Les grandes découvertes de Roland de La Poype

Le 25 novembre 2016, par Caroline Legrand

Reflets d’une personnalité fascinante, les collections du créateur de Marineland sont les témoins et les souvenirs d’une vie digne d’un roman, où la mer a tenu une place de choix. Embarquement immédiat…

Tapisserie d’Anvers ou de Bruxelles, fin du XVIe-début du XVIIe siècle, sur le thème de la chasse à la baleine, laine et soie, galon portant la marque tissée «VH» ou «HM», 425 x 555 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €


Une vie faite de passion et de voyages ! La soif de nouveaux horizons, sans doute est-ce cela qui a motivé Roland de La Poype sa vie durant  ? Tout jeune déjà, il avait du mal à tenir en place. «Croyez-moi, madame, vous n’en ferez rien de bon !» criait le père jésuite à sa mère. Si Roland Paulze d’Ivoy, comte de La Poype, est né un 28 juillet 1920 dans le confortable château de la Grange Fort, aux Pradeaux (Puy-de-Dôme), au sein d’une famille aristocratique, il a su se mettre en danger et relever bien des défis. Il faut dire que les La Poype avaient de qui tenir ! Leurs premières distinctions remontent au XVIIIe et sont le fait de l’amiral de La Poype de Vertrieux, grand initiateur de cet attrait de la lignée pour la mer. Grimpant les échelons au fil des batailles victorieuses, il a navigué à bord des plus grands vaisseaux de son temps, comme le Foudroyant ou la Pléiade. S’il a été récompensé de la médaille de chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis et de la Croix de Saint-Louis, son lointain et glorieux descendant, Roland, semble lui répondre avec des citations tant françaises que russes : la Croix de la Libération et l’Ordre du Drapeau rouge.
Combattant et entrepreneur
Mais Roland de La Poype a opté pour l’aéronautique, et non pour la marine. Après des études à Clermont-Ferrand et au Mans, il réussit à convaincre son père d’intégrer l’école élémentaire de pilotage d’Angers. Il passe son brevet de pilote en 1939 et s’engage dans l’armée de l’air à un moment crucial de l’histoire de France, et dramatique du point de vue personnel puisque son père meurt au combat en mai 1940. Alors qu’il est pilote à l’école d’aviation d’Étampes, l’appel du général de Gaulle, le 18 juin de la même année, résonne profondément chez le jeune homme. Il s’engage et part pour l’Angleterre. Après une soixantaine de missions avec les Forces aériennes françaises libres (FAFL), il se porte volontaire pour une aventure très particulière, qui le mènera en 1942 à Astrakhan, au sud-est de Moscou, avec le groupe de chasse «Normandie-Niemen». À bord de son Yak 3 (avion de chasse soviétique), celui que l’on surnommait «le Marquis», quand tout allait bien, et «la Poisse» quand cela tournait mal, remportera seize victoires aériennes et reviendra couvert de gloire. Cette équipe composée de quatorze pilotes associés à des mécaniciens russes est restée dans les mémoires comme un symbole de fraternité. Roland de La Poype retournera régulièrement en Russie, non plus comme militaire mais en tant que chef d’entreprise.

Maquette navigante du Queen Alexandra par Lord Kichener, 1890, en bois verni, bois laqué blanc et bois laqué vert, avec sa machine à vapeu
Maquette navigante du Queen Alexandra par Lord Kichener, 1890, en bois verni, bois laqué blanc et bois laqué vert, avec sa machine à vapeur, 59 x 145 cm.
Estimation : 4 000/6 000 €


L’aventure de Marineland
En effet, il se lance en 1947 dans l’industrie du plastique. À ce tableau de chasse, il épingle la création de la première voiture en plastique, la Méhari, ou encore le Berlingot DOP pour L’Oréal. Sa vie est encore ponctuée de voyages et de projets perpétuels qui le poussent vers de nouveaux horizons. Durant un séjour aux États-Unis, il visite SeaWorld. Pour cet amoureux de la nature, c’est un déclic. Il décide de créer l’équivalent en France afin de présenter au public la vie des cétacés. Après avoir hésité entre la Normandie et la Côte d’Azur, c’est finalement à Antibes, en 1970, qu’il fait construire Marineland, un des premiers parcs zoologiques en eau de mer en France. Avec une fréquentation atteignant, dans les années 1990, le million de visiteurs, c’est une réussite. Mais Roland de La Poype souhaitait partager encore un peu plus de lui-même, de son histoire et de ses rêves avec ces femmes, ces enfants et ces hommes de passage dans ce parc aquatique. Ainsi installe-t-il sur place, en 1987, sa collection de marine, mais aussi une autre consacrée à la Seconde Guerre mondiale – constituant avec ses souvenirs personnels un bel ensemble qu’il légua en partie au musée du Bourget. S’il possédait grâce à ses illustres aïeux un début de collection sur le thème de la marine, il la complètera et réunira plus de 2 500 objets récoltés au fil de ses voyages et de ses coups de cœur.

