Les contes étranges de Niels Hansen Jacobsen au musée Bourdelle

Le 18 février 2020, par Anne Doridou-Heim
Niels Hansen Jacobsen (1861-1941), Masque de l’automne, vers 1896-1903, grès émaillé, 26 33,5 10 cm. Vejen, Kunstmuseum, Danemark.
© Pernille Klemp

En 1892, le sculpteur danois (1861-1941) s’installe à Paris. Tout au long des dix années passées à la Cité fleurie, ce fils du Nord nourri aux légendes scandinaves enrichit son langage plastique à la source féconde de l’atmosphère fin de siècle de la capitale. Invité par le musée Bourdelle, il est de retour, ou plutôt son œuvre polymorphe et, comme de son vivant, se voit confronté aux artistes de son temps. Cinq pièces majeures, depuis La Petite Sirène fondatrice et tournoyante jusqu’à la saisissante La Mort et la Mère, en passant par le troublant Masque de l’automne, la figure hybride du Troll qui flaire la chair des chrétiens et la fluidité rampante de L’Ombre, rythment le parcours et installent un artiste peu connu en France dans le panthéon des grands noms du symbolisme et de l’art nouveau. Autour de lui dansent des créations de son compatriote Jens Lund – une autre belle découverte, rappelant qu’il existait un cercle symboliste danois à Paris –, du maître des lieux bien sûr, et encore d’Eugène Grasset, Arnold Böcklin, Georges de Feure, Gustave Moreau ou Louis-Comfort Tiffany. Que du très beau monde ! L’exposition offre une grande visibilité à Jean Carriès, celui qui, sans doute, a donné envie à Jacobsen de pratiquer la céramique. Mais impossible de l’affirmer car, en brûlant toutes ses archives, le Danois a emporté avec lui tous ses secrets de fabrication. Côte à côte, leurs grès émaillés font surgir de la «fournaise intérieure», selon les mots de Paul Gauguin, une animalité primitive et organique enfouie dans la terre, notamment leurs masques, forme d’expression plébiscitée par les artistes de l’époque. À beaucoup l’associer, on perd un peu le propos de Jacobsen. Mais il faut oublier le titre de l’exposition, trop réducteur, et se laisser aller à une exploration de l’ambivalence esthétique du tournant du XXe siècle, véritable problématique de la manifestation. La promenade est ambitieuse et érudite, on en sort un peu bousculé, et ça fait du bien !

Musée Bourdelle,
18, rue Antoine-Bourdelle, Paris 
XVe, tél. : 01 49 54 73 73.
Jusqu’au 31 mai 2020.
www.bourdelle.paris.fr
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne