Les Flandrin ou la fraternité artistique

Le 01 juin 2021, par Armelle Fémelat

Pour sa réouverture, le musée des beaux-arts de Lyon offre une exposition galvanisante, émaillée de découvertes et de surprises. L’occasion unique de pénétrer au cœur du processus créatif collaboratif de trois frères, artistes et complices au XIXe siècle.

Auguste Flandrin (1804-1842), Alexis Champagne, 1842, musée des beaux-arts de Lyon.
© Lyon MBA/Photo Martial Couderette

Qu’évoque aujourd’hui le nom de Flandrin ? D’aucuns penseront au décor de l’église Saint-Germain-des-Prés à Paris, ou à celui de la basilique d’Ainay, à Lyon. Ou encore au Jeune homme nu assis sur un rocher, au bord de la mer du Louvre, devenu une icône, même si l’on n’en connaît toujours pas l’auteur. Grand bien a donc pris au musée des beaux-arts de faire (re)découvrir l’art d’Hippolyte Flandrin – qui fut un peintre célèbre et célébré en son temps – et de ses deux frères, Paul et Auguste. Véritables self-made men tombés dans l’oubli à l’aube du XXe siècle, victimes collatérales de la dépréciation de l’art académique. L’une des nombreuses vertus de l’exposition est de montrer qu’on ne peut les cantonner à ce mouvement. Point d’aboutissement de longues recherches et de découvertes récentes, elle offre une perception totalement renouvelée de l’art des Flandrin. Stéphane Paccoud, l’un des deux commissaires, souligne « la chance d’avoir accès à une documentation très complète grâce à des archives en grande partie toujours conservées dans la famille. Une famille d’artistes, très généreuse ». Fait rarissime, la moitié des quelque 300 peintures, dessins et photographies présentés proviennent de collections privées et n’ont encore jamais été montrés. Remarquable aussi, la projection immersive du décor de l’église Saint-Germain-des-Prés, qui permet d’apprécier comme jamais certains détails. Le premier grand mérite de l’exposition est de faire entrer le visiteur dans l’intimité des frères Flandrin. Y sont évoquées l’affection et la complicité qui les ont liés, et leur manière collaborative de travailler. Car ces trois-là, Auguste, Hippolyte et Paul (par ordre de naissance), n’ont cessé de s’épauler et de s’encourager, de se représenter et de créer ensemble. Dès leur formation en trois temps –Lyon-Paris-Rome – et tout au long de leur carrière. À en croire Elena Marchetti, l’autre commissaire de la rétrospective, « leurs portraits mutuels et autoportraits apparaissent comme une clé pour découvrir le lien qui les unit et pour comprendre les équilibres et les dynamiques de ce triumvirat artistique très particulier ». Au-delà de la fratrie, ce fonctionnement collaboratif, basé sur l’affect, vaut pour l’ensemble de leur entourage artistique : d’Ingres, figure tutélaire de « père artistique », aux proches collaborateurs et élèves du « cercle Flandrin » qui assureront la postérité, à l’instar du Lyonnais Louis Janmot, qui ouvrira un atelier où étudiera Edgar Degas. Autre grande réussite : l’accrochage thématique, qui fait ressortir toute la diversité de l’œuvre des Flandrin, dont certains aspects totalement méconnus, tels les paysages d’Auguste et Hippolyte, ou la série de femmes lascives et énigmatiques du second. Chacun avec ses centres d’intérêt, ses prédispositions et ses affinités électives : Auguste sera le portraitiste de la bourgeoisie lyonnaise, Paul un paysagiste zélé et Hippolyte un protagoniste du renouveau du décor monumental. C’est donc une image complète et complexe des Flandrin que propose le musée des beaux-arts. L’immersion dans leur quotidien et dans leur processus créatif collectif permet de saisir les trois frères comme des hommes de leur temps, en phase avec le bouillonnement créatif du XIXe siècle. Aquarellistes chevronnés, ils se passionnent aussi pour la photographie naissante, dont ils savent tirer le meilleur parti. Très loin donc des clichés sur l’art académique et la peinture d’histoire compassée !

« Hippolyte, Paul, Auguste : les Flandrin, artistes et frères »,
musée des beaux-arts, 20, place des Terreaux, Lyon (69), tél. 
: 04 72 10 17 40.
Jusqu’au 5 septembre 2021.
www.mba-lyon.fr
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