Les inspirations bordelaises d’Albert Marquet

Le 27 mai 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Proche de Matisse et des Fauves, Albert Marquet s’impose comme le peintre de l’eau. De passage à Bordeaux, il s’empare de la place des Quinconces et de la Garonne dans une apparente improvisation.

Albert Marquet (1875-1947), Bordeaux, Les Quinconces, 1924, huile sur toile, 60 81 cm.
Estimation : 80 000/100 000 

C’est dans l’agitation des quais et du port de Bordeaux, sa ville natale, qu’Albert Marquet venait, enfant, s’évader un instant, loin des brimades. Chétif, invalide, myope, timide et taciturne, il doit sûrement à son caractère son image de « monsieur tout le monde de la peinture ». Alors qu’on le pensait presque oublié, sa monographie au musée d’Art moderne de Paris, en 2016, suscite l’enthousiasme des foules. Albert Marquet se révèle, derrière une peinture aux premiers abords banale, être un grand moderne. Bordeaux, Les Quinconces fut acquise directement auprès de l’artiste par Bernheim-Jeune, le 24 octobre 1924. Marquet a passé sa vie à voyager tout en restant fidèle aux bords de mer et aux quais, de la Seine notamment. Le paysage et l’eau sont devenus son motif favori. Derrière le dessin simpliste, la composition est bien construite : la plupart de ses œuvres offrent un point de vue en plongée, surplombant, ne serait-ce parfois que très légèrement, la scène. On dit de Marquet qu’il détestait qu’on le regarde peindre par-dessus son épaule. Aussi peignait-il en hauteur, des balcons le plus souvent. Plus proche ami de Matisse qu’il avait rencontré en 1892 dans l’atelier de Gustave Moreau, il avait gardé une certaine indépendance stylistique tout en évoluant dans les milieux fauve et postimpressionniste. À l’aide d’une gamme de tons très réduite, il synthétise l’espace et réduit l’ensemble à l’essentiel. C’est ce regard minimaliste qui fait sa grande modernité. On remarque aussi la leçon fauve dans l’autonomie des couleurs : l’eau de la Garonne se pare d’une teinte rosée pour se fondre dans une palette chromatique douce et harmonieuse. L’union de l’eau, du ciel et de la terre est portée par cette harmonie aérienne, baignée de lumière et de transparence. Matisse eut une influence déterminante sur l’œuvre du peintre, notamment dans l’adoucissement des couleurs et la simplification des formes : « peindre comme un enfant sans oublier Poussin », aimait-il à répéter. On voit, ici à l’œuvre, sa belle touche en aplat et l’apparence d’une rapide improvisation propre à l’artiste. Comme Monet, il travaillait en série : les quais furent pour lui ce que les nymphéas furent au père de l’impressionnisme. Alors qu’il partage sa vie entre la France et l’Algérie, il revient souvent sur les bords de la Seine et de la Garonne. Il en retire un certain succès dès les années 1930, expose au Japon, aux États-Unis et même en Argentine. Ses quais, ses ponts, ses baies et ses plages sont depuis longtemps entrés dans les plus grandes collections muséales.

vendredi 11 juin 2021 - 13:30 - Live
Salle 1-7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Thierry de Maigret
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