Les fastes « bleu et blanc » d’un vase Ming

Le 10 juin 2021, par Caroline Legrand

La porcelaine « bleu et blanc » demeure un éternel symbole des arts chinois. Fort de son décor délicat de fleurs et de fruits, ce vase de forme meiping illustre les fastes du début de l’époque Ming.

Chine, époque Yongle (1403-1424), vase de forme meiping en porcelaine à décor en bleu sous couverte, h. 36 cm.
Estimation : 1/1,5 M€

Datant de 1930, une photo montre la grand-mère de l’actuel propriétaire s’adonnant à la broderie à côté de ce vase ; preuve est ainsi faite qu’il se trouve dans cette ancienne famille auvergnate depuis au moins près d'un siècle. Il remonte au règne de l’empereur Yongle (1402-1424), soit l’une des plus grandes périodes de production des porcelaines chinoises : « C’est le vase Ming par excellence », déclare, enthousiaste, l’experte Alice Jossaume. Et de poursuivre : « Les bleu et blanc de l’époque Yongle sont d’ailleurs plus recherchés que ceux du règne de Qianlong, car il s’agit des premières pièces de ce type réalisées pour le marché chinois et la cour impériale. » En effet, si la couleur bleue s’est généralisée sous la dynastie mongole Yuan (1279-1368) – le cobalt étant entré dans le pays grâce aux marchands de l’Empire perse –, ce sont bien les Ming qui la porteront à son apogée. Les Yuan destinaient ces porcelaines à l’exportation, leur goût allant aux monochromes. Le premier empereur de la nouvelle dynastie, Hongwu, lui préférait encore le rouge, l'associant aux envahisseurs mongols, mais au siècle suivant, Yongle n’hésite pas à intensifier l’importation du cobalt, souhaitant contempler des créations innovantes parées de la couleur céleste. Un impérial vœu vite exaucé, et ces pièces envahissent bientôt son palais de la nouvelle capitale, Pékin. La technique se perfectionne également, grâce à la peinture sous couverte, permettant au bleu de se détacher avec éclat sur le fond blanc immaculé. Si les marques impériales n’existent pas alors pour la porcelaine, ce vase semble bien issu d’une telle production, sorti sans doute des fours de Jingdezhen, dans le nord-est du Jiangxi, une région riche en kaolin et argile, où fut atteint un rare niveau de perfection. Pour preuve, la qualité extraordinaire de ce grand vase (h. 36 cm) à la matière épaisse et au bleu intense, dessinant avec délicatesse un décor de fruits et de fleurs sur deux registres. Litchi, grenade, pêche, longane, loquat, pomme sauvage, melon, ginkgo, cerise et raisin : dix fruits s’offrent ainsi dans leur feuillage. L’épaulement présente quant à lui douze fleurs dans une frise de lingzhi, dont deux types de lotus, le camélia, le chrysanthème et l’hibiscus. Si ces motifs sont connus sur certains modèles conservés notamment au musée de Pékin, celui du pied à deux registres – une frise de feuillages formant spirales surmontée de dix pétales de lotus – est beaucoup plus rare. « Habituellement, l’on voit seulement une simple frise de pétales ou de feuilles de bananier », indique Alice Jossaume. Si ces fruits et fleurs s’accompagneront aux XVIe et XVIIe siècles d’une symbolique forte de prospérité, bonheur et fertilité, à l’époque Yongle, ils sont encore utilisés pour leurs qualités purement décoratives. Ancestrale quant à elle, la forme meiping – mot signifiant en chinois « vase à fleurs de prunus » – désigne à l’origine des récipients servant à contenir l’alcool. Mais sa fonction évolue, pour accueillir des branches de prunus en fleur. Le col de notre vase étant émaillé, difficile de savoir s’il possédait ou non un couvercle et de définir sa fonction… tout en sachant que ces sublimes pièces sont devenues au fil du temps des objets d’apparat.

samedi 19 juin 2021 - 14:30
Clermont-Ferrand - 19, rue des Salins - 63000
Vassy-Jalenques
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