événement dans un lieu prestigieux. Ce sera une table ronde au siège social d’AXA, avenue Matignon ; ça aura pour titre «Jeunes collectionneurs, label marketing ou redéfinition des pratiques ?» Et cela aura beaucoup de succès. Frédéric de Clercq nous confie : «Sur les cinq derniers jours, nous avons dû refuser énormément de monde ; l’engouement pour le sujet a dépassé toutes nos espérances.» Force est de constater que dans la salle, on pouvait voir nombre de têtes connues. Pas un directeur de foire ne manquait à l’appel : de Jennifer Flay à Florence Bourgeois, sans oublier l’équipe de la Tefaf. Quand on interroge Cécile Schall sur cette réunion, elle se montre dithyrambique : «J’ai adoré. J’ai adoré la problématique, qui m’a fait venir et qui est très pertinente pour Fotofever. J’ai adoré Thibault Bissirier et sa présentation très claire. J’ai adoré Clément Thibault et sa très bonne médiation. J’ai adoré tous les intervenants»… Thibault Bissirier nous explique l’objet de ses recherches : «Je voulais avant tout faire une étude générationnelle ; comprendre comment se comporte cette nouvelle génération vis-à-vis de la collection et de l’acquisition ; comment naît dans l’esprit d’une personne de 30 ans l’idée d’une collection et comment évolue l’intérêt pour les nouveaux médiums, comme la vidéo ou le street art.» Montés sur des sièges de bar, Thibault Bissirier donc, Hélianthe Bourdeaux-Maurin de la H Gallery, Léopold Meyer des Amis du Centre Pompidou, Romane Sarfati de la manufacture de Sèvres, Sébastien Peyret du groupe d’achats Lumière à Marseille, Nicolas Laugero-Lasserre, connu pour sa collection de street art, et le collectionneur Joseph Kouli, dont les œuvres d’art contemporain ont maintes fois été exposées. À leurs côtés, debout avec son micro, Clément Thibault mène les débats et enchaîne les sujets.
Des changement fondamentaux
On apprend notamment que les motivations derrière la collection n’évoluent pas fondamentalement ; que contrairement à l’idée que l’on peut s’en faire, celle-ci reste pour beaucoup un sujet très personnel et privé, et que les collectionneurs s’intéressent toujours (ou à nouveau), au-delà des seules œuvres, à tous les sujets connexes. Ce qui change par contre radicalement, c’est la manière dont ils envisagent la visibilité  et le bénéfice social  que peut leur procurer leur statut de collectionneur. Ils en ont «marre d’être juste un chéquier au bout de la chaîne». Ce qu’ils cherchent ? Participer plus activement à l’écosystème, en produisant des œuvres, des projets artistiques ou des catalogues, en montant des lieux de présentation ou de création. Jugeant les structures de collectionneurs existantes trop lourdes et trop contraignantes, ils souhaitent s’organiser et s’associer de manière plus souple, plus informelle, à des échelles plus réduites, en fonction d’affinités pouvant évoluer dans le temps. Enfin, leur engagement social est moins dirigé vers l’entre-soi, mais s’implique davantage vis-à-vis des artistes… Les questions fusent. On sent l’assistance captivée et curieuse. Les plus expérimentés sont à l’écoute et attentifs. Les plus jeunes acteurs  en particulier les nombreux galeristes présents  se posent concrètement beaucoup de questions sur l’avenir de leurs professions et sur la manière dont ils doivent faire évoluer leurs pratiques.
Une table ronde dense et percutante
Difficile d’émettre des critiques, si ce n’est peut-être un panel un poil trop large (sept personnes sans compter le modérateur) et un démarrage un peu tardif  mais c’est vraiment pour chipoter. Qu’en pense le principal intéressé ? Thibault Bissirier est «très heureux de cet événement. Pour moi, l’objet n’était pas tant de présenter mes recherches que de faire vivre les questions qu’elle soulève. Je voulais vraiment que ce soit les collectionneurs qui prennent la parole sur le sujet.» Il poursuit : «L’exercice est forcément toujours un peu déceptif. On ne peut pas aborder tous les points. Nous n’avons pas eu de femme collectionneur et nous aurions pu davantage parler du numérique. Mais cela fera peut-être l’objet de rencontres futures»… Pour conclure, tout le monde se range derrière l’avis de Cécile Schall : «J’ai hâte de voir la prochaine édition. Ça va être difficile de faire mieux !» Il semblerait que les jeunes collectionneurs aient finalement quelques petites choses à dire…

À savoir
Pour se tenir informé des prochains événements
www.fredericdeclercq.com/jeunes-collectionneurs
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