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Les faïences révolutionnaires à Rouen

Publié le , par Sophie Humann

Acquis en 1936 par la ville de Rouen pour abriter sa riche collection de céramiques, à l’étroit au musée des beaux-arts voisin, l’élégant hôtel d’Hocqueville, ouvert au public depuis 1984, peu valorisé par les élus, est méconnu des Rouennais eux-mêmes. Aussi faut-il saluer l’initiative de Marie-Lise Lahaye, conservatrice...

Alexis Roucelle, grenadier de la Garde nationale, attribuée au Bois d’Épense, 1792,... Les faïences révolutionnaires à Rouen
Alexis Roucelle, grenadier de la Garde nationale, attribuée au Bois d’Épense, 1792, faïence de grand feu à décor polychrome.
© Réunion des musées métropolitains Rouen Normandie/Agence la Belle Vie

Acquis en 1936 par la ville de Rouen pour abriter sa riche collection de céramiques, à l’étroit au musée des beaux-arts voisin, l’élégant hôtel d’Hocqueville, ouvert au public depuis 1984, peu valorisé par les élus, est méconnu des Rouennais eux-mêmes. Aussi faut-il saluer l’initiative de Marie-Lise Lahaye, conservatrice des arts décoratifs à la Réunion des musées métropolitains, qui a réuni ces céramiques aux décors inspirés par la Révolution française. Si peu de faïences patriotiques sont sorties des manufactures de Rouen, pourtant principal centre de production du pays à la fin du XVIIIe siècle, Nevers, Lunéville, Roanne, le Bois d’Épense ont fourni beaucoup de ces pièces « parlantes », qui illustrent les préoccupations politiques du moment : deux assiettes témoignent ainsi de la prise de la Bastille, événement aussi célèbre qu’il est peu représenté. Les plats à barbes, les saladiers, les écritoires, s’ornent des cris du jour « Vive la nation ! » « Ça ira ! ». Sur une assiette de faïence de grand feu à décor polychrome, deux oiseaux perchés sur une stèle datée de 1793 symbolisent l’avènement du mariage civil. Un plat exceptionnel est orné d’un portrait enrubanné de femme décrite comme « l’épouse du philosophe républicain français » : il s’agit bien de Marie-Thérèse Levasseur, la veuve de Rousseau. Un amusant saladier reprend le thème de l’arbre d’amour cher à la Renaissance, mais adapté aux nouvelles revendications matrimoniales : les femmes essaient par tous les moyens de faire descendre les hommes perchés dans les branches de l’arbre en les séduisant, tout en sciant le tronc et les tirant par les jambes pour les faire tomber ! Avant de quitter les lieux, il ne faut pas manquer d’aller admirer les carreaux de Masséot Abaquesne (voir Gazette 19 mai 2017, n° 20) et les décors à l’ocre niellé, typiques de la production rouennaise.

Musée de la céramique,
1, rue Faucon, Rouen (76), tél. 
: 02 76 30 39 26,
Jusqu’au 1
er octobre 2022.
www.musees-rouen-normandie-fr
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