Les figurines mayas si variées de l’île de Jaina

Le 18 janvier 2018, par Anne Foster

Site du Classique tardif, la nécropole de Jaina a révélé de nombreuses statuettes, figurant les divinités et tous les acteurs de la société maya. L’une d’elles, issue d’une collection américaine, en témoigne prochainement à Drouot.

Mexique, État de Campeche, île de Jaina, culture maya, Classique tardif (600-900). Statuette anthropomorphe en terre cuite avec traces de pigments, h. 22,2 cm.
Estimation : 80 000/90 000 €

Ce fier personnage, assuré de sa force, est animé d’un dynamisme étonnant pour une statuette ne mesurant qu’une vingtaine de centimètres. Tout est minutieusement traduit : la dépouille d’un cervidé ornant sa coiffe, les mèches sur son front, les scarifications de son visage renforçant la puissance de son regard farouche. Succinctement vêtu d’une sorte de tunique nouée à la taille et d’un pagne, il arbore de nombreux bijoux, comme l’important torque autour de son cou, des ornements pectoraux et des bracelets sur un avant-bras. Les objets qu’il tenait, aujourd’hui disparus, auraient permis d’identifier plus précisément son statut. On peut opter pour un guerrier ou un personnage de haut rang, par le raffinement de sa tenue et la tête-trophée du cervidé, le plus grand animal chassé au Yucatán à l’époque maya. Cependant, son style réaliste et vivant place cette statuette parmi un corpus de plusieurs milliers trouvées dans l’île-nécropole de Jaina, la «maison de l’eau», située dans le nord-ouest de l’État du Campeche. Ce lieu est particulièrement propice pour accueillir les défunts, car le soleil – l’astre majeur, symbole du pouvoir pour les Mayas – visite chaque nuit le monde souterrain, abritant l’océan d’avant la création de l’univers. Par sa situation au point où celui-ci disparaît dans la mer, l’île devient un site privilégié comptant près de 20 000 tombes, peuplées d’un monde en miniature. Y figurent les dieux et les membres de toutes les strates de la société, des souverains aux acteurs, des nobles guerriers et prêtres aux artisans, rendus avec une étonnante vivacité et rehaussés de pigments ocre, bleu – ce fameux bleu «maya» – et vert pour la figure royale. Autre particularité, l’extravagance des coiffures et des bijoux : panaches de plumes de quetzal pour le roi, trophées d’animaux, turbans élaborés d’où s’échappent des mèches de cheveux, chapeaux à larges bords… Chaque figurine possède sa personnalité propre, un charme auquel succombent des explorateurs tel Désiré Charnay, qui visite l’île lors de son voyage dans les années 1850-1860 et en rapporte quelques spécimens. Un Américain, John Stokes, se passionne quant à lui pour l’art précolombien lors d’études au Mexique ; il épouse la fille d’un riche Mexicain, qui l’initie à la richesse symbolique et la puissance esthétique de cet art. Le couple s’installe ensuite à Nyack, à quelque quarante kilomètres de New York, où il exerce en tant que marchand et conseiller de grands amateurs comme les Sainsbury, selon Enrico Cioni dans sa thèse, «From John Hewett to John Stokes : How Robert and Lisa Sainsbury assembled their Collection of Pre-Columbian Art» – ensemble visible à l’université d’East Anglia, à Norwich. Ce guerrier a figuré dans la collection de John Stokes.

mardi 20 mars 2018 - 17:00 - Live
Salle 5 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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