Les grands arts du livre et leur devoir de mémoire

Le 23 janvier 2019, par Anne Doridou-Heim

Gaignat, Pieux entretien avec notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Sur le Pater, canivet multicolore, enluminé et argenté, reliure de maroquin à dentelle, vers 1760. Adjugé : 51 520 €

La dispersion de cette bibliothèque provenant de la collection A.J. a été auscultée à la loupe par les connaisseurs. Elle contenait quelques pièces aussi rares qu’uniques et s’est terminée sur un produit total de 581 942 € sans compter un after sale de 45 080 €, sur un manuscrit italien de fauconnerie du deuxième tiers du XVIe siècle. Nous commencerons par la description d’un «Ouvrage unique fait de mes mains avec le cizeau» : cette phrase, d’un certain Gaignat, accompagne un canivet multicolore enluminé et argenté dont chacun des vingt feuillets est perforé du texte du Notre Père, un Pieux entretien avec notre Seigneur Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie, dédicacé «À Son Altesse Sérénissime Madame la princesse de Conti». Chaque page laisse deviner au travers de ses perforations le fond coloré du feuillet suivant. Maîtrise, patience et… foi profonde ayant été nécessaires pour mener à bien son exécution vers 1760, il était juste qu’il soit récompensé de 51 520 € ! Plus classique, mais tout à fait essentiel, se trouvait un exemplaire des Œuvres de Claude Gillot (1673-1722) dans une reliure en maroquin rouge d’époque, et surtout complet de ses 586 eaux-fortes de la main du maître de Watteau incluant donc les célèbres suites de la Commedia dell’arte, conçue à l’initiative d’un amateur français du XVIIIe siècle. Celui-ci a été emporté à 105 231 €. Le Palais princier de Monaco accrochait, à 170 911 €, le Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont (Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1782). Il s’agit de l’exemplaire, mis en couleurs par Charles-Germain de Saint-Aubin (1721-1786), de l’une des ventes les plus importantes du XVIIIe siècle, celle du duc d’Aumont. L’artiste y a fait ajouter quarante-neuf feuillets, sur lesquels ont été aquarellés sous son pinceau, et avec le plus grand soin, 116 objets d’art. Une pièce unique donc là encore, ayant connu des bibliothèques prestigieuses et qui poursuit sur la même voie. Quant à la réunion d’ouvrages du libre penseur Étienne Dolet (1509-1546), dévoilée page 64 de la Gazette du 23 novembre, elle ne laissait pas indifférent. Oser exprimer un humanisme en cette période sombre dominée par l’Inquisition était un acte de résistance et de bravoure intenses. Pourtant, jamais il ne renoncera. La publication du Second Enfer d’Estienne Dolet… (voir page 64 de la Gazette n°41 du 23 novembre) le conduira lui et ses livres sur le bûcher. Le seul exemplaire connu à ce jour en mains privées recevait 74 823 €.

 

Exemplaire personnel et décoré d’aquarelles de Charles Germain de Saint-Aubin (1721-1786) du Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, f
Exemplaire personnel et décoré d’aquarelles de Charles Germain de Saint-Aubin (1721-1786) du Catalogue des vases, colonnes, tables de marbres rares, figures de bronze, porcelaines de choix, bijoux & autres effets importants qui composent le cabinet de feu M. le duc d’Aumont, Paris, P.F. Julliot fils et A.J. Paillet, 1783. Adjugé : 170 911 €
mercredi 28 novembre 2018 - 14:30 - Live
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Binoche et Giquello
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