 

XIXe siècle. Figure de proue, buste de femme à cheveux courts, en chêne avec traces de polychromie, h. 83 cm. Estimation : 2 500/3 000 €
XIXe siècle. Figure de proue, buste de femme à cheveux courts, en chêne avec traces de polychromie, h. 83 cm.
Estimation : 2 500/3 000 €

La collection d’un passionné
Roland de La Poype n’était pas un véritable spécialiste, mais plutôt un amoureux de la mer, de son histoire et de la quête de l’inconnu qu’elle représente. Une passion illustrée par les innombrables maquettes de bateaux, instruments de navigation, globes et sphères, tableaux, figures de proue, scaphandriers, et autres curiosités du XVIIe au XXe siècle, qui seront dispersés en 800 lots durant ces deux jours de ventes à Cannes, aux estimations de quelques centaines ou milliers d’euros pour la plupart d’entre eux. Avec la volonté d’intéresser le public et de rendre l’histoire de la marine accessible à tous, Roland de La Poype fit réaliser de grandes maquettes de navires transatlantiques comme celle du Normandie, cotée 800/1 200 €, ou celle du Titanic (2 000/3 000 €). Il a aussi réuni des objets retraçant l’évolution des techniques de navigation comme cette sphère armillaire à système de Copernic, du début du XIXe, annoncée à 2 000/3 000 €. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Roland de La Poype préférait bien souvent admirer une simple composition de coquillages, de valeur sentimentale, qu’une importante peinture. Quelques œuvres précieuses de cette collection sont gardées par la famille et d’autres, d’intérêt pédagogique, par le musée. C’est le cas de scaphandres ou encore d’un baleinier des Açores, de 12 mètres de longueur, difficilement transportable. Il accompagnait auparavant un ensemble sur le thème de la chasse à la baleine menée par cette tapisserie bruxelloise, à l’estimation la plus haute de la collection, 30 000/40 000 €. Des œuvres parées pour une deuxième vie auprès du public, comme le souhaitait Roland de La Poype.

 

4 QUESTIONS
À MARC LE DEN
Ancien conservateur du musée

Vous connaissiez Roland de La Poype depuis longtemps. Comment définiriez-vous sa personnalité ?
Architecte de formation, j’ai commencé à travailler avec Roland de La Poype à Marineland en 1984, mais c’est seulement en 1998 qu’il m’a demandé de m’occuper de son musée de la Marine, afin de le développer et de l’embellir. C’était un homme passionnant, avec une vie incroyable, que ce soit pendant la guerre, durant laquelle il fut pilote d’avion et combattit sur le front russe, ou au long de sa vie professionnelle d’ingénieur en plasturgie. Il était toujours en voyage, notamment en Russie, où il était très connu, mais c’était aussi un homme secret qui
se confiait peu.

Comment l’idée de cette collection lui est-elle venue ?
Il l’a débutée à partir d’un premier ensemble hérité de sa famille, notamment de son illustre ancêtre du XVIIIe siècle, l’amiral de La Poype de Vertrieux. Bien que lui-même ne soit pas marin, il a eu envie d’agrandir cette collection familiale, suite notamment à la création de Marineland, en 1970.

Avait-il un mode d’acquisition privilégié ?
Il travaillait beaucoup et possédait des usines dans le monde entier. Cette collection s’est donc faite au jour le jour, en fonction de ses affaires et des pays qu’il traversait. Il était en contact permanent avec des marchands et des antiquaires. Mais, finalement, il achetait «au feeling», pas en fonction des véritables besoins du musée. C’était bien souvent des achats impulsifs, faits avec passion. Pour lui, l’important était le public, il aimait faire plaisir.

Quelle est la spécificité de cette collection de marine ?
Elle est très diverse, sans volonté de traiter une période particulière, et avec des objets de valeurs disparates, d’une dizaine à plusieurs milliers d’euros. Elle comprend aussi bien de simples coquillages qu’une tapisserie bruxelloise du XVIIe sur le thème de la chasse à la baleine. Certains tableaux de coquillages ou certaines maquettes sont en double ou en triple. C’est l’ensemble qui est important. Roland de La Poype en faisait le tour complet chaque fois qu’il me rendait visite.
À SAVOIR
Vente des collections de Roland de La Poype (1920-2012).
Cannes, les samedi 3 et dimanche 4 décembre. Pichon & Noudel-Deniau OVV. MM. Boulay, Dauger, Lavoissière, Maket, Pinta.
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