Les galeries et les antiquaires français en sursis ! L’État doit agir sans délai

Le 05 septembre 2019, par Mathias Ary Jan
Mathias Ary Jan, président du Syndicat national des antiquaires
 

Alors que de nombreuses disciplines culturelles comme le spectacle vivant, le patrimoine, le cinéma, la musique et le livre bénéficient d’un soutien actif du ministère de la Culture et des collectivités territoriales, force est de constater que les professionnels du marché de l’art, et au premier rang desquels les galeries, sont négligés depuis de nombreuses années par les pouvoirs publics. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer le recul abyssal du poids de la France sur le marché de l’art mondial, qui est passé de 60 % en 1970 à 6 % aujourd’hui. Nous sommes derrière les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Chine dorénavant, et rien ne permet de croire à un rebond salutaire dans les années qui viennent, tant l’atonie publique est grande. L’art français n’est plus cet outil d’influence et de rayonnement qui faisait la fierté de notre pays, malgré les efforts accomplis ces dix dernières années par de grands collectionneurs et nos musées pour soutenir ce marché. Les galeries continuent à fermer les unes après les autres, faute de clients, de repreneurs, de trésorerie. Les plus petites d’entre elles, qui ont souvent permis à de jeunes artistes d’avoir leur première exposition, sont particulièrement touchées par ce déclin. Que seront nos villes, nos rues demain sans que l’on s’attarde sur la vitrine d’une galerie pour contempler une sculpture, un meuble ou un objet ancien, un tableau XVIIIe ou moderne ? Que deviendront ces quartiers d’antiquaires et de marchands d’art, qui ont façonné les villes de France ? À Paris, la rive gauche, le Faubourg-Saint-Honoré, les Puces de Saint-Ouen sont en danger : l’activité du prêt-à-porter a déjà gagné des pans entiers des quais Voltaire et Malaquais. Pour survivre, la plupart choisissent de privilégier les salons d’art, plutôt que de continuer à exploiter un lieu souvent coûteux et prendre le risque d’employer une ou deux personnes. Les galeries et les marchands sont des TPE fragiles, sensibles à la moindre variation conjoncturelle. Ne pas les aider, c’est les condamner à disparaître et être rejoint par tous les professionnels de la filière artistique qui travaillent à leurs côtés et qui subissent tout autant et de plein fouet cette crise. Ils sont transporteurs et assureurs spécialisés, encadreurs, restaurateurs, socleurs, doreurs, bronziers et ceux que le Japon nomme «trésors vivants» dont les savoir-faire sont menacés d’extinction. Cette indifférence à l’égard du marché de l’art, dont la santé est très dégradée, requiert donc la mise en place d’un plan Orsec relevant tout à la fois du ministère de la Culture et de celui des Finances, qui doivent se mobiliser sans attendre. Prendre des mesures tout d’abord de renforcement des moyens dévolus par l’État à la circulation des œuvres, car obtenir un passeport d’exportation de la part de l’administration est long et fastidieux. Simplifier et améliorer ces procédures iraient ainsi dans le bon sens. Ensuite, une harmonisation des conditions de concurrence entre les acteurs du marché de l’art en Europe, et aussi entre les galeries et les maisons de ventes, notamment sur le plan fiscal et réglementaire, serait là encore souhaitable. Les professionnels craignent désormais le pire, avec la perspective d’un Brexit dur et l’éventualité de ports francs projetés par Boris Johnson, combinées à de nouvelles dispositions réglementaires de l’UE comme le passeport européen, la remise en cause du taux de TVA réduit sur les œuvres d’art, l’application précipitée de la LCB-FT (Lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme). Chacune de ces mesures prise séparément est explicable, justifiable, compréhensible, mais leur effet cumulé sur le marché de l’art en France est dévastateur. Ne pas agir dès à présent, c’est accepter que la France devienne une terre aride pour le marché de l’art, dont les acheteurs et collectionneurs se détourneront, privant nos musées de leur valeur ajoutée, tant ces acteurs ont un rôle actif dans l’enrichissement de leurs collections. À l’occasion de La Biennale Paris qui se tiendra du 13 au 17 septembre au Grand Palais, salon créé en 1962 sous le ministère d’André Malraux pour soutenir le marché national et contribuer au rayonnement de la France, nous espérons que des orientations seront présentées par l’État pour encourager nos professions menacées et nous redonner confiance.

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