Les gentils monstres de Léopold Chauveau au musée d'Orsay

Le 16 juin 2020, par Anne Doridou-Heim

Le musée d’Orsay invite à une découverte extraordinaire, celle des créatures sculptées et dessinées nées de l’imagination de Léopold Chauveau.

Léopold Chauveau (1870-1940), Tante Louise, vers 1911, bronze à la cire perdue fondu par Valsuani, 43,5 27 29 cm, Paris, musée d’Orsay. Don de Marc Chauveau, sous réserve d’usufruit par l’intermédiaire de la Société des amis du musée d’Orsay, 2019.
© Musée d’Orsay, Dis. RMN-Grand Palais/Patrice Schmidt. Service presse/Musée d’Orsay.

Médecin malgré lui par respect filial, Léopold Chauveau (1870-1940) appartient à cette génération de chirurgiens qui va avoir à réparer les corps et les gueules cassées des soldats de la Première Guerre mondiale. Il s’y consacrera corps et âme : meurtrières, les années de guerre lui ont enlevé son épouse, deux de ses fils et son père. Traumatisme sans doute déterminant pour celui qui, à 50 ans, s’autorise enfin à abandonner le scalpel et devenir pleinement artiste et écrivain. Dès 1905, sans doute sur les conseils de Georges Lacombe, son voisin et ami, Chauveau sculptait déjà le bois en taille directe et modelait ses premières cires et terres : de petits êtres, mi-humains, mi-batraciens, courts sur pattes mais dotés d’une tête et de pieds énormes. Ce sont eux qui accueillent le visiteur venu découvrir ce personnage singulier et ses créatures. Le musée d’Orsay fait ici figure de précurseur en offrant cette visibilité à un talent inédit, conservé grâce aux donations reçues en 2016 et 2019 de son petit-fils, par l’intermédiaire de la Société des amis. Mais à quelle source féconde est-il allé puiser son inspiration ? S’il avoue une passion pour les gargouilles de Notre-Dame et les monstres des mythes extrême-orientaux, l’univers symboliste de sa jeunesse résonne aussi, la Grenouille de Jean Carriès est là pour le rappeler. Ses «Monstres», comme il les appelle, n’ont pourtant rien d’effrayant, au contraire : il y a un petit côté Dobby, l’elfe d’Harry Potter chez certains, qui devrait parler aux enfants. La présentation leur est d’ailleurs en grande partie dédiée car – là encore, c’est une première – les commissaires ont imaginé une double lecture, sans barrières : on passe ainsi du côté de l’enfance sans s’en apercevoir, et cette double proposition nourrit les regards et les émotions de chacun. De là à penser qu’il faudrait toujours voir une exposition avec ses yeux d’enfant… un pari osé donc, et réussi : c’est cette part enfouie qu’il va falloir aller chercher pour prendre la pleine mesure de l’art étrange de l’attachant Monsieur Chauveau. Lui-même se définissait comme un «vieux petit enfant», aimant tous ses personnages sans faire de différence, d’un amour presque paternel, comme de véritables compagnons auprès desquels il semble avoir trouvé refuge. Cette arche est entourée de ses nombreuses œuvres sur papier, écrits et dessins. Contemporain des prix Nobel de littérature Rudyard Kipling et Selma Lagerlöf, il s’en rapproche par ses récits pour la jeunesse, des fables animalières détournées dans lesquelles, par exemple, il fait du bûcheron le gentil, celui qui sauve d’un arbre cannibale. «Nous, écrivains, ne nous mêlons pas d’instruire l’enfant. Contentons-nous d’éveiller sa curiosité, entraînons-le dans le domaine de la fantaisie, dans le monde de la poésie», affirmait-il. Une directive à suivre sans modération.

« Au pays des monstres. Léopold Chauveau (1870-1940) »,
musée d’Orsay, 1, rue de la Légion d’Honneur, Paris 
VIIe, tél. : 01 40 49 48 14.
Du 23 juin au 13 septembre 2020.
www.musee-orsay.fr
